Alors que la loi impose depuis 2025 l’interdiction de location des logements énergivores classés G, 36 % des propriétaires refusent encore de réaliser les travaux nécessaires. Ce chiffre interroge sur les raisons derrière ces décisions et les impacts pour le marché locatif.
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, les logements classés G dans le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) sont interdits à la location, conformément à la loi Climat et Résilience. Cette décision vise à accélérer la transition écologique, mais elle se heurte à une forte résistance. Selon une étude récente menée auprès de 1 041 propriétaires, 36 % d’entre eux refusent catégoriquement de réaliser les travaux nécessaires pour mettre leurs biens aux normes.
Pourquoi certains propriétaires s’opposent-ils aux rénovations ?
Rénover un logement classé G peut représenter un investissement considérable. Selon les estimations, les travaux nécessaires, comme l’isolation thermique ou le remplacement des systèmes de chauffage, coûtent entre 10 000 et 50 000 euros. Malgré les aides comme MaPrimeRénov’ ou les certificats d’économie d’énergie, les propriétaires doivent avancer les fonds, un frein majeur pour beaucoup.
Pour respecter les objectifs fixés, il faudrait rénover environ un million de logements par an d’ici à 2028. Actuellement, seules 200 000 rénovations sont effectuées chaque année, bien loin des exigences. Les propriétaires estiment donc que le délai imposé est irréaliste et mal adapté aux réalités du marché.
Le Diagnostic de Performance Énergétique a été régulièrement modifié depuis sa mise en place. En 2024, une révision des seuils a permis à 140 000 biens de sortir du statut de passoire énergétique. Cette instabilité incite certains propriétaires à attendre de nouvelles évolutions avant de s’engager dans des travaux coûteux.
Les impacts pour les locataires et le marché locatif
Avec l’interdiction de location des logements G, des milliers de biens pourraient être retirés du marché, aggravant la crise du logement dans les zones tendues comme l’Île-de-France ou la ville de Lyon. Cela pourrait également entraîner une augmentation des loyers pour les biens conformes.
Certains propriétaires choisissent de trouver des arrangements avec leurs locataires, comme une prise en charge partielle des factures énergétiques pour compenser les défauts du logement. Ces accords informels nécessitent souvent un avenant au contrat pour éviter des conflits juridiques.
Les dérogations possibles
La loi Climat et Résilience prévoit des dérogations pour les propriétaires qui ne peuvent pas réaliser les travaux de rénovation énergétique, afin de tenir compte des situations spécifiques. Par exemple, les bâtiments inscrits au patrimoine historique ou ceux dont la structure ne permet pas d’interventions comme l’isolation par l’extérieur sont exemptés.
De même, en copropriété, si les travaux sur les parties communes sont refusés en assemblée générale, le propriétaire est libéré de ses obligations, à condition d’avoir entrepris toutes les améliorations possibles sur ses parties privatives. Ces exemptions permettent à certains logements de rester sur le marché locatif tout en préservant une certaine souplesse face aux contraintes techniques ou juridiques.
Solutions pour les propriétaires et le rôle des pouvoirs publics
De nombreux propriétaires ignorent les dispositifs existants ou les trouvent trop complexes. En plus de MaPrimeRénov’, des aides locales ou des exonérations fiscales pourraient être mobilisées pour faciliter les travaux.
Pour encourager les rénovations, il est essentiel de rendre le système d’aides plus accessible et transparent. Des ateliers gratuits, comme ceux organisés par PAP, permettent d’informer les propriétaires sur les solutions existantes et les démarches à suivre pour rénover leurs biens.
Ces sessions abordent des sujets concrets, tels que les travaux prioritaires, les aides disponibles ou encore les moyens d’améliorer la note du Diagnostic de Performance Énergétique. Bien que ces initiatives soient utiles pour lever certaines incertitudes, leur portée reste limitée face à l’ampleur des besoins et à la complexité des dispositifs.
Les experts appellent à une meilleure coordination des efforts publics et privés. Une révision des critères du DPE, notamment pour l’électricité, pourrait également permettre de réévaluer certains biens et d’élargir les options des propriétaires.





