Lobbying plastique : 24,3 M€ dépensés contre la réduction

Zero Waste France publie un rapport inédit documentant le lobbying de l’industrie du plastique.

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Lobbying plastique : 24,3 M€ dépensés contre la réduction © L'EnerGeek

Ce 8 octobre, Zero Waste France publie un rapport détaillant le lobbying des industriels de l’emballage plastique. Le document souligne un déséquilibre financier significatif entre ces acteurs économiques et les organisations de la société civile, impactant directement la législation. Bien que la France se soit engagée à réduire de 20 % ses emballages plastiques à usage unique d’ici 2025, les tonnages ont augmenté de 3,3 % entre 2018 et 2021, d’après l’Ademe.

« L’expression des intérêts privés est normale, mais les moyens disproportionnés influencent la fabrique de la loi », indique Bastien Faure, directeur général de Zero Waste France. Le rapport note que 125 acteurs ont déclaré des activités de lobbying sur les emballages à la HATVP, avec 34 y consacrant plus de la moitié de leur activité.

Les déclarations de la HATVP pour 2025 révèlent que les industriels ont dépensé 24,3 millions d’euros, contre 1,3 million pour les organisations de la société civile, soit un rapport de force de 1 à 18,7 en faveur de l’industrie. « Dans un système démocratique, la voix des citoyens doit être au moins aussi forte que celle des industriels », affirme Marine Bonavita, responsable plaidoyer chez Zero Waste France.

Les syndicats de la plasturgie en première ligne

Le rapport met en avant l’activité intense de trois organisations professionnelles : ELIPSO, Plastalliance et Polyvia. Ces entités représentent un secteur où les emballages génèrent 42 % du chiffre d’affaires de la plasturgie française, soit environ 16 milliards d’euros sur plus de 39 milliards.

ELIPSO se distingue par ses activités déclarées : 34 interventions en 2025, avec 8 collaborateurs dédiés aux affaires publiques et un budget de 200 000 euros. L’organisation revendique ses résultats législatifs, mentionnant 17 rendez-vous stratégiques ayant conduit à des avancées sur la taxe plastique.

De son côté, Plastalliance mise sur la stratégie contentieuse, obtenant l’annulation par le Conseil d’État de plusieurs décrets de la loi AGEC, notamment ceux interdisant les emballages plastiques pour fruits et légumes frais, et dans les cantines scolaires.

Des stratégies d’influence multiples

Outre le lobbying parlementaire, le rapport décrit des méthodes d’influence moins visibles, notamment par les éco-organismes. Citeo, chargé des emballages ménagers, compte dans son conseil des représentants de grands groupes comme Danone et L’Oréal.

« Coca Cola ne s’oppose pas publiquement à la taxe plastique, c’est Citeo qui le fait », accuse Bastien Faure. Le directeur de Citeo s’est exprimé contre la taxe en octobre 2025, plaidant pour l’action plutôt que la taxation.

Les industriels mènent aussi une campagne sémantique pour orienter le débat public. Polyvia a initié début 2026 une campagne d’affichage controversée, retirée après pression des ONG.

Un impact tangible sur les politiques publiques

Le lobbying rapporté a produit des résultats concrets. L’amendement créant une taxe sur les emballages plastiques non recyclés a été supprimé lors de l’examen parlementaire. ELIPSO revendique ce succès, mentionnant des amendements de suppression déposés à chaque étape du processus législatif.

La France recycle seulement 26 % de ses emballages plastiques, bien en deçà de l’objectif européen de 50 %, entraînant des pénalités de plus de 1,5 milliard d’euros par an. Marine Bonavita souligne aussi que 22 % des déchets plastiques finissent dans la nature.

Le projet de loi DDADUE, qui adapte le droit français au règlement européen sur les emballages, est également une cible majeure des lobbies, constate Zero Waste France, qui craint un recul majeur des politiques publiques.

Un appel à plus de transparence

Le rapport souligne des problèmes d’opacité dans les déclarations de lobbying, Polyvia n’ayant pas déclaré son budget 2025, bien qu’il ait dépassé 400 000 euros en 2024. Marine Bonavita estime le budget sous-estimé faute de données précises.

Zero Waste France demande plus de transparence et un soutien accru aux associations pour leur rôle de contrepouvoir. Elle appelle à une révision de la gouvernance des éco-organismes pour que l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers.

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