Dans mon ouvrage « Énergies, mensonge d’État », j’avais anticipé le désengagement des grandes institutions financières de leurs engagements climatiques, phénomène qui s’est récemment accéléré. Le retrait de BlackRock et d’autres géants financiers américains des alliances climatiques illustre les contradictions entre rentabilité et ambitions de décarbonation. Parallèlement, l’industrie automobile européenne subit les conséquences néfastes des politiques vertes, menaçant sa compétitivité. Le scandale GreenGate, impliquant le financement d’ONG écologistes pour influencer les parlementaires européens, a davantage discrédité le Pacte vert. Pendant ce temps, hors de l’UE, les investissements dans les énergies fossiles et nucléaires se poursuivent. Le retour de Trump, avec son slogan « Drill, baby, drill », symbolise la « révolution de la fierté des énergies conventionnelles ». Cette convergence d’événements témoigne d’une véritable « débâcle verte ».
Le revirement des institutions financières face aux engagements climatiques
Le 9 janvier, le Wall Street Journal a rapporté une nouvelle d’une importance capitale : BlackRock, le plus important gestionnaire d’actifs à l’échelle mondiale, a pris la décision de se retirer de la Net Zero Asset Managers Initiative (NZAM). Cette annonce survient dans le sillage d’une action similaire entreprise par Vanguard, le deuxième gestionnaire d’actifs en importance, qui avait déjà marqué ses distances avec l’alliance NZAM à la fin de l’année 2022.
Cette décision s’inscrit dans le sillage du retrait de six banques majeures des États-Unis — JPMorgan, Citigroup, Bank of America, Morgan Stanley, Wells Fargo et Goldman Sachs — de la Net-Zero Banking Alliance (NZBA), une initiative analogue dédiée au secteur bancaire. JPMorgan a été la dernière en date, le 7 janvier, à oser faire son « coming out ». Ce mouvement collectif remet en question les engagements climatiques antérieurs proclamés avec vigueur par ces acteurs prééminents du secteur financier.
Dans une lettre adressée à ses clients institutionnels, le géant de la gestion d’actifs, qui administrait au 30 septembre 2024 un portefeuille record de 11,475 milliards de dollars, explicite que son adhésion à la NZAM avait « engendré une ambiguïté quant aux pratiques de BlackRock » et l’avait exposé à des « investigations judiciaires émanant de diverses autorités publiques ». L’évolution du soutien de BlackRock aux propositions d’actionnaires sur les questions ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) illustre de manière frappante ce changement de cap. La chute spectaculaire de ce soutien, passant de 47 % en 2021 à seulement 4 % en 2023, témoigne d’un revirement stratégique significatif.
Depuis 2020, BlackRock, le géant de la gestion d’actifs, se trouve confronté à un dilemme complexe, illustrant les tensions croissantes entre les objectifs de rentabilité financière et les ambitions de décarbonation dans le secteur financier. D’une part, l’entreprise fait face à des exigences accrues de ses actionnaires, peu enclins à sacrifier leurs rendements financiers au profit de la décarbonation. Cette réticence s’explique par le fait que les émissions de CO₂ ne constituent pas une priorité en dehors d’un nombre restreint de pays de l’OCDE, reflétant ainsi les disparités géopolitiques dans l’approche des enjeux climatiques. D’autre part, BlackRock subit des pressions de la part de politiciens conservateurs américains, se manifestant sous diverses formes : poursuites judiciaires, enquêtes réglementaires et mouvements de boycott.
Dans mon ouvrage, j’expose en détail les actions en justice intentées par une dizaine d’États américains contre les initiatives climatiques auxquelles participaient les institutions financières. Ces États allèguent que ces programmes violent les lois antitrust, nuisent au développement des énergies fossiles et entraînent une augmentation des coûts énergétiques.
La décision récente des institutions financières américaines de se retirer de certaines initiatives climatiques s’inscrit dans une tendance plus large de réévaluation des engagements liés aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Cette évolution reflète les tensions croissantes entre les objectifs de durabilité et les impératifs financiers traditionnels. Au cœur de cette problématique se trouve la responsabilité fiduciaire des gestionnaires d’actifs envers leurs investisseurs. Cette obligation, à la fois légale et éthique, impose aux gestionnaires de privilégier la performance financière et la gestion efficace des risques dans l’intérêt de leurs clients. Cette responsabilité fondamentale constitue le socle de la relation de confiance entre les institutions financières et leurs investisseurs.
Les contradictions de la politique européenne de décarbonation
La question soulevée met en lumière un paradoxe préoccupant dans les stratégies d’investissement des grandes institutions bancaires de l’Union européenne. Bien que ces établissements affichent des engagements en faveur de la décarbonation, leurs pratiques de financement soulèvent des interrogations quant à leur réelle contribution à la transition énergétique. D’une part, les banques européennes ont décidé d’investir dans des projets dits « verts », mais d’autre part, le secteur des énergies fossiles continue de présenter des opportunités de rendement attractives, notamment dans un contexte de demande énergétique croissante. Si les institutions bancaires européennes désirent jouer leur rôle envers les clients qui leur confient leurs économies, elles doivent cesser, comme le font leurs homologues américaines, de renoncer à des opportunités de rendements élevés.
