La CFE Énergies alerte le gouvernement : « La pérennité même du parc nucléaire français est en jeu »

« Ce n’est pas seulement la stabilité du système électrique qui est en jeu, mais la pérennité même du parc nucléaire français »

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Redemarrage Centrale Nucleaire Japon
La CFE Énergies alerte le gouvernement : « La pérennité même du parc nucléaire français est en jeu » © L'EnerGeek

C’est une lettre courte, dense, et inhabituelle par la gravité de son ton. Adressé au ministre chargé de l’Énergie et rendu public par Transitions & Énergies, le courrier de la CFE-CGC Énergies met en cause les fondements techniques de la trajectoire électrique actuellement retenue par l’exécutif, à l’heure où se prépare la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie.

Alerte sur la souveraineté énergétique de la France

D’emblée, le syndicat situe l’enjeu au-delà du débat habituel entre filières. « Les choix que vous vous apprêtez à faire engagent la souveraineté électrique de la France pour plusieurs décennies », écrit-il, en ouverture de la lettre dévoilée par T&E. L’objet de l’alerte est précis : l’effet cumulatif de la montée en puissance des énergies renouvelables intermittentes sur l’exploitation du parc nucléaire et sur la stabilité du système électrique.

Selon la CFE Énergies, la priorité d’injection accordée à l’éolien et au photovoltaïque conduit désormais à un effacement structurel de la production nucléaire. Cette modulation, longtemps présentée comme marginale, change de nature. Le syndicat parle d’une sollicitation « en fréquence, en amplitude et en profondeur », qui n’est plus compatible avec les conditions industrielles de fonctionnement des réacteurs.

« Cette sollicitation accrue des installations a des impacts techniques, économiques et industriels qui conditionnent la durée de vie des réacteurs », avertit la lettre. Le document rappelle qu’en dessous d’un certain seuil de puissance, un réacteur ne peut plus moduler et doit être arrêté, entraînant des cycles d’arrêt et de redémarrage bien plus contraignants qu’une simple baisse de charge. Ces cycles, précise la CFE Énergies, ne sont ni neutres pour la sûreté, ni sans conséquence sur la disponibilité future du parc.

Vers un déséquilibre du réseau électrique français ?

L’alerte ne se limite pas au nucléaire. Le courrier insiste sur les équilibres physiques du réseau, que le syndicat juge insuffisamment pris en compte dans la planification actuelle. « La stabilité du système électrique, et notamment la tenue de tension, n’est pas une variable d’ajustement », écrit-il, rappelant le rôle central des moyens pilotables synchrones pour assurer inertie et robustesse au réseau.

La lettre s’attarde également sur le développement rapide du photovoltaïque et sur ce que la profession appelle désormais la « cloche solaire » : des excédents de production massifs en milieu de journée, suivis de chutes rapides en fin d’après-midi. À cette dynamique nationale s’ajoute, selon la CFE Énergies, un risque européen. « L’addition d’une cloche solaire nationale et d’une cloche solaire importée pourrait conduire à une déstabilisation technique et économique majeure », met-elle en garde, en référence aux interconnexions croissantes avec les pays voisins.

Renouvelables : une étude critique cachée par le gouvernement ?

C’est dans ce contexte que le syndicat demande explicitement la publication d’une étude réalisée par EDF sur les conséquences de l’effacement de la production nucléaire. Cette étude, commandée par les pouvoirs publics, est finalisée mais n’a pas été rendue publique. « Il est indispensable que cette étude soit versée au débat public et prise en compte dans l’élaboration de la PPE », écrit la CFE Énergies, qui estime qu’aucune décision structurante ne peut être prise sans cet éclairage.

La conclusion du courrier résume la portée de l’alerte. « Ce n’est pas seulement la stabilité du système électrique qui est en jeu, mais la pérennité même du parc nucléaire français », affirme le syndicat.

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