C’est une situation ubuesque actuellement en cours sur le marché du gaz naturel liquéfié (GNL). Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, les prix explosent. Et les bateaux livrent maintenant au plus offrant.
Les bateaux livrent du GNL au plus offrant
Depuis le début du mois de mars 2026, un phénomène inédit se produit sur le marché mondial du gaz naturel liquéfié, souvent appelé GNL dans les échanges commerciaux de l’énergie. Des bateaux transportant ce carburant stratégique abandonnent leur route vers l’Europe pour se diriger vers l’Asie. Comme le révèle Le Marin, des méthaniers initialement destinés aux terminaux européens – dont certains proches de la France changent de cap en pleine mer. Cette situation s’explique par un simple calcul économique : en Asie, le GNL se vend actuellement plus cher, ce qui incite les négociants à rediriger leurs cargaisons.
Le marché du GNL est aujourd’hui extrêmement flexible. Contrairement aux anciens contrats gaziers rigides, les cargaisons de gaz naturel liquéfié peuvent être revendues et redirigées vers d’autres destinations en cours de route. C’est précisément ce qui s’est produit ces derniers jours. Selon des données de suivi maritime, au moins sept cargaisons provenant du bassin Atlantique ont été redirigées vers l’Asie depuis la fin février 2026. Plusieurs navires chargés aux États-Unis ou en Afrique, initialement destinés à l’Europe, ont finalement pris la route de l’Asie en raison d’un différentiel de prix favorable à ce marché. Surtout depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, véritable artère de transport du GNL au niveau mondial.
Un exemple emblématique concerne le méthanier BW Brussels. Chargé au Nigeria, il semblait d’abord se diriger vers l’Europe avant de changer de cap et de mettre le cap vers l’Asie via le cap de Bonne-Espérance. Le mécanisme est simple. Lorsque le prix du GNL est plus élevé en Asie qu’en Europe, les négociants redirigent les cargaisons vers les acheteurs les plus offrants. Cette pratique est connue dans l’industrie sous le nom d’arbitrage géographique.
Le GNL plus cher en Asie attire les cargaisons destinées à la France
La raison principale de ces détournements tient au niveau des prix du gaz sur les différents marchés régionaux. Les cargaisons de GNL sont généralement vendues au meilleur acheteur sur le marché. Début mars, le prix de référence du GNL livré en Asie du Nord-Est, appelé JKM, a atteint environ 25,393 dollars par million de BTU, soit un niveau proche d’un plus haut sur trois ans. Dans le même temps, l’Europe propose des prix moins élevés. Ce différentiel suffit à modifier la destination finale des cargaisons.
Ce mouvement n’est pas anecdotique. Les cargaisons redirigées représentent parfois des volumes très importants. Trois méthaniers détournés vers l’Asie transportaient ainsi environ 536 000 mètres cubes de gaz naturel liquéfié, un volume suffisant pour chauffer environ 2,5 millions de foyers européens pendant un mois. Si la fermeture du détroit d’Ormuz se poursuit, la situation pourrait s’empirer.






