Le 4 novembre 2025, le gouvernement de l’Australie a dévoilé « Solar Sharer », un dispositif qui imposera aux énergéticiens une fenêtre quotidienne de trois heures d’électricité gratuite en plein midi. Objectif affiché : valoriser l’abondance de solaire à l’instant où il coûte le moins, tout en réduisant les pointes du soir. Il promet ainsi un accès élargi aux bénéfices de la transition, y compris pour les locataires sans panneaux.
Comment fonctionne l’électricité solaire « gratuite » en Australie (et pourquoi maintenant)
Le cœur du mécanisme est simple : en Australie, l’électricité solaire afflue désormais en milieu de journée, au point de faire plonger les prix de gros. Plutôt que de laisser ce kilowattheure invendu s’évanouir, l’État impose une fenêtre à 0 $/kWh. Chaque Australien muni d’un compteur communicant pourra y souscrire et décaler lave-linge, chauffe-eau ou recharge de véhicule électrique. Le pari macroénergétique est clair : déplacer la demande, soulager la pointe, et lisser les coûts de réseau.
Mais l’astuce révèle aussi ses limites : si l’Australie offre ainsi du solaire, c’est qu’elle n’en stocke pas encore assez. Le pays installe batteries domestiques et fermes de stockage, certes, mais le dimensionnement ne suit pas l’explosion du photovoltaïque résidentiel. D’où cette solution « comportementale » : plutôt que bâtir immédiatement des gigawatts-heures de stockage, le pays mise sur des habitudes nouvelles, articulées autour d’horaires gratuits et d’outils de programmation.
Qui est éligible, quand, et avec quelles conditions
Première étape : juillet 2026, dans les régions où s’applique le Default Market Offer (Nouvelle-Galles du Sud, Australie-Méridionale, sud-est du Queensland). La gratuité durera au moins trois heures par jour, en « milieu de journée ». Les ménages devront opter pour cette offre et disposer d’un smart meter ; rien n’est automatique. L’État cadre la pratique via le régulateur (AER) afin que les Australiens ne payent pas ce cadeau ailleurs sur leur facture.
Ensuite, extension possible en 2027. L’Australie ouvre une consultation pour affiner la mise en œuvre, des modalités tarifaires à l’équité entre offres. Car l’électricité solaire gratuite n’est pas une fin en soi : elle vise à répartir la demande et à réduire les investissements lourds sur le réseau. Le pays veut aussi que les ménages sans panneaux – nombreux en appartement ou en location – profitent enfin de l’abondance photovoltaïque.
Bénéfices promis, chiffres clés et objections du secteur
Côté bénéfices, l’Australie met en avant la baisse des coûts système liée au décalage des usages. Trois heures « zéro » permettent de réduire les prix de pointe le soir et donc de limiter les renforts de réseau. En parallèle, l’Australie revendique un cap stratégique : 82 % d’électricité renouvelable en 2030, contre un mix encore charbonneux dans plusieurs États. Les 3 heures gratuites matérialisent donc un « signal prix » lisible pour les ménages.
Le secteur, lui, s’inquiète. L’Australian Energy Council dénonce une annonce sans concertation, potentiellement déstabilisante pour les petits fournisseurs, dont la gestion d’équilibre et la stratégie de couverture sont plus fragiles. En Australie, certains acteurs offrent déjà des plages gratuites, mais l’obligation réglementaire change l’échelle et le risque marché. Reste que l’exécutif assume : priorité aux consommateurs, et « rééquilibrage » du DMO pour partager l’aubaine solaire.
Ce que pensent les Australiens et comment s’y préparer concrètement
La réception publique oscille entre soulagement et pragmatisme. Beaucoup d’Australiens voient dans le solaire gratuit un coup de pouce au pouvoir d’achat ; d’autres redoutent l’effet cliquet sur les heures payantes. Les associations pro-solaire saluent une mesure « qui fait enfin profiter tout le monde », quand des voix conservatrices y voient un transfert de coûts. Dans les foyers, l’intérêt grimpe pour les programmateurs, prises connectées et ballons thermodynamiques.
Sur le terrain, la consigne est claire : souscrire l’offre, et planifier. En Australie, le gisement se joue à midi : lave-linge en différé, chauffe-eau asservi, recharge VE anticipée. Ajoutez un ballon bien dimensionné ou une batterie domestique : même sans stockage massif côté réseau, l’Australie peut transformer l’essai en confort tangible. Ironie de l’histoire : quand on ne stocke pas assez, on orchestre la demande.






