Alors que l’intelligence artificielle est perçue par les experts comme le risque majeur, le changement climatique reste la principale préoccupation du public, toutes générations confondues, selon le rapport AXA Future Risks Report 2026. Cette divergence entre experts et citoyens crée une tension stratégique pour le secteur de l’énergie, qui doit concilier les investissements nécessaires à la transition énergétique avec l’impact incertain de la technologie.
La priorité climatique pour les citoyens : impact sur la transition énergétique
Selon une enquête Ipsos auprès de 24 000 personnes dans 19 pays, le changement climatique occupe la première place des préoccupations dans toutes les classes d’âge. Bien que l’IA soit passée de la 7e à la 2e place dans l’opinion publique entre 2025 et 2026, le climat reste la principale menace. Cette perception est nourrie par des événements climatiques récurrents, comme les canicules et les sécheresses, qui ont un impact direct sur les factures énergétiques et l’environnement.
La priorité accordée au climat dans l’opinion publique légitime politiquement les investissements dans les énergies renouvelables. Les gouvernements sont encouragés à accélérer leur déploiement, à améliorer l’efficacité énergétique et à restructurer les réseaux électriques. Le directeur général du Groupe AXA, Thomas Buberl, souligne que, malgré l’inquiétude grandissante des experts pour l’IA, le changement climatique demeure le risque principal pour le grand public. Ce consensus social facilite l’acceptation des transitions nécessaires, telles que l’augmentation temporaire des coûts et les restructurations industrielles, tout en constituant un appui politique solide pour les décisions énergétiques futures, notamment en lien avec les ressources hydriques cruciales pour les centrales thermiques et nucléaires.
L’IA : un risque systémique pour le secteur énergétique ?
L’IA, désormais perçue par les experts comme le principal risque, s’accompagne d’une consommation énergétique croissante. Les data centers hébergeant des modèles d’IA générative consomment une part significative de l’électricité mondiale. L’augmentation des usages de l’IA pourrait exiger plusieurs dizaines de gigawatts supplémentaires d’ici 2030, selon les experts du rapport AXA. Cela pourrait compromettre les objectifs climatiques en surchargeant les réseaux électriques.
En parallèle, l’IA offre des solutions pour optimiser le secteur énergétique. Les algorithmes prédictifs améliorent la gestion des énergies intermittentes, et les smart grids permettent d’équilibrer l’offre et la demande en temps réel. Cependant, seuls 9% des experts estiment que les pouvoirs publics sont bien préparés aux risques de l’IA, ce chiffre tombant à 3% en Europe. L’absence de gouvernance cohérente limite le déploiement de ces solutions bénéfiques tout en laissant les usages énergivores se développer.
Adaptation du mix énergétique aux défis de 2026-2030
Les besoins en énergie liés au climat et à la numérisation nécessitent une révision des stratégies de production. Les scénarios doivent intégrer la décarbonation et la hausse de la consommation électrique due à l’IA et à l’électrification des transports et de l’industrie. Les réseaux de transport et de distribution, conçus pour des flux prévisibles, peinent à gérer la volatilité des renouvelables et les demandes des infrastructures numériques. Les investissements nécessaires en Europe se chiffrent en centaines de milliards d’euros, avec une pression supplémentaire venant de l’électrification du parc automobile.
Le rapport AXA met en lumière un manque de gouvernance énergétique mondiale face à l’incertitude technologique. Bien que 85% des experts et du grand public croient que certains risques futurs peuvent être évités par la prévention, les normes énergétiques et la coordination internationale restent insuffisantes. Les transformations démographiques et la rapidité des changements technologiques compliquent les planifications énergétiques. Le secteur assurantiel, représentant 68% du grand public, joue un rôle de stabilisateur mais doit évoluer vers une logique préventive pour accompagner les acteurs énergétiques face aux risques interconnectés.
La divergence entre la perception des risques par les experts et le grand public crée une tension structurelle. Tandis que les experts se concentrent sur les avancées technologiques, les citoyens restent préoccupés par l’urgence climatique. Le secteur énergétique doit naviguer entre ces impératifs, alliant décarbonation et adaptation aux changements numériques. La réussite de cette transition dépendra de la capacité des gouvernements à traduire les priorités climatiques des citoyens en infrastructures capables de gérer l’essor de l’IA sans compromettre l’un ou l’autre.






