Le brut échangé à Shanghai a atteint 129 dollars le baril, un niveau jamais vu depuis la création de ce marché, alerte Huffpost. En une seule semaine, précédant le 16 septembre 2026, les prix ont bondi de 14 %. Une hausse aussi brutale renvoie directement à ce qui se joue à des milliers de kilomètres de la Chine, dans le Golfe.
Des drones contre le dernier pipeline hors détroit d’Ormuz
Des drones attribués aux milices irakiennes ont mis hors service le Petroline, l’oléoduc Est-Ouest saoudien. Ce pipeline représentait la dernière voie de sortie du brut du Golfe qui évitait le détroit d’Hormuz. Sa neutralisation prive les marchés d’une soupape qu’ils croyaient acquise, et les cours en tirent immédiatement les conséquences.
Cette flambée s’inscrit dans un climat déjà tendu. Six mois plus tôt, le 28 février 2026, les États-Unis et Israël avaient lancé une opération militaire baptisée « Epic Fury ». Le détroit d’Hormuz reste bloqué depuis. La Chine est l’une des économies les plus exposées à cette paralysie.
C’est dans ce contexte que le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a promis de protéger les droits et intérêts légitimes de l’Iran. Cette prise de position tombe au moment précis où les prix touchent leur pic et où les marchés s’affolent.
Pékin puise à peine dans ses réserves
Malgré le choc, la Chine n’a pas eu recours massivement à ses réserves stratégiques. Le pays disposait, avant la guerre, d’environ 1,2 milliard de barils stockés, l’équivalent de plusieurs mois d’importations. Plutôt que de vider ces stocks, les autorités ont choisi de ralentir l’activité des raffineries et de ne pas augmenter les achats à l’étranger, une gestion qui a limité la pression chinoise sur des cours déjà à vif.
Cette prudence contraste avec l’ampleur de la dépendance du pays. Avant la crise, la Chine importait près de 12 millions de barils par jour, soit plus de 4 milliards de barils par an. Elle est le premier client pétrolier de l’Iran, et s’approvisionne aussi lourdement en brut saoudien et en gaz naturel liquéfié qatari. Sources percutées de plein fouet par la fermeture du détroit.
Pékin applique de longue date une règle simple : aucun fournisseur énergétique ne doit peser plus de 15 à 20 % dans les approvisionnements du pays. La diversification s’étend à la Russie, au Golfe, à l’Afrique et à l’Amérique latine. Mais cette prudence ne suffit plus à absorber le choc actuel.
Sur les dix principaux fournisseurs énergétiques de la Chine, neuf traversent un conflit, des sanctions ou de fortes tensions géopolitiques. Le Brésil est le seul partenaire resté stable parmi eux. Une bonne partie de ces turbulences est liée à la politique étrangère de Donald Trump, dont les pressions, du Venezuela à l’Iran, viennent perturber des pays qui comptent parmi les fournisseurs de Pékin.
Cette situation met en évidence une asymétrie que la Chine ne maîtrise pas : les États-Unis disposent de leurs propres ressources de pétrole et de gaz de schiste, une autonomie qui laisse à Washington une marge de manœuvre dont Pékin est privé.
Cette vulnérabilité structurelle nourrit une volonté d’autonomie qui figure au cœur du 15e plan quinquennal chinois, dévoilé par volets durant l’été 2026. La Chine y affiche l’objectif de devenir leader de la transition énergétique, appuyée sur un maillage mondial déjà constitué autour des minerais nécessaires aux batteries et aux panneaux solaires. En Indonésie, des entreprises chinoises ont ainsi investi massivement dans les mines de nickel et leur transformation.
Mais ces investissements dans l’éolien et le solaire ne permettront pas de se passer à court terme du pétrole et du gaz : la demande d’hydrocarbures du pays devrait rester très importante.
C’est pourquoi le volet pétrole et gaz du plan, publié la semaine précédant l’article, fixe un objectif concret : construire 20 000 kilomètres supplémentaires d’oléoducs et de gazoducs longue distance d’ici 2030, pour porter le réseau total à 220 000 kilomètres. L’idée est de multiplier les points d’entrée terrestres de l’énergie, sans pouvoir se passer entièrement des voies maritimes.
Le détroit de Malacca reste identifié depuis longtemps par les stratèges chinois comme un point de vulnérabilité comparable à celui d’Hormuz.






