États-Unis : 80 milliards pour relancer le nucléaire

Washington engage un tournant stratégique majeur avec l’annonce d’un programme de 80 milliards de dollars destiné à déployer une nouvelle génération de réacteurs nucléaires Westinghouse sur le sol américain. Soutenu par Cameco et Brookfield, ce partenariat marque la réaffirmation du rôle du nucléaire dans la politique énergétique des États-Unis et la réindustrialisation de leur filière atomique.

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États-Unis : 80 milliards pour relancer le nucléaire © L'EnerGeek

Le 28 octobre 2025, le gouvernement américain a officialisé un accord d’investissement public-privé de 80 milliards de dollars en faveur de la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Le partenariat, signé entre Westinghouse Electric Company, Cameco Corporation et Brookfield Asset Management, vise à soutenir le déploiement de réacteurs de technologie AP1000 sur plusieurs sites américains. Selon Reuters, il s’agit du plus important plan d’investissement nucléaire depuis la mise en service des unités 3 et 4 de Vogtle, en Géorgie, et du premier engagement structuré de l’État fédéral dans la filière depuis plus d’une décennie.

Nucléaire : une alliance industrielle structurée autour du modèle Westinghouse

Le partenariat repose sur la technologie AP1000, réacteur à eau pressurisée de génération III+ développé par Westinghouse Electric. Ce design intègre un système de sécurité passive capable d’assurer le refroidissement du cœur sans alimentation électrique externe pendant 72 heures. Déjà déployé en Chine et en Géorgie, le modèle AP1000 constitue la pierre angulaire du nouveau programme américain, qui ambitionne de relancer la production nucléaire nationale sur une base technologique éprouvée et standardisée.

Le communiqué conjoint publié par Westinghouse, Brookfield et Cameco précise que « au cœur du nouveau partenariat stratégique, au moins 80 milliards de dollars de nouveaux réacteurs seront construits à travers les États-Unis ». Cette annonce officialise un accord trilatéral inédit :

  • Westinghouse conserve la maîtrise technologique et la gestion des projets ;
  • Brookfield Asset Management apporte le financement et la structuration juridique ;
  • Cameco, producteur canadien d’uranium, sécurise l’approvisionnement en combustible.

Selon Utility Dive, le plan pourrait générer plus de 100 000 emplois de construction et 45 000 emplois industriels dans les chaînes d’approvisionnement liées à la fabrication et à l’ingénierie nucléaire réparties sur 43 États.

Un dispositif financier inédit et une prise de participation publique ciblée

Le gouvernement fédéral n’agit pas seulement comme régulateur : il s’engage aussi comme investisseur à long terme. D’après Business Wire, Washington bénéficiera d’une participation financière progressive, à hauteur de 20 % des bénéfices réalisés au-delà d’un seuil de 17,5 milliards de dollars de distributions. Ce mécanisme de partage des profits place l’État en position de co-bénéficiaire de la rentabilité du programme, sans pour autant en assumer directement la gestion opérationnelle.

Toujours selon Reuters, si la valorisation de Westinghouse atteint 30 milliards de dollars avant 2029, le gouvernement pourrait exiger une introduction en bourse (IPO) et activer un warrant équivalant à 20 % du capital.

Un outil de souveraineté énergétique et de compétitivité industrielle

Ce programme illustre la volonté de réindustrialiser la chaîne nucléaire américaine, aujourd’hui dominée par des acteurs étrangers, notamment français et sud-coréens. En soutenant Westinghouse, Washington vise à rapatrier la production d’équipements lourds, à réactiver les capacités de construction et à rétablir un tissu de sous-traitants autour de ses grands industriels de l’énergie.

Pour le Département de l’Énergie (DOE), le nucléaire reste un pilier de la sécurité énergétique et de la décarbonation du mix électrique. En 2024, près de 19 % de l’électricité américaine provenait encore du nucléaire, mais la moyenne d’âge des réacteurs dépasse 40 ans. Le programme Westinghouse-Cameco-Brookfield s’inscrit donc dans une stratégie de renouvellement technologique et d’extension du parc existant, complémentaire aux projets de petits réacteurs modulaires (SMR) soutenus par le DOE, notamment ceux de NuScale et X-energy.

Ce volet industriel s’accompagne d’un engagement sur les chaînes d’approvisionnement critiques, notamment l’uranium enrichi. Cameco, partenaire du projet, détient des mines au Canada et participe à la sécurisation d’un approvisionnement nord-américain indépendant du marché russe.

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