L’Espagne se trouve en ce moment dans une situation compliquée : le réchauffement climatique intensifie une sécheresse qui dure depuis longtemps. Ce problème met en lumière les tensions autour de la gestion de l’eau, surtout avec l’arrivée massive des datacenters. Ces centres consomment beaucoup d’eau pour refroidir leurs serveurs, ce qui inquiète agriculteurs et élus, déjà en difficulté pour accéder à cette ressource vitale.
Implantation des datacenters
L’entreprise française Data4 a récemment ouvert un centre de données à Alcobendas, en proche banlieue de Madrid. Le site est très sécurisé et nécessite une double identification par badge et empreinte digitale pour accéder aux serveurs. Ces derniers hébergent un volume énorme de données utilisées pour des services comme l’envoi de messages, le streaming de films ou encore des applications d’intelligence artificielle. Selon Francisco Ramirez, directeur de la branche espagnole de Data4, « les câbles sous-marins reliant l’Europe aux États-Unis, à l’Amérique latine et à l’Asie convergent ici. L’Espagne fait office de porte d’entrée vers le continent européen. »
Grâce à sa position géographique, l’Espagne joue un rôle central dans le réseau mondial des communications numériques. Cependant, cette expansion rapide soulève des questions sur la transition énergétique et la gestion de l’eau dans un pays en proie à la sécheresse.
Consommation d’eau en hausse
Dans certaines régions espagnoles, aucune limite n’est imposée à la consommation d’eau par les datacenters, ce qui aggrave la situation déjà tendue avec la sécheresse. En Aragon, un centre de données d’une filiale d’Amazon consomme jusqu’à 53 millions de litres d’eau par an. Pour vous donner une idée, c’est l’équivalent de la consommation annuelle d’un millier d’habitants. Ce datacenter, construit il y a deux ans, est en pleine expansion et utilise encore plus d’eau qu’auparavant.
Cette utilisation massive de l’eau pour les datacenters vient renforcer les difficultés rencontrées par le secteur agricole, qui lutte déjà pour s’approvisionner.
Effets sur l’agriculture locale
Les épisodes de sécheresse en Espagne se font de plus en plus fréquents et prolongés, augmentant le risque d’incendies et mettant en péril la viabilité économique des exploitations agricoles. Angel Estanislao Galve Andre, agriculteur spécialisé dans les céréales et président local de la Coordination des Organisations d’Agriculteurs et d’Éleveurs (Coag) dans la province de Guadalajara, fait part de ses craintes : « Les centres de données consomment des quantités d’eau qui me semblent excessives alors qu’il en manque déjà pour l’agriculture et pour l’usage domestique. »
Cette situation menace non seulement la production agricole, mais aussi le quotidien des populations locales qui dépendent de cette activité.
Opposition sur le terrain
Face à ces défis, plusieurs élus locaux s’opposent fermement aux nouveaux projets de datacenters. José Luis Montero, maire de Villamayor de Gallego, a récemment rejeté un projet similaire dans sa commune, soutenu par le gouvernement régional. Il craint que 40 agriculteurs ne se voient contraints de quitter leurs terres : « Ils occuperont tout ce terrain », remarque-t-il avec inquiétude.
Montero envisage même de recourir à la justice pour défendre les intérêts des habitants et préserver les ressources indispensables à la commune : « Si les discussions n’aboutissent pas, on se réserve le droit d’aller en justice. »






