Kazakhstan : la technologie VVER-1200 au cœur de la première centrale nucléaire nationale

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Rosatom Centrale Nucleaire
© Rosatom

Le Kazakhstan a finalement désigné la société publique russe Rosatom comme maître d’œuvre de sa première centrale nucléaire. Mais derrière la décision géopolitique, c’est la technologie VVER-1200 – cœur du réacteur – qui cristallise les ambitions d’indépendance énergétique du pays.

Une centrale nucléaire VVER-1200 pour ancrer la stabilité du réseau

L’appel d’offres lancé par le Kazakhstan pour sa première centrale nucléaire n’était pas qu’un jeu d’influences géopolitiques. Il s’agissait avant tout de sélectionner une technologie éprouvée, capable d’assurer sécurité, disponibilité et flexibilité dans un système électrique soumis à de fortes contraintes saisonnières.

C’est le réacteur VVER-1200, conçu par Rosatom, qui s’est imposé. Cette unité de génération III+, d’une puissance brute de 1.200 MW, est le modèle phare de l’exportation nucléaire russe. Déjà opérationnel en Turquie (centrale d’Akkuyu), en Biélorussie et en cours d’installation en Hongrie, il combine robustesse hydraulique, boucle fermée pressurisée et barrière passive de sécurité.

D’après l’Agence kazakhstanaise pour l’énergie atomique, cette technologie a été préférée pour sa redondance de sûreté, sa compatibilité avec une montée en puissance progressive et son adaptabilité au site d’Ülken, situé en zone sismique modérée.

Le choix du VVER-1200, fruit d’une évaluation multicritère

Le Kazakhstan a procédé à une évaluation comparative rigoureuse. En lice figuraient également la technologie Hualong One (CNNC), APR1400 (KHNP), et l’EPR d’EDF. Le VVER-1200 a été retenu pour des critères combinant :

  • adaptation au réseau national, encore en phase de modernisation,
  • expérience de déploiement dans d’autres marchés émergents,
  • accessibilité financière, avec un schéma de financement partiellement souverain,
  • un soutien technique intégral, incluant la formation du personnel et le transfert de compétences.

« Le modèle VVER-1200 est celui qui répond aux spécificités du Kazakhstan en matière de stabilité réseau, coûts projetés et garanties technologiques », a fait savoir le ministère de l’Énergie du Kazakhstan.

La centrale sera structurée en deux blocs de 1.200 MW chacun, avec une construction échelonnée entre 2026 et 2032. À terme, elle représentera une injection annuelle de plus de 17 TWh, soit environ 18% de la consommation nationale projetée à l’horizon 2035.

Sûreté nucléaire : un système basé sur des barrières multiples

Le réacteur VVER-1200 se distingue par un système de sécurité passif à quatre niveaux, incluant

  • une enceinte de confinement double paroi,
  • des systèmes de refroidissement autonomes sans alimentation électrique,
  • des générateurs de vapeur tubulaires favorisant un maintien prolongé du cœur sans intervention humaine,
  • une vasque de récupération du corium, en cas de fusion du cœur.

Ces spécificités ont été validées par des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et intégrées aux standards de sûreté post-Fukushima. Le Kazakhstan a prévu d’installer une supervision continue indépendante, incluant télémétrie en temps réel, inspections par drone, et certification par l’AIEA à chaque phase critique.

Combustible, formation, maintenance : le VVER-1200 comme levier d’autonomisation

Un autre atout majeur du modèle retenu réside dans son intégration au cycle du combustible. Grâce à l’expertise de la Fonderie d’Ulba, le Kazakhstan espère produire localement une partie des assemblages, avec de l’uranium fourni par Kazatomprom. Le contrat signé avec Rosatom comprend des modules de formation pour plus de 400 techniciens et ingénieurs, la mise en place d’un centre de simulation numérique et la création d’une base logistique régionale pour pièces de rechange.

« Ce projet ne consiste pas seulement à importer une technologie, mais à construire une filière locale durable », assure Almasadam Satkaliyev, le ministre de l’Énergie du Kazakhstan.

Stratégie énergétique et vision régionale

Le choix du VVER-1200 s’inscrit dans une vision énergétique plus large. Alors que le Kazakhstan ambitionne de réduire la part du charbon dans son mix électrique (actuellement 60%) et d’assurer l’autonomie de son réseau, la centrale d’Ülken devrait jouer un rôle d’équilibre dans les régions du Sud-Est, actuellement dépendantes des importations depuis le Kirghizistan et l’Ouzbékistan.

La signature en parallèle d’un accord-cadre avec CNNC pour une seconde centrale à l’ouest du pays traduit une volonté de bipolarisation stratégique : confier à Rosatom un site pilote technologiquement éprouvé, tout en développant un second axe avec la Chine. Le Kazakhstan entend ainsi maîtriser l’architecture de ses choix technologiques, en misant sur la complémentarité et la diversification des modèles.

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