Producteur majeur de métaux essentiels pour la transition énergétique, Eramet faisait face à la possibilité d’un arrêt de production après une perte de 477 millions d’euros en 2025. Pour sécuriser l’approvisionnement en lithium, nickel et manganèse, l’État injecte 500 millions d’euros. Annoncée le 12 octobre depuis l’Élysée, cette intervention de l’Agence des participations de l’État (APE) augmente la part de l’État de 27% à plus de 37% du capital d’Eramet, sans franchir la barre des 50%, faisant de l’État le principal actionnaire du groupe.
Rôle clé d’Eramet dans la transition énergétique française
La dépendance de l’Europe envers les métaux critiques est préoccupante. L’Union européenne importe presque la totalité de son manganèse, lithium et nickel raffiné, principalement de Chine. Eramet, avec ses sites d’extraction au Gabon, en Nouvelle-Calédonie et en Argentine, offre à la France une chaîne d’approvisionnement intégrée et stratégique.
Électromobilité : l’importance du lithium, nickel et manganèse
Les batteries lithium-ion NMC, essentielles pour 70% des véhicules électriques européens, nécessitent des quantités importantes de ces métaux. Avec une prévision de 15 millions de véhicules électriques d’ici 2030, la demande va croître considérablement. Le manganèse extrait au Gabon alimente déjà les usines européennes, et le lithium argentin, très pur, renforce l’indépendance vis-à-vis des importations asiatiques.
Sables minéralisés : un atout stratégique
Au Sénégal, Eramet exploite des sables riches en zircon, ilménite et rutile, essentiels pour les industries de pigments solaires et de céramiques haute performance. Le zircon est notamment utilisé dans les électrolytes solides des futures batteries. Avec 850 000 tonnes produites annuellement, Eramet se classe parmi les principaux producteurs mondiaux.
La crise d’Eramet et ses effets sur la chaîne d’approvisionnement
Impact des pertes financières sur l’industrie
La chute des prix du nickel et du lithium a sévèrement affecté Eramet, aboutissant à une perte nette de 477 millions d’euros. Les surcapacités chinoises ont exacerbé la situation, inondant le marché avec du nickel à bas prix. De plus, les troubles sociaux en Nouvelle-Calédonie ont stoppé la production de la SLN pendant une demi-année en 2024, aggravant les pertes.
Endettement et risques industriels
Le ratio de levier net d’Eramet, atteignant 3,2 fois l’EBITDA fin 2025, dépassait le seuil critique fixé par les créanciers. Sans intervention, le groupe risquait des mesures sévères, telles que la fermeture de la mine calédonienne, cruciale pour l’approvisionnement européen en ferronickel.
L’intervention étatique pour garantir l’approvisionnement
500 millions pour soutenir la production
La recapitalisation prévue entre octobre et décembre 2026, avec une participation de l’APE de 350 millions d’euros, vise à stabiliser Eramet. Ces fonds sont destinés à réduire la dette, prolonger les crédits et moderniser les infrastructures. Selon Christel Bories, PDG du groupe, cet accord redonne à Eramet les moyens de rétablir son équilibre financier.
Vers une indépendance énergétique accrue
La stratégie européenne vise une extraction de 10% et une transformation de 40% des matières premières sur le continent d’ici 2030. Eramet, avec ses usines de raffinage en France, assure une souveraineté industrielle sur l’ensemble de la chaîne de valeur, à la différence des projets sud-américains sous contrôle chinois.
Perspectives techniques et de production pour 2026-2030
Capacités de production à l’horizon 2030
Eramet prévoit d’augmenter sa production de lithium à 24 000 tonnes en 2028, avec un investissement important en Argentine. La production de manganèse restera stable, couvrant une part significative de la demande européenne. Si les conditions s’améliorent, le nickel calédonien pourrait atteindre 60 000 tonnes en 2029, positionnant Eramet comme un fournisseur clé pour les gigafactories européennes. La valorisation boursière, actuellement en baisse, devrait se redresser avec l’amélioration des finances prévue pour fin 2027.






