Le lac Victoria, reconnu comme le plus grand lac d’Afrique et le plus vaste lac tropical du monde, est une ressource vitale pour plus de 47 millions de personnes. Il s’étend sur trois pays, fournit de l’eau douce vitale et représente une importante source de nourriture. Classé comme le deuxième plus grand lac d’eau douce au monde, juste après le lac Supérieur en Amérique du Nord, il joue un rôle majeur dans l’écosystème des Grands Lacs africains, lesquels regroupent environ 25 % de l’eau douce mondiale et approvisionnent plus de 62 millions de résidents en eau potable et en produits alimentaires.
Les blooms algaux qui posent souci
Récemment, le lac Victoria fait face à un sérieux problème environnemental : la multiplication des blooms algaux nuisibles (HABs). Ces épisodes sont surtout provoqués par des cyanobactéries qui transforment petit à petit l’eau du lac en un vert inquiétant. Ce processus, appelé eutrophisation, est dû à un excès de nutriments dans l’eau, accumulé au long d’un siècle d’activités humaines intensives.
Les principales sources de ces nutriments sont :
- le ruissellement agricole
- les eaux usées domestiques et industrielles
- les pratiques de brûlis
- la combustion de biomasse
Du côté industriel, certaines activités libèrent des produits chimiques dans l’atmosphère qui finissent par se déposer dans le lac. Pour couronner le tout, le réchauffement de la planète favorise la prolifération des cyanobactéries.
Les répercussions sur la santé et l’environnement
Les HABs rendent l’eau du lac dangereuse à consommer. Une étude récente a mis en évidence la présence préoccupante de Microcystis dans le golfe de Winam. Cette cyanobactérie produit une toxine, la microcystine, qui peut causer de sérieux dommages au foie et se révéler mortelle pour le bétail, la faune et même les humains, surtout chez les personnes dont le système immunitaire est fragilisé. Dans certaines zones, comme le golfe de Winam, les taux de microcystine dépassent fréquemment les limites sanitaires fixées par l’OMS.
Par ailleurs, ces efflorescences algales nuisent sérieusement aux poissons et aux autres animaux aquatiques. L’eutrophisation conduit à une forte diminution des niveaux d’oxygène dans certaines parties du lac, créant des « zones mortes ».
Les bouleversements écologiques et les pistes de solution
Le réseau trophique du golfe de Mwanza a subi des modifications considérables à cause de l’eutrophisation générée par l’activité humaine. Dans certaines zones profondes, le manque d’oxygène empêche désormais toute vie aquatique de s’y développer. Pour lutter contre ce fléau, comprendre en détail le fonctionnement des cyanobactéries à l’origine des HABs passe par l’étude minutieuse de ces organismes.
Des solutions locales pourraient passer par :
- l’amélioration des infrastructures agricoles
- le renforcement du traitement des eaux usées (afin de limiter l’apport excessif de nutriments dans le lac)
- la reforestation
- la protection rigoureuse des terres contre les activités humaines destructrices
Les efforts communs en matière de recherche
Entre mai 2022 et juillet 2023, 40 bibliothèques métagénomiques ont été collectées dans le golfe de Winam, fruit d’une belle collaboration entre chercheurs nord-américains et africains, sous l’égide du programme NSF-IRES sur la qualité de l’eau au lac Victoria. Pour étoffer cette recherche collaborative, d’autres échantillons ont été prélevés dans les lacs Simbi et Naivasha ainsi que dans divers systèmes fluviaux régionaux.
Ces échantillons ont été soigneusement recueillis à bord du RV Uvumbuzi, en employant différentes techniques avancées comme l’échantillonnage Van Dorn (pour obtenir une vue précise du gradient biogéochimique du lac).
L’avenir du lac Victoria dépendra en grande partie de la capacité à travailler ensemble pour combattre ce problème environnemental pressant. En agissant dès maintenant et avec détermination face aux défis posés par les blooms algaux nuisibles, il est possible d’envisager la préservation de cette ressource inestimable pour les générations futures, tout en assurant sa pérennité écologique sur le long terme.
Source de l’étude : doi/10.1128/mra.00798-24






