Carburant : pourquoi les prix ont-ils de nouveau augmenté ?

Le gazole a repassé la barre des 2 euros le litre ce 15 juillet 2026 en France. Deux chocs géopolitiques expliquent cette flambée : l’interdiction russe d’exporter du gazole raffiné suite aux frappes ukrainiennes sur ses raffineries, et la reprise des tensions entre États-Unis et Iran au Moyen-Orient, onze jours seulement après un accord de paix éphémère.

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Carburant : pourquoi les prix ont-ils de nouveau augmenté ?
Carburant : pourquoi les prix ont-ils de nouveau augmenté ? © L'EnerGeek

Le gazole français a franchi le seuil des 2 euros le litre ce 15 juillet 2026 à 11 heures, atteignant 2,003 euros en moyenne sur 9 535 stations-service selon les données gouvernementales relayées par Sud Ouest. Deux chocs géopolitiques simultanés expliquent ce retour brutal : l’interdiction russe d’exporter du gazole raffiné annoncée le 8 juillet, et la reprise des hostilités entre Washington et Téhéran le 26 juin, deux semaines seulement après un accord de paix qui avait fait chuter les cours.

La chaîne d’approvisionnement énergétique sous tension

Deux chocs simultanés : Moyen-Orient et Russie

Le 15 juin dernier, un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran avait provoqué un soulagement immédiat sur les marchés pétroliers. Les cours du Brent avaient reflué, entraînant mécaniquement une baisse des prix à la pompe en France. Le gazole était alors passé sous la barre symbolique des 2 euros. Mais le répit aura duré exactement onze jours. Le 26 juin, les tensions militaires ont repris au Moyen-Orient, faisant remonter le baril vers 80 dollars dès le 14 juillet. Parallèlement, les frappes ukrainiennes répétées sur les infrastructures pétrolières russes ont contraint Moscou à annoncer le 8 juillet l’interdiction totale de ses exportations de gazole, privant l’Europe d’un fournisseur majeur de carburant raffiné.

L’impact des attaques ukrainiennes sur la capacité de raffinage russe

Depuis février 2026 et l’intensification du conflit russo-ukrainien, Kiev a systématiquement visé les raffineries russes situées dans un rayon de 500 kilomètres de sa frontière. Selon les analystes énergétiques, ces attaques ont réduit de 15 à 20 % la capacité de raffinage russe entre mars et juin 2026. La Russie, qui transforme son pétrole brut en produits finis pour maximiser ses revenus d’exportation, s’est retrouvée dans l’incapacité d’honorer ses contrats européens. L’annonce du 8 juillet officialise une rupture d’approvisionnement déjà effective depuis plusieurs semaines, mais son impact psychologique sur les marchés a provoqué une flambée immédiate des cours du gazole raffiné.

Les raffineries russes, maillon clé du marché gazole européen

Pourquoi la Russie exporte-t-elle du gazole raffiné et pas du pétrole brut ?

Contrairement à l’Arabie saoudite ou aux Émirats arabes unis qui exportent principalement du brut, la Russie a historiquement investi dans des capacités de raffinage importantes pour vendre directement des produits finis : gazole, essence, kérosène. La marge bénéficiaire est supérieure de 30 à 40 % par rapport au brut non transformé. Avant février 2026, la Russie fournissait environ 25 % du gazole consommé en Europe occidentale, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie. La perte brutale de ce volume crée un déficit structurel que les raffineries européennes ne peuvent compenser à court terme, leurs capacités de production tournant déjà à 85-90 % de leur potentiel.

L’interdiction d’exporter du gazole annoncée le 8 juillet : conséquences immédiates

L’interdiction russe répond à une logique de préservation des stocks intérieurs. Moscou privilégie désormais son marché domestique et ses alliés stratégiques (Biélorussie, Kazakhstan), au détriment des contrats européens. Les traders européens se sont immédiatement tournés vers les États-Unis et le Moyen-Orient pour compenser, mais ces sources alternatives coûtent 8 à 12 % plus cher en raison des distances de transport et des primes de risque géopolitique. Comme le rapporte Europe 1, le marché spot du gazole à Rotterdam a bondi de 15 % entre le 8 et le 14 juillet, une hausse directement répercutée sur les prix français.

Tensions US-Iran : volatilité du Brent et réaction en chaîne

Le prix du pétrole brut à 80 dollars : analyse des facteurs de risque

Le baril de Brent évoluait autour de 80 dollars ce 15 juillet, après avoir atteint de nouveaux sommets la veille. Trois facteurs alimentent la nervosité des marchés : la fermeture partielle du détroit d’Ormuz (par lequel transite 21 % du pétrole mondial), les menaces iraniennes sur les installations saoudiennes, et l’incertitude sur la durée du conflit. Chaque dollar supplémentaire sur le baril se traduit mécaniquement par une hausse de 1,2 à 1,5 centime d’euro par litre à la pompe en France, compte tenu de la structure fiscale hexagonale. Le passage de 70 à 80 dollars entre juin et juillet explique donc 12 à 15 centimes de la hausse observée, le reste provenant de la pénurie de gazole raffiné.

De l’accord du 15 juin à la reprise des hostilités le 26 juin : deux semaines de répit illusoire

L’accord du 15 juin avait suscité un optimisme excessif. Les analystes énergétiques avaient pourtant prévenu : sans mécanisme de vérification robuste, la trêve restait fragile. La reprise des hostilités le 26 juin a pris les marchés par surprise, d’autant que l’essence SP98 avait déjà repassé la barre des 2 euros le 30 juin. Le Dauphiné Libéré souligne que les opérateurs pétroliers ont immédiatement intégré une prime de risque géopolitique de 8 à 10 dollars par baril, anticipant une escalade durable. La volatilité s’est ainsi installée durablement : entre le 15 juin et le 15 juillet, les prix français ont oscillé dans une fourchette de 18 centimes, un record depuis 2022.

Perspectives énergétiques : vers une dépendance accrue de la France aux marchés volatiles

La France importe 99 % de son pétrole et ne dispose plus que de six raffineries actives après les fermetures de Dunkerque (2010) et de La Mède (2016). Malgré les efforts d’électrification du parc automobile, le gazole reste le carburant le plus consommé, représentant 73 % des volumes vendus en stations-service. La diversification des sources d’approvisionnement reste limitée : le Moyen-Orient fournit 42 % des importations françaises, la Russie (avant l’interdiction) 18 %, et l’Afrique de l’Ouest 15 %. Aucune de ces zones n’est à l’abri des tensions géopolitiques. Les stocks stratégiques français couvrent théoriquement 90 jours de consommation, mais leur mobilisation nécessite une décision politique majeure, rarement prise en période de simple tension tarifaire.

À moyen terme, trois scénarios se dessinent : une stabilisation si les tensions US-Iran s’apaisent et si l’Ukraine cesse ses frappes sur les raffineries russes, un maintien des prix élevés si le statu quo perdure, ou une nouvelle flambée en cas d’escalade militaire au Moyen-Orient. Les marchés à terme tablent actuellement sur un Brent oscillant entre 75 et 85 dollars jusqu’à fin 2026, soit un prix du gazole français durablement ancré entre 1,95 et 2,10 euros. La dépendance structurelle de la France aux hydrocarbures importés transforme chaque crise géopolitique en choc immédiat sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Sans accélération massive de la transition énergétique, le pays restera exposé à des variations de prix qu’il ne maîtrise pas.

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