Riyad coupe les livraisons de carburant à l’Europe : les automobilistes n’ont plus beaucoup de temps pour faire le plein avant la flambée des prix

Un oléoduc stratégique paralysé, des raffineurs européens qui paniquent et un baril qui frôle les 100 dollars : la crise pétrolière prend une tournure inquiétante entre drones, Houthis et cargaisons fantômes.

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Riyad coupe les livraisons de carburant à l'Europe : les automobilistes n'ont plus beaucoup de temps pour faire le plein avant la flambée des prix
Riyad coupe les livraisons de carburant à l’Europe : les automobilistes n’ont plus beaucoup de temps pour faire le plein avant la flambée des prix © L'EnerGeek

Le ministère saoudien de l’énergie a annoncé, vendredi 11 septembre 2026, un arrêt préventif de l’oléoduc Est-Ouest, au lendemain de frappes de drones ayant visé la veille les régions de Riyad et de Médine. Riyad et Bagdad ont affirmé que les engins provenaient d’Irak ; le royaume attribue ces attaques à une milice irakienne.

L’oléoduc relie les champs pétrolifères de l’est du pays au port de Yanbu, sur la mer Rouge, ce qui permet aux exportations saoudiennes de contourner le détroit d’Ormuz. Sa fermeture paralyse une partie des expéditions vers l’Europe, où les pétroliers remontent ensuite par le canal de Suez.

Une autre route existe, via l’oléoduc égyptien SUMED, qui achemine lui aussi le brut de la mer Rouge vers la Méditerranée. Selon le ministère saoudien, des équipes techniques inspectent la canalisation, sans qu’aucune date de reprise du pompage n’ait été communiquée. Le pétrole déjà stocké dans les terminaux d’exportation permet pour l’instant de maintenir certaines cargaisons.

Des livraisons annulées ou reportées à novembre

L’agence de tarification énergétique Argus a indiqué, mardi 15 septembre 2026, qu’au moins trois raffineurs européens avaient vu des cargaisons prévues pour la fin septembre annulées ou reportées, dans certains cas jusqu’en novembre, en citant des sources de marché anonymes. Aramco, la compagnie pétrolière saoudienne contrôlée par l’État, a refusé de commenter ces informations, dans un bref courriel envoyé à Euronews mercredi 16 septembre 2026 après-midi.

Le secrétaire à l’Énergie des États-Unis, Chris Wright, a jugé le même mardi que l’interruption « se mesurerait en jours ».

Le nombre exact de cargaisons annulées reste incertain. Des sources du secteur pétrolier évoquent par ailleurs des annulations d’expéditions prévues pour septembre 2024, avec une suspension des chargements au port de Yanbu. Entre le 7 et le 13 septembre 2024, l’Arabie saoudite avait pourtant chargé 22 millions de barils sur 12 navires, en nette hausse par rapport aux semaines précédentes.

Pour compenser la réduction des flux par la mer Rouge, le royaume envisagerait des exportations via le détroit d’Ormuz au moyen de cargaisons dites fantômes, une pratique déjà utilisée par d’autres producteurs du Golfe pour maintenir leurs volumes malgré les tensions régionales.

Le baril flirte avec les 100 dollars

Le Brent de la mer du Nord, livraison novembre, a grimpé à 97,92 dollars, tout près de la barre des 100 dollars, rapporte Zone Bourse, qui souligne que les rebelles houthistes visent le secteur énergétique. Sur le marché européen, le prix des cargaisons dépasse 122 dollars le baril, tandis que les contrats à terme sur le Brent se négocient près de 108 dollars. Le Brent daté, sur le marché physique européen, atteint environ 122 dollars, selon les données de LSEG.

Goldman Sachs prévoit qu’une prolongation du conflit pourrait faire grimper le Brent au-delà de 120 dollars. En août 2024, la production saoudienne avait déjà chuté de 23 %, à 6,24 millions de barils par jour, même si le royaume reste un acteur majeur de l’exportation pétrolière, ses capacités étant alors limitées. Economie Matin rapporte de son côté que l’envolée des prix du gaz et du pétrole pèse déjà sur la croissance industrielle française.

Orlen multiplie les appels d’offres

En Pologne, Orlen cherche en urgence des alternatives sur les marchés spot. Aramco fournit l’entreprise depuis 2022 et représente environ 40 % de son pétrole. Selon cinq sources du secteur, Orlen a déjà acquis des cargaisons de brut Grane, Johan Sverdrup et Johan Castberg, et a lancé des appels d’offres pour du brut américain et kazakh.

Un nouveau processus est en cours pour du brut de mer du Nord ou d’Algérie destiné à octobre 2024, ainsi que pour du brut guyanais pour novembre 2024 ; les résultats sont encore attendus.

Les raffineries d’Orlen en Pologne, en Lituanie et en République tchèque continuent de recevoir des matières premières, mais la recomposition rapide du portefeuille traduit la gravité de la situation. Le port de Gdansk avait accueilli environ 160 000 barils par jour de brut saoudien depuis le début de l’année, contre 63 000 pour le terminal lituanien de Butinge.

Les Houthis maîtres du détroit de Bab el-Mandeb

Les Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont pris le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb la semaine précédant le 16 septembre 2026, après s’être emparés du port de Mokha et d’îles voisines, aux dépens du gouvernement yéménite reconnu internationalement et soutenu par l’Arabie saoudite.

Ce détroit se situe au sud de Yanbu, sur la route directe vers l’Asie ; les pétroliers vers l’Europe qui remontent depuis Yanbu ne l’empruntent pas, mais il reste un point de passage pour le commerce entre l’Europe et l’Asie.

La coalition menée par l’Arabie saoudite a annoncé, mercredi 16 septembre 2026, avoir intercepté un drone houthi au sud de La Mecque, la veille au soir. Les Houthis ont nié avoir visé la ville sainte.

Le Qatar redoute une aggravation régionale

Le Qatar a averti, mardi 15 septembre 2026, que la perte d’accès à Bab el-Mandeb aggraverait les perturbations qui touchent déjà le trafic par le détroit d’Ormuz. Ibrahim bin Sultan Al Hashmi, directeur des médias et de la communication au ministère des affaires étrangères qatari, a jugé la situation « catastrophique pour le monde entier », lors d’un point de presse à Doha.

Le même jour, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi se sont entretenus au Caire de la sécurité des routes maritimes régionales. Al-Sissi a affirmé que la sécurité de l’Arabie saoudite et du Golfe faisait partie de la sécurité nationale de l’Égypte, apportant son soutien aux mesures prises par Riyad et appelant à un règlement politique au Yémen.

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