La déforestation à Bornéo, notamment dans la région du Sarawak, révèle un véritable clash entre les communautés autochtones et de grandes multinationales. Cette situation s’aggrave avec la demande toujours plus forte de granulés de bois, surtout importés par la France. Alors que beaucoup s’inquiètent pour notre planète, cette affaire pose de sérieuses questions sur les droits des peuples originels et la façon dont les entreprises étrangères se comportent.
Une communauté en danger
Au Sarawak, une population autochtone vit une menace de tous les instants. Le village de Rumah Jeffery, dirigé par le chef Imbang, est sommé de quitter ses terres sacrées pour faire place à un programme de déforestation organisé par des multinationales. Imbang n’en démord pas – il affirme qu’il restera sur ses terres, quitte à mourir là-bas. Ces terres sont indispensables non seulement pour leur mode de vie mais aussi pour leur identité culturelle et spirituelle.
Les entreprises impliquées, notamment le Shin Yang Group et sa filiale Zedtee, sont pointées du doigt pour s’être emparées de ces terres sans demander l’accord préalable des habitants. Le gouvernement du Sarawak n’a pas fait grand-chose pour défendre cette communauté ; au contraire, il menace d’arrêter les protestataires et de raser leur village si la situation l’exige.
Un souci de fond
Le problème de la déforestation au Sarawak reflète une difficulté beaucoup plus vaste en Malaisie. Dans l’État voisin du Kelantan, le peuple Temiar se bat lui aussi contre la destruction de leurs forêts chères à leur cœur. Pour protéger leurs terres, ils ont même monté des barricades pour empêcher l’arrivée des bûcherons, mais se heurtent à une répression violente de la part de l’État. Une pétition a été lancée afin de montrer le soutien international envers leur lutte.
D’après un rapport détaillé de Human Rights Watch rédigé par Luciana Téllez Chavez, la situation est inacceptable et demande une attention immédiate. Ce rapport insiste sur le fait que la forêt représente bien plus qu’une simple source de revenus : c’est « la pierre angulaire de l’identité culturelle et spirituelle » pour ces communautés locales.
Les retombées pour l’économie et l’environnement
Entre 2021 et 2022, environ 20 hectares de forêt ont été rasés au Sarawak, ce qui a considérablement réduit la couverture forestière qui dominait autrefois la région. En 1960, le Sarawak était couvert à 90 % par la forêt ; aujourd’hui, ce chiffre tombe à moins de 10 %. Les exportations de produits issus du bois ont généré 2,3 milliards de ringgits (soit environ 496 millions d’euros) en 2023.
Les concessions forestières empiètent désormais sur au moins 246 177 hectares de terres coutumières. Or, les conventions internationales prévoient que le consentement « libre, préalable et éclairé » des peuples autochtones doit être obtenu avant toute opération de cette nature – un principe qui, malheureusement, est souvent ignoré ici.
Les enjeux à l’échelle mondiale
La France se retrouve en tête des importations de granulés de bois issus du Sarawak en 2023. Par ailleurs, l’Union européenne envisage d’interdire la commercialisation dans ses marchés de produits forestiers provenant de terres déboisées après décembre 2020. Pourtant, la mise en application de cette règle a été repoussée au 31 décembre 2025, ce qui laisse planer de sérieuses questions sur son application future.






