Le 9 septembre 2026, les prix du carburant en France ont atteint des sommets : le gazole était à 2,29 € le litre et l’essence SP95-E10 à 2,12 €. Cette flambée résulte de tensions géopolitiques : le baril de Brent s’approche des 100 dollars, le gazole à Rotterdam atteint 1 420 dollars la tonne, et le trafic dans le détroit d’Ormuz est presque à l’arrêt. Depuis février 2026, le conflit entre l’Iran et la coalition américano-israélienne perturbe les marchés énergétiques mondiaux, influant directement sur les prix en France.
Le détroit d’Ormuz, un goulot d’étranglement crucial
Le détroit d’Ormuz est vital pour le transport maritime mondial de pétrole, avec 20 % de l’offre globale y transitant avant la crise actuelle. Philippe Casbas, président de l’Union française des industries pétrolières énergies et mobilités, souligne que les tensions au Moyen-Orient touchent directement l’approvisionnement européen. Depuis août 2026, la quasi-fermeture du détroit force les navires à emprunter des routes alternatives, augmentant les délais et les coûts de transport.
Cette situation a poussé le baril de Brent à près de 100 dollars le 9 septembre, contre environ 75 dollars fin février. Parallèlement, le prix du gazole à Rotterdam, référence européenne, a grimpé à 1 420 dollars la tonne. Francis Pousse, président de la branche stations-service du réseau Mobilians, avertit qu’une baisse rapide des prix n’est pas à attendre.
De Rotterdam à la pompe : comment les prix se forment
Le prix du gazole à Rotterdam sert de base au calcul des prix en Europe continentale. Les distributeurs français achètent leur carburant sur ce marché ou via des contrats à terme basés sur ces cotations. À ce coût s’ajoutent les frais logistiques, les marges de distribution et la fiscalité française.
Sur un litre de gazole à 2,29 €, environ 1,10 € provient des taxes, qui représentent ainsi près de 48 % du prix final. La hausse de 30 % des cours de Rotterdam depuis février 2026 se répercute intégralement sur le prix hors taxe, amplifiée par la TVA.
Analyse des cours : les raisons des records
Trois facteurs expliquent la hausse des cours pétroliers. D’abord, le blocage d’Ormuz réduit les livraisons vers l’Europe et l’Asie, ajoutant une prime de risque de 10 à 15 dollars par baril. Ensuite, les raffineries européennes tournent à pleine capacité pour compenser cette perte, tendant le marché des produits raffinés. Enfin, malgré les prix élevés, la demande mondiale reste forte, surtout en Asie.
Les contrats à terme sur le Brent dépassent maintenant les 105 dollars, indiquant des attentes de crise durable. Les stocks européens, bien que disponibles, ne peuvent pallier une interruption majeure. L’Agence internationale de l’énergie estime qu’un million de barils par jour perdu dans le détroit ajoute 5 à 8 dollars au prix du baril.
En comparaison avec la crise de 2022, bien que le gazole ait alors atteint 2,32 € le litre, la situation actuelle diffère. En 2022, les sanctions contre la Russie ont redéfini les flux pétroliers mondiaux. Aujourd’hui, la crise frappe le cœur de la production moyen-orientale. Par ailleurs, la demande a chuté de 5 à 7 % en France depuis le début de la crise, un ajustement plus rapide qu’en 2022.
Perspectives énergétiques à court et moyen terme
L’évolution dépendra surtout de la situation géopolitique au Moyen-Orient. Une désescalade pourrait rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz et ramener les prix autour de 80-85 dollars le baril d’ici fin 2026, abaissant le prix du gazole sous 2 €. À l’inverse, une aggravation pourrait pousser le Brent au-delà de 120 dollars et les prix à la pompe au-dessus de 2,50 €.
Les acteurs du secteur interpellent l’État pour une intervention sur la taxation. Francis Pousse et Michel-Édouard Leclerc estiment qu’une action gouvernementale est inévitable pour limiter les prix. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a rencontré les distributeurs le 9 septembre pour discuter des options possibles.
La crise de 2026 met en lumière la vulnérabilité de l’Europe aux chocs pétroliers. Une transition énergétique accélérée, une diversification des sources et le développement d’alternatives aux hydrocarbures sont nécessaires pour éviter de futures crises. En attendant, les tensions géopolitiques continuent d’affecter directement le pouvoir d’achat en France.





