L’AIE alerte : l’industrie européenne souffre des prix de l’énergie trop élevés

« L’Europe doit se pencher d’urgence sur ces questions et élaborer un nouveau plan directeur pour l’industrie »

Publié le
Lecture : 2 min
gouvernement soutenir industrie automobile francaise electrique - L'Energeek
L’AIE alerte : l’industrie européenne souffre des prix de l’énergie trop élevés | L'EnerGeek

Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), a tiré la sonnette d’alarme sur la situation critique de l’Europe face aux prix de l’énergie. Lors d’une intervention au colloque de l’Union française de l’électricité (UFE) le 10 décembre 2024, il a mis en avant l’impact direct de ces coûts sur l’industrie européenne et la compétitivité du continent.

Energie : Des prix records qui fragilisent l’économie et l’industrie

En décembre 2024, les prix du gaz naturel en Europe se stabilisent autour de 42,51 €/MWh, après un pic à 45,65 €/MWh au début du mois. Ces niveaux restent très au-dessus de ceux observés aux États-Unis, où les coûts sont cinq fois inférieurs. En parallèle, les prix de l’électricité en Europe oscillent autour de 72,33 €/MWh, là encore bien au-dessus des tarifs pratiqués dans d’autres régions, comme en Chine.

Ces écarts, rappelle Faith Birol, ont des conséquences lourdes pour l’industrie. « Le prix du gaz naturel en Europe est cinq fois plus élevé que celui des États-Unis et le prix de l’électricité en Europe est trois fois plus élevé qu’en Chine », a-t-il déclaré, soulignant l’ampleur du défi pour les entreprises manufacturières.

Les trois erreurs de l’Europe : une dépendance énergétique problématique

Les causes de cette situation trouvent leur origine dans des choix stratégiques historiques. Fatih Birol n’a pas hésité à critiquer la dépendance excessive de l’Europe au gaz russe, un désintérêt pour l’énergie nucléaire, et l’abandon des investissements dans le solaire. « L’Europe a commis trois erreurs stratégiques », a-t-il affirmé, pointant du doigt les vulnérabilités structurelles qui freinent aujourd’hui le continent. Parmi celles-ci, sur le front du nucléaire, le fait que la seule usine au monde capable de recycler et ré-enrichir l’uranium des réacteurs nucléaires français se trouve à Tomsk en Russie. Une dépendance de plus de la Russie, qui risque d’être mise à mal par la Commission européenne et ses sanctions : l’armateur et l’assureur du bateau qui transporte le combustible nucléaire usagé pourraient être mis au ban. Et ce alors même qu’au Niger, Orano a annoncé début décembre 2024 avoir perdu le contrôle opérationnel de ses mines d’uranium.

Cette dépendance, combinée à des tensions géopolitiques, rend l’Europe particulièrement exposée aux fluctuations des marchés mondiaux, comme on l’a vu après le début de la guerre en Ukraine et les décisions politiques qui ont suivi, notamment les sanctions contre la Russie. Si les prix du gaz semblent se stabiliser en cette fin d’année 2024, des prévisions pour 2025 indiquent qu’ils pourraient reprendre une tendance haussière et atteindre 70 €/MWh, exacerbant encore la pression sur les entreprises.

Une réponse industrielle et énergétique urgente

Pour Fatih Birol, l’Europe doit agir au risque de rater le coche et ne plus pouvoir rattraper son retard. « L’industrie européenne entre dans une période décisive », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’adopter une stratégie industrielle et énergétique ambitieuse. Il a notamment plaidé pour des investissements massifs dans les technologies renouvelables et les infrastructures de production énergétique. « L’Europe doit se pencher d’urgence sur ces questions et élaborer un nouveau plan directeur pour l’industrie », a-t-il ajouté.

Alors que certains pays comme la France parviennent à stabiliser les prix grâce à une forte production nucléaire – exportant même 83 TWh d’électricité sur les onze premiers mois de 2024 –, l’ensemble de l’Union européenne doit encore combler un retard significatif dans la transition énergétique. Fatih Birol a également évoqué l’importance d’une politique commerciale musclée pour protéger les industries clés face à une concurrence internationale féroce.

1 réflexion au sujet de « L’AIE alerte : l’industrie européenne souffre des prix de l’énergie trop élevés »

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.