Ce projet, présenté comme le plus ambitieux du genre en France, devait être porté conjointement par EDF Renouvelables et Renner Énergies. Une décision qui relance, avec fracas, le débat sur la conciliation entre développement de l’éolien et préservation des paysages.
Le parc d’éoliennes du Mont des Quatre Faux à l’arrêt
Le parc du Mont des Quatre Faux, installé à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Reims, visait à révolutionner la production d’électricité en zone rurale. Avec ses 63 machines prévues, capables de générer une puissance cumulée de 226 mégawatts, il devait alimenter jusqu’à 249 000 habitants par an. Un chantier titanesque soutenu par deux poids lourds du secteur, EDF Renouvelables et Renner Énergies, avec un argumentaire bien rôdé : décarboner l’énergie sans bétonner l’avenir. Mais ce projet a rapidement soulevé les contestations locales.
Dans sa décision du 3 avril, la cour administrative d’appel de Nancy a tranché net : les arrêtés du préfet des Ardennes sont annulés. Motif ? Le tribunal dénonce les « effets d’encerclement et de saturation visuelle pour les habitants » liés à la densité des turbines prévues dans un rayon de 10 kilomètres, déjà saturé par d’autres installations. Aucun filtre naturel, ni le relief, ni la végétation, ne permettait d’amoindrir l’impact paysager.
Un effet « d’encerclement et de saturation visuelle pour les habitants »
Cette annulation n’est pas qu’un revers administratif : c’est un signal fort envoyé à tous les acteurs de l’éolien. La décision de la cour, consultable sur le site de la juridiction nancéienne, évoque une atteinte manifeste au cadre de vie des riverains. Elle souligne notamment que « ni le relief, ni la végétation, ni des mesures de réduction pourraient masquer les éoliennes prévues par le projet », et que l’ensemble du secteur serait « visuellement saturé ».
En mars 2023, l’Agence régionale de santé avait déjà rendu un avis défavorable. L’institution pointait l’absence d’une étude acoustique actualisée, pourtant clé pour évaluer l’impact sonore sur les habitants. Ce détail, oublié par les porteurs du projet, a achevé de nourrir le doute sur sa viabilité.
L’éolien, un modèle énergétique remis en cause ?
Pour EDF, cette décision est un revers brutal dans sa stratégie d’expansion des énergies renouvelables. La société, déjà fragilisée sur le terrain du nucléaire par des retards et des surcoûts, misait sur ce projet pour redorer son image environnementale. Ce n’est pas seulement un dossier suspendu, mais l’incarnation d’un malaise profond : faut-il forcer les implantations d’éoliennes là où les territoires sont déjà saturés, sous prétexte d’urgence climatique ?
La cour de Nancy semble répondre non. Et ce n’est pas une simple formalité juridique : le recours est encore possible devant le Conseil d’État, mais l’arrêt est limpide dans sa sévérité. « La justice annule les arrêtés du préfet des Ardennes autorisant l’exploitation de 63 éoliennes », titrait France Bleu dans un article publié le 4 avril 2025, avant de relayer les propos du communiqué : « ce projet génère de fortes visibilités […] et aucun dispositif n’est de nature à atténuer les effets d’encerclement et de saturation visuelle ».