La frénésie de la politique de décarbonation menée par l’Union européenne engendre des répercussions significatives sur l’industrie automobile du continent, mettant en péril sa compétitivité et sa pérennité économique. Stellantis, en collaboration avec d’autres acteurs majeurs tels que Toyota, Ford, Mazda et Subaru, envisage de mutualiser ses émissions de CO₂ avec Tesla. Cette démarche vise à se conformer aux normes européennes qui entreront en vigueur en 2025, illustrant les difficultés rencontrées par l’industrie pour atteindre les objectifs fixés de manière autonome.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre de la norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy), régie par le Règlement (UE) 2019/631, en vigueur depuis 2020. Un durcissement significatif de cette réglementation est prévu à partir du 1er janvier 2025, exposant les constructeurs à des sanctions financières considérables en cas de non-respect des objectifs d’émissions. Luca De Meo, président-directeur général de Renault, estime que l’industrie automobile européenne pourrait être confrontée à des amendes cumulées atteignant 15 milliards d’euros en 2025 si les nouvelles cibles, plus strictes, ne sont pas respectées. Cette perspective financière alarmante menace d’éroder davantage la rentabilité déjà fragile de constructeurs tels que Renault, Stellantis ou Volkswagen. Les défis posés par cette transition écologique forcée ont des répercussions jusqu’au plus haut niveau de la gouvernance des entreprises du secteur. À titre d’exemple, Carlos Tavares, Directeur général de Stellantis, a été contraint de démissionner face à des résultats financiers décevants et des perspectives peu encourageantes.
La vente de crédits carbone s’est révélée être une source de revenus substantielle pour Tesla, illustrant les conséquences imprévues de la réglementation européenne sur les émissions de CO₂. En 2023, l’entreprise américaine a généré 1,79 milliard de dollars grâce à cette activité. Plus remarquable encore, au troisième trimestre 2024, les revenus issus des crédits carbone (739 millions de dollars) représentaient 34 % du bénéfice net de Tesla.
Cette situation soulève des questions sur l’impact du Règlement CAFE concernant la réduction des émissions mondiales de CO₂. Ce mécanisme semble principalement entraîner un transfert de capitaux des constructeurs automobiles européens vers une entreprise américaine, sans nécessairement réduire les émissions globales.
La Commission européenne impose la décarbonation par la corruption des ONG écologistes ?
Les initiatives de Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission précédente, et d’Ursula von der Leyen, encore présidente, visant à positionner l’UE comme le leader mondial dans la lutte contre le changement climatique, semblent avoir sous-estimé l’impact sur l’industrie automobile européenne. Cette approche, qui met en avant un engagement fort envers la décarbonation au détriment de la préservation d’un secteur industriel historiquement crucial pour l’économie européenne, soulève des préoccupations sociales et économiques importantes.
L’entourage du Néerlandais Frans Timmermans, dont le chef de cabinet était le Néerlandais Diederik Samsom — un ancien de Greenpeace — est au cœur du scandale GreenGate dévoilé par le quotidien néerlandais De Telegraaf et confirmé par le commissaire polonais Piotr Serafin. Ils auraient attribué des subventions à des ONG écologistes pour influencer, durant des années, les parlementaires européens afin qu’ils soutiennent des politiques vertes punitives.
Pendant ce temps-là, les entreprises hors UE investissaient massivement dans la prospection et la production d’hydrocarbures, celles chinoises et coréennes développaient des réacteurs nucléaires compétitifs et les États-Unis produisaient toujours plus de pétrole et de gaz de schiste. Donald Trump arrive au pouvoir lorsque cette amplification de l’intérêt pour les énergies fossiles et l’énergie nucléaire isole l’UE dans son cul-de-sac vert. Trump n’a nullement réalisé une révolution énergétique — elle était en cours. Il a organisé une révolution de la fierté des énergies conventionnelles.
Force est de constater que ces développements récents viennent malheureusement confirmer les analyses présentées dans mon ouvrage « Énergies, mensonge d’État », puisque la destruction organisée de la compétitivité de l’UE s’amplifie. Le retrait de BlackRock, de JPMorgan et des grandes banques américaines des alliances climatiques, conjugué à l’impact dévastateur sur la rentabilité de l’industrie automobile européenne et la « fierté des énergies conventionnelles », illustre l’acharnement contre-productif mené dans la lutte pour la décarbonation. Ces événements mettent en exergue l’urgence de revoir les politiques imposées par Frans Timmermans et ses amis des ONG écologistes, qui caressaient le rêve illusoire d’imposer la décarbonation à l’échelle planétaire.
Le changement de cap du monde de la finance américain, rejoint par le « Drill, baby, drill » de Donald Trump, sera suivi par d’autres pays. Il est urgent d’alerter les Européens sur l’imminence d’une situation potentiellement plus dommageable qui s’annonce de manière abrupte et virulente.



