Le 17 novembre 2025, l’Autorité de la Concurrence a bouleversé l’équilibre du marché du carburant en Corse en sanctionnant plusieurs opérateurs pour entente.
Entente sur les prix des carburants : qu’est-ce qui est reproché, et à qui ?
Le cœur du dossier porte sur l’accès aux dépôts pétroliers, infrastructure critique sans laquelle aucun carburant ne peut être distribué sur le territoire corse. L’Autorité de la Concurrence a établi que TotalEnergies Marketing France, deux filiales du groupe Rubis (Rubis Terminal et Rubis Énergie) ainsi qu’EG Retail ont mis en place un accord écrit réservé aux actionnaires de la société Dépôts Pétroliers de la Corse. Or, ce dispositif conditionnait l’accès aux installations stratégiques et structurant tout l’approvisionnement en carburant sur l’île. Selon l’institution, « en procédant ainsi, les actionnaires de DPLC ont mis en place une pratique anticoncurrentielle susceptible d’évincer leurs concurrents non-actionnaires ». Grâce à cette restriction, les entreprises concernées ont obtenu un contrôle exclusif sur un point de passage indispensable, ce qui a limité la concurrence, et imposé des coûts supplémentaires à certains distributeurs.
L’Autorité a rappelé que « le secteur de la distribution de carburants est très concentré, s’articulant autour de trois opérateurs seulement », une configuration rare qui rend encore plus sensibles les effets d’une entente. La plainte déposée en septembre 2022 par la société Ferrandi a renforcé le dossier, déjà ouvert depuis le 15 décembre 2021, et mis en lumière l’existence d’une clause qui conditionnait, jusqu’au 1er janvier 2023, l’accès contractuel aux dépôts à la seule qualité d’actionnaire. Cette clause a contribué à exclure certains distributeurs non actionnaires et à renforcer le pouvoir des groupes dominants, au détriment d’une concurrence ouverte et équilibrée.
187 millions d’euros d’amende, un record
La réponse de l’Autorité a été à la hauteur de la gravité constatée : une amende globale de 187,49 millions d’euros, un niveau rarement atteint dans le secteur français du carburant. Pour TotalEnergies Marketing France, la sanction atteint 115,82 millions d’euros, confirmant la position centrale du groupe dans l’organisation des flux d’approvisionnement sur l’île. Rubis écope quant à lui de 64,67 millions d’euros, répartis entre 430 000 euros pour Rubis Terminal et 64,24 millions d’euros pour Rubis Énergie, tandis qu’EG Retail est frappé d’une amende de 7 millions d’euros.
L’Autorité a justifié la fermeté de sa sanction par la combinaison d’une structure de marché extrêmement concentrée et de pratiques restrictives. Elle souligne que « ces pratiques ont pu impacter le budget des ménages corses, particulièrement dépendants de l’automobile pour leurs déplacements ». Sans concurrence effective, le risque d’une hausse durable des prix à la pompe est direct, surtout lorsque plusieurs marges sont superposées du fait de l’obligation imposée aux distributeurs non-actionnaires de s’approvisionner auprès des actionnaires de DPLC.




