Pétrole : les superprofits d’ExxonMobil et Chevron ne plaisent pas à Trump

Donald Trump accuse ExxonMobil et Chevron de réaliser des superprofits excessifs grâce à la hausse des prix du pétrole liée au conflit avec l’Iran. Le président américain exige une baisse immédiate des prix à la pompe alors que l’essence atteint 4,10 dollars le gallon, soit 40 % de plus qu’en février 2026. Une pression politique avant les élections de mi-mandat de novembre.

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Pétrole : les superprofits d’ExxonMobil et Chevron ne plaisent pas à Trump © L'EnerGeek

Entre février et août 2026, le baril de brut américain a bondi de 20 % pour atteindre 96 dollars, tandis que l’essence à la pompe grimpait de 40 %, passant de 2,98 à 4,10 dollars le gallon. Résultat : les majors pétrolières américaines affichent des résultats financiers stratosphériques. ExxonMobil a enregistré un profit de 14,5 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, plus que doublant son résultat de l’année précédente (7,1 milliards). Chevron, de son côté, a rapporté 12 milliards de dollars, soit une hausse vertigineuse de 400 % par rapport aux 2,5 milliards de l’année précédente. Face à ces chiffres, Donald Trump a exprimé son mécontentement sans détour : « Ils font trop d’argent sur une pénurie. Je n’aime pas ça. Ils vont redonner une partie au public et ils feraient mieux de réduire le prix de détail, le prix à la consommation. »

La tempête énergétique : comment le conflit Iran a explosé les profits

De 2,98 à 4,10 dollars : la trajectoire des prix essence depuis février 2026

Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenché fin février 2026 avec des frappes militaires américaines et israéliennes, a provoqué une perturbation majeure des approvisionnements énergétiques mondiaux. En l’espace de cinq mois, le prix moyen de l’essence aux États-Unis a augmenté de 1,12 dollar par gallon, soit une hausse de 38 % qui pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages américains. Selon plusieurs analyses, l’escalade des tensions au Moyen-Orient a créé une prime de risque géopolitique qui s’est immédiatement répercutée sur les marchés pétroliers. Les consommateurs américains, habitués à des prix relativement stables, ont vu leur facture mensuelle de carburant exploser, alimentant un mécontentement croissant à l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026.

Le brut à 96 dollars le baril : perturbations d’approvisionnement et prime de risque

La hausse du brut américain à 96 dollars le baril s’explique par une combinaison de facteurs structurels et conjoncturels. Les frappes militaires ont perturbé les routes maritimes stratégiques du détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial. Les traders ont intégré une prime de risque substantielle, anticipant des perturbations prolongées de l’offre. Fait significatif, lorsque Trump a annoncé début août la suspension d’une attaque militaire planifiée contre l’Iran, les prix du brut ont immédiatement chuté de 5 %, démontrant la sensibilité extrême des marchés énergétiques aux signaux géopolitiques. Néanmoins, malgré ce recul ponctuel, les prix restent largement supérieurs aux niveaux d’avant-conflit, maintenant les marges des raffineurs et des producteurs à des niveaux exceptionnellement élevés.

ExxonMobil (+104 %) et Chevron (+400 %) : anatomie des superprofits

Les résultats trimestriels des majors pétrolières révèlent l’ampleur de la manne financière générée par la crise iranienne. ExxonMobil a vu son profit grimper de 104 % en un an, tandis que Chevron a enregistré une progression de 400 %, un niveau rarement atteint dans l’histoire récente de l’industrie pétrolière. Valero Energy a également annoncé son meilleur résultat trimestriel depuis la crise énergétique de 2022. Ces performances s’expliquent par l’écart croissant entre le coût de production du pétrole, resté relativement stable, et le prix de vente du brut et des produits raffinés, gonflé par la prime de risque géopolitique. Les compagnies pétrolières bénéficient ainsi d’une situation où les perturbations d’approvisionnement créent une rareté artificielle, permettant de maximiser les marges sans investissement supplémentaire significatif.

Trump et les limites du pouvoir présidentiel sur les marchés énergétiques

La position de Trump illustre une contradiction fondamentale de sa politique énergétique. Fervent défenseur du libre marché et soutien historique de l’industrie pétrolière, le président se retrouve dans une posture inhabituelle en réclamant une intervention sur les prix. « Je n’aime pas ça. Je devrais être le dernier à le dire parce que je suis un grand partisan de la libre entreprise, personne de plus grand. Vous êtes surpris que je le dise ? Je le dis haut et fort. Je ne suis pas content », a-t-il déclaré selon TT News. Cette déclaration traduit l’impuissance relative du pouvoir politique face aux mécanismes de marché mondiaux. Le président américain ne dispose d’aucun levier direct pour imposer une baisse des prix à la pompe, hormis la pression morale et médiatique. Les compagnies pétrolières, cotées en bourse, répondent avant tout à leurs actionnaires et aux dynamiques de l’offre et de la demande mondiales.

Enquête du ministère de la Justice : détection de manipulation ou pression politique ?

En juin 2026, Trump a ordonné au ministère de la Justice d’enquêter sur les prix de l’essence, suggérant une possible manipulation des prix par les acteurs du secteur. Toutefois, les experts énergétiques restent sceptiques quant à la capacité de l’administration à démontrer une entente illicite. Les hausses de prix observées correspondent largement aux fondamentaux du marché : perturbations géopolitiques, réduction de l’offre, augmentation de la demande estivale. Le président a également ciblé nommément Mike Wirth, PDG de Chevron, l’accusant sur Truth Social d’ingratitude envers son administration. « La seule chose que [Wirth] a opportunément oublié de mentionner, c’est que sans le génie, la prévoyance, la force et la stabilité de l’administration TRUMP, l’industrie pétrolière, et notre pays lui-même, seraient MORTS ! », a-t-il écrit selon Al Jazeera. Au-delà de la rhétorique, l’enquête apparaît davantage comme un instrument de pression politique qu’une démarche régulatoire fondée sur des preuves tangibles de manipulation. Avec les élections de mi-mandat approchant, Trump tente de détourner la colère des électeurs vers les majors pétrolières plutôt que vers sa gestion du conflit iranien, responsable direct de l’envolée des prix. La production pétrolière mondiale reste sous pression, limitant les marges de manœuvre de toute administration pour agir rapidement sur les prix.

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