Rouler au rouge : cette technique employée par certains conducteurs pour réduire le coût du carburant les expose à de fortes sanctions

Du gazole à 1,72 euro juste après la frontière belge, des jerricans planqués, des particuliers qui se font passer pour agriculteurs… Amende, prison, moteur grillé : la fraude au carburant rouge coûte parfois bien plus cher qu’elle ne rapporte.

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Rouler au rouge : cette technique employée par certains conducteurs pour réduire le coût du carburant les expose à de fortes sanctions
Rouler au rouge : cette technique employée par certains conducteurs pour réduire le coût du carburant les expose à de fortes sanctions © L'EnerGeek

Un automobiliste interrogé par franceinfo confie que sa 205 roule entièrement au rouge. Las de voir fondre son budget essence, il explique avoir basculé vers ce carburant interdit aux particuliers : « Avec la montée du diesel, on dépensait des sommes astronomiques dans le carburant », justifie-t-il.

Le prix moyen du gazole atteint un niveau record, à 2,359 euros le litre selon le site Carbu.com. Depuis quelques jours, les témoignages d’automobilistes recourant au gazole non routier (GNR) se multiplient dans les médias. Ce carburant doit son surnom de rouge à sa couleur caractéristique. Sa composition est proche de celle du diesel classique, avec toutefois moins de soufre et un indice de cétane plus élevé selon TotalEnergies.

Un carburant réservé aux tracteurs et aux pelleteuses

Le GNR n’a pourtant rien à faire dans le réservoir d’une voiture particulière. Les douanes françaises le réservent explicitement, sur leur site, aux « véhicules et matériels qui ne circulent pas sur le réseau routier ouvert à la circulation publique » : pelleteuses, bulldozers, tracteurs agricoles et forestiers, chasse-neige.

L’État a allégé sa fiscalité pour soutenir les secteurs agricole et du BTP, ce qui explique l’écart de prix avec le gazole classique, actuellement d’environ 2,05 euros contre 2,37 euros le litre.

Cet écart alimente les contournements. Un artisan de Lorraine raconte à RTL s’en procurer à 1,94 euro le litre. Franceinfo a de son côté repéré une station-service située juste après la frontière belge, fréquentée par des habitants du Nord, où le GNR descend à 1,72 euro.

D’autres automobilistes se présentent directement avec des jerricans dans ces stations où les contrôles sont plus souples, ou négocient avec des agriculteurs. En Belgique, certains se font passer pour des exploitants agricoles à la caisse : un fraudeur rapporte qu’on se présente à la caisse en disant vouloir 30 ou 40 litres de diesel pour son tracteur. Au retour en France, il faut ensuite échapper à la vigilance des douaniers.

En théorie, un particulier ne peut pas acheter de GNR en station sans présenter une attestation officielle et un numéro professionnel, SIRET pour une entreprise ou MSA pour un exploitant agricole.

Amendes, prison et moteur qui finit par lâcher

Les douanes ont renforcé leurs contrôles depuis la hausse des prix des carburants. Un colorant rouge a justement été ajouté au GNR pour permettre aux policiers et aux douaniers de repérer les fraudeurs, et ses traces persistent longtemps dans le filtre à gazole, y compris après un retour au gazole classique.

Les sanctions grimpent vite. Un contrôle simple expose à une amende selon le volume de carburant frauduleux retrouvé, avec confiscation possible du véhicule. En cas de fraude grave ou répétée, la peine peut aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement. Un automobiliste rapporte même une amende calculée en fonction du kilométrage parcouru avec le carburant illégal.

Mécaniquement, les vieux véhicules s’en sortent mieux que les récents, leurs systèmes d’injection étant plus simples et plus tolérants, précise un garagiste au Parisien. Mais à la longue, rouler au GNR finit par endommager le moteur. Le carburant peut aussi s’altérer selon ses conditions de stockage, en captant de l’eau.

Un automobiliste préfère une autre économie, tout aussi illégale : récupérer de l’huile de friture usagée lors des fêtes de village pour alimenter sa vieille voiture. Se définissant comme anticapitaliste et confiant vouloir niquer le système, il reconnaît être vite repéré par l’odeur, précisant qu’en marche arrière notamment, on a l’impression d’être un kebab sur roues.

Plutôt que ces solutions hors la loi, une alternative existe : solliciter les aides aux grands rouleurs mises en place par le gouvernement pour compenser la hausse des prix à la pompe.

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