Nor’easters : ces tempêtes deviennent plus violentes sous l’effet du réchauffement

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Nor’easters : ces tempêtes deviennent plus violentes sous l’effet du réchauffement
Nor’easters : ces tempêtes deviennent plus violentes sous l’effet du réchauffement © L'EnerGeek

C’est un scénario de science-fiction devenu réalité climatique. Les tempêtes appelées nor’easters – qui frappent la façade atlantique des États-Unis avec leur cortège de vents dévastateurs, de neige paralysante et de crues soudaines, deviennent plus violentes. C’est ce qu’affirme une étude publiée le 14 juillet 2025 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, menée par une équipe de chercheurs dirigée par Michael E. Mann, climatologue à l’université de Pennsylvanie.

Derrière leur nom à consonance maritime, ces phénomènes atmosphériques masquent une redoutable capacité de destruction. Et le climat, désormais, les nourrit.

Le réchauffement amplifie la violence des nor’easters

Le mécanisme est simple. Des océans plus chauds, une atmosphère plus humide, et donc des tempêtes plus chargées en énergie. L’étude s’appuie sur l’analyse de 900 épisodes de nor’easters survenus entre 1940 et 2025.

La vitesse maximale des vents les plus intenses a augmenté de 6 %. Ce chiffre en apparence modeste cache une réalité bien plus brutale, un tel gain de vitesse se traduit par 20 % de potentiel destructeur supplémentaire, selon les calculs des auteurs. Le volume de précipitations – pluie ou neige – s’est également accru de 10 % en moyenne. Les tempêtes d’hiver deviennent donc plus denses, plus longues et plus imprévisibles.

Moins de tempêtes, mais plus de risques

L’étude précise que si le nombre total de nor’easters pourrait décroître, en raison d’un contraste thermique réduit entre l’Arctique (qui se réchauffe plus vite) et l’océan Atlantique, les tempêtes qui continueront de se former seront nettement plus intenses.

Le scientifique Judah Cohen, climatologue au MIT, souligne dans CNN l’effet parfois contre-intuitif du changement climatique : « Les effets peuvent être contre-intuitifs, notamment l’idée que le changement climatique peut entraîner une augmentation ponctuelle des épisodes de conditions hivernales sévères. » En d’autres termes, dans un monde plus chaud, les hivers ne seront pas nécessairement plus doux. Certaines régions subiront des épisodes de froid et de neige d’une intensité inédite.

Des précédents tragiques… et des leçons oubliées

Les tempêtes nor’easters ne sont pas un phénomène nouveau. On se souvient du « Storm of the Century » de mars 1993, avec ses vents dépassant les 160 kilomètres par heure, ses 1,5 mètre de neige dans certaines zones et ses plus de 200 morts. Ou encore de Snowmageddon, en 2010, qui avait enseveli la Pennsylvanie, le Maryland, la Virginie et la Virginie-Occidentale sous 50 centimètres de neige, tuant 41 personnes.

Des désastres à répétition dont les leçons semblent ne pas avoir été pleinement tirées. Michael Mann lui-même, bloqué pendant trois jours à Philadelphie lors de Snowmageddon, en a fait un point de départ de sa réflexion scientifique. « Les nor’easters ont été négligés, et c’est un facteur supplémentaire de l’augmentation du risque côtier sur lequel nous ne nous sommes pas suffisamment penchés », alerte-t-il dans CNN.

Un coût humain, un coût économique

Ces tempêtes hivernales frappent des zones densément peuplées, Boston, New York, Philadelphie, Washington, où les infrastructures sont particulièrement vulnérables. La tempête dite « Ash Wednesday » de 1962, par exemple, avait causé des dommages estimés à plusieurs dizaines de milliards d’euros (en valeur actuelle).

Michael Mann compare son impact à celui « d’un ouragan de catégorie 1 à 2 ». Jennifer Francis, climatologue au Woodwell Climate Research Center, rappelle dans CNN que l’anticipation reste la meilleure arme : « Les communautés côtières du nord-est, où frappent les nor’easters, devraient prêter une attention particulière… une préparation proactive coûte moins cher qu’une reconstruction après la tempête. »

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