Charbon : 1 510 nouveaux projets malgré les engagements climatiques

L’ONG Urgewald révèle que le pipeline mondial de projets charbonniers atteint 1 510 initiatives en développement, représentant 740 GW de capacité pour les centrales thermiques.

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centrale, charbon, électricité, France, hiver 2024
Charbon : 1 510 nouveaux projets malgré les engagements climatiques © L'EnerGeek

L’organisation allemande Urgewald met en lumière un constat inquiétant : pour chaque projet de charbon abandonné d’ici 2025, trois nouveaux sont lancés. Le nombre total de projets en cours atteint désormais 1 510 initiatives, ce qui représente une capacité de 740 GW pour les centrales thermiques. Ce chiffre équivaut à quatre fois la capacité de la flotte de production électrique au charbon des États-Unis. Ces révélations de la Global Coal Exit List 2026 arrivent à quelques semaines de la COP 31 en Turquie, un pays symbolisant les contradictions de cette expansion paradoxale.

Anatomie du pipeline charbon global : 1 510 projets en quatre catégories

Selon Urgewald, le pipeline mondial se divise en quatre segments. Les 606 projets de centrales thermiques constituent la part la plus importante, avec une capacité combinée de 740 GW. En parallèle, les projets de mines de charbon thermique totalisent 3 271 millions de tonnes par an, représentant 41% de la production mondiale actuelle. La chimie, notamment en Chine, connaît une croissance rapide, avec les projets de conversion charbon-chimie passant de 42 à 76 en une année. Enfin, les infrastructures de transport, comme les chemins de fer et terminaux portuaires, complètent cet écosystème industriel. Pacôme David-Mauduit, chercheur senior chez Urgewald, souligne : « Pour chaque projet abandonné, trois nouveaux projets ont été annoncés. Au lieu de diminuer, le pipeline de nouveaux actifs charbonniers en développement a maintenant atteint 1 510 projets. »

Géographie technique : concentration asiatique et implications pour les réseaux électriques

La Chine domine le pipeline mondial avec 70% de la capacité des centrales thermiques en développement. China Energy Investment Group, le principal développeur mondial, prévoit 44 GW de nouvelle capacité. Cette expansion s’inscrit dans une stratégie énergétique qui combine renouvelables et charbon pour sécuriser l’approvisionnement face à une demande croissante. Les projets charbon-chimie, qui transforment le charbon en produits chimiques et carburants synthétiques, se multiplient, reflétant une diversification industrielle. Cette dynamique pose des défis techniques, nécessitant des investissements en stockage et en réseaux intelligents pour intégrer des sources renouvelables intermittentes.

L’Inde représente 18% du pipeline mondial, dominé par Coal India, principal producteur et développeur de mines. Cette expansion est justifiée par les besoins d’électrification rurale et de croissance économique. Toutefois, l’intégration de nouvelles capacités thermiques complique la gestion du réseau indien, déjà confronté à des problèmes de stabilité. Les ingénieurs doivent équilibrer la production rigide avec la variabilité de la demande et l’essor du solaire photovoltaïque.

La Turquie, co-hôte de la COP 31 en 2026, maintient 2,4 milliards d’euros de subventions annuelles à l’industrie du charbon et continue d’approuver de nouveaux projets. En juin 2026, Cenal Elektrik a annoncé une extension de 1 050 MW à la centrale de Çanakkale. Parallèlement, Ankara importe une part importante du charbon russe, finançant indirectement le régime de Poutine. Vladimir Slivyak, co-président de l’ONG russe Ecodefense, déclare : « À travers ses importations de charbon, le secteur énergétique turc lance une bouée de sauvetage financière au régime de Poutine et à sa guerre brutale contre l’Ukraine. »

La montée des projets charbon-chimie : 76 projets en Chine, nouvelle source de demande

Les projets de charbon-chimie transforment le charbon en produits chimiques ou en carburants synthétiques par gazéification. Ces installations, qui fonctionnent en continu et consomment d’importantes quantités d’eau, génèrent souvent plus d’émissions de CO2 que la combustion directe. Leur développement crée une demande structurelle indépendante du secteur électrique, rendant obsolètes les stratégies centrées uniquement sur la production d’électricité. Une usine moyenne consomme autant de charbon qu’une centrale de 1 000 MW.

La Chine a vu ses projets charbon-chimie augmenter de 81% en un an, passant de 42 à 76. Cette stratégie vise à réduire la dépendance aux importations pétrolières en exploitant ses réserves de charbon. Ce développement va à l’encontre des objectifs climatiques, chaque nouveau projet verrouillant les émissions pour des décennies. Heffa Schücking, directrice d’Urgewald, alerte : « L’électrification sans abandon du charbon, c’est comme se doucher avec de l’eau polluée. »

Impacts sur les trajectoires énergétiques et les objectifs de décarbonation

Urgewald souligne un échec systémique : 95% des entreprises listées sur la Global Coal Exit List n’ont pas de plans de phase-out crédibles. Les 717 institutions financières utilisant cette base pour restreindre leurs financements ne parviennent pas à enrayer l’expansion. Le ratio de 3 nouveaux projets pour 1 annulation (257 contre 76 en 2025) reflète une inertie industrielle. Les actifs échoués représentent un risque financier majeur : un durcissement des réglementations climatiques pourrait rendre irrécupérables des centaines de milliards d’euros investis dans ces 1 510 projets. La COP 31 à Istanbul sera déterminante : la communauté internationale pourra-t-elle imposer des contraintes contraignantes ?

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