En France, la consommation électrique évolue au rythme de la transition énergétique. Pour accompagner cette mutation, un nouveau dispositif voit le jour : les « heures super creuses », conçues pour harmoniser la demande, favoriser l’intégration des énergies renouvelables et encourager une mobilité plus sobre.
Le 23 mai 2025, les ministères de l’Économie et de l’Industrie ont présenté une série de mesures visant à fluidifier la consommation électrique et soutenir le développement de la mobilité électrique. Au cœur de ces annonces : les « heures super creuses », un nouveau mécanisme de tarification avantageuse pour inciter les usagers à recharger leur véhicule électrique durant les périodes où le réseau est le moins sollicité ou les sources renouvelables les plus abondantes. Ce dispositif s’inscrit dans une logique systémique, en cohérence avec les objectifs de décarbonation du mix énergétique et d’optimisation des infrastructures existantes.
Une gestion plus fine de la consommation électrique
Le principe des heures super creuses repose sur une différenciation tarifaire selon les moments de la journée. Les plages concernées s’étendent de 2h à 6h du matin et de 11h à 17h. En orientant la recharge des véhicules électriques sur ces créneaux, le système énergétique national peut lisser les pointes de demande, tout en valorisant les surplus d’électricité renouvelable produits localement.
Cette démarche répond à un double enjeu : limiter la tension sur le réseau en fin de journée, période où les usages domestiques sont les plus élevés, et éviter de devoir recourir à des moyens de production carbonés ou coûteux pour équilibrer l’offre et la demande. En somme, c’est un levier concret d’optimisation énergétique à l’échelle nationale.
Un signal tarifaire incitatif pour les usagers
Pour les utilisateurs, ce nouveau système se traduit par une baisse significative du coût de la recharge à domicile. Selon les simulations proposées par plusieurs acteurs du secteur, le gain pourrait atteindre jusqu’à 40 % par rapport à une recharge effectuée en heures pleines. Cette modulation repose sur des offres spécifiques, proposées par les fournisseurs d’énergie, compatibles avec les compteurs communicants de type Linky.
Les fournisseurs d’électricité développent d’ores et déjà des contrats adaptés aux profils des utilisateurs de véhicules électriques, intégrant ces créneaux à tarif réduit. Ces offres dynamiques sont souvent accompagnées de fonctionnalités supplémentaires, telles que le pilotage intelligent de la recharge, l’analyse des courbes de consommation ou encore l’intégration à des systèmes domotiques.
Une intégration facilitée dans l’habitat collectif
Le succès de la recharge électrique passe aussi par une accessibilité élargie aux habitants des immeubles en copropriété. C’est pourquoi le gouvernement a annoncé une mesure simplificatrice : à partir de 2025, toute demande de borne en habitat collectif devra être mise en œuvre dans un délai de six mois suivant un vote favorable en assemblée générale. Cette disposition vise à lever un frein structurel à l’équipement en infrastructures de recharge, notamment en milieu urbain dense.
En parallèle, le gestionnaire de réseau Enedis prévoit de présenter un plan d’action pour accélérer les raccordements et améliorer les délais d’intervention. Cette approche coordonnée entre les acteurs publics, les opérateurs et les copropriétés s’inscrit dans une logique d’accompagnement à grande échelle de l’électrification des usages.
Vers une meilleure transparence du marché de la recharge
D’ici la fin de l’année 2025, un comparateur public permettra aux usagers d’accéder à une information détaillée et actualisée sur les bornes de recharge : localisation, tarifs, disponibilité, types de connecteurs, modalités d’accès… Ce nouvel outil entend renforcer la transparence dans un marché encore jeune, où les écarts de prix et les différences de services peuvent perturber la lisibilité pour le grand public.
Le comparateur s’inscrira dans une stratégie de structuration du marché, avec à terme un encadrement plus homogène des pratiques tarifaires et une meilleure interopérabilité entre les opérateurs. Il s’agira aussi d’un levier pour favoriser la mobilité interurbaine, en sécurisant les parcours et en facilitant les choix des usagers.
Une réforme énergétique progressive mais structurante
Si le nouveau cadre semble prometteur, certains ajustements techniques accompagnent sa mise en œuvre. À partir du 20 juin 2025, les anciennes options tarifaires « heures creuses » seront progressivement supprimées sur une partie des compteurs Linky, dans le cadre d’une refonte du catalogue tarifaire. Cette évolution vise à harmoniser les offres disponibles et à simplifier la gestion des flux sur le réseau.
Les usagers concernés seront invités à basculer vers des offres plus modernes, souvent mieux adaptées aux profils de consommation liés à la recharge électrique. Cette transition, bien que technique, traduit un changement de paradigme : celui d’une gestion dynamique, pilotée en temps réel, en phase avec les ambitions de flexibilité du système énergétique.






