Le Mondial de l’Auto s’ouvre ce 12 octobre 2026 à Paris Porte de Versailles pour sa 90ᵉ édition. Stellantis y présente neuf concept-cars électriques sur 5 340 m², représentant huit marques du groupe. Malgré cette démonstration de force et les promesses de démocratisation de l’électrique, les données énergétiques concrètes manquent. Autonomie, consommation, capacité des batteries, infrastructure de recharge : autant de questions qui restent sans réponses chiffrées.
Neuf concept-cars électriques au Mondial de l’Auto : ambition affichée, performances énergétiques tues
La 2 CV électrique : un prix annoncé, une autonomie mystérieuse
Citroën relance la mythique 2 CV en version électrique, prévue pour fin 2028 à moins de 15 000 €, soit environ 5 000 € de moins que l’ë-C3 actuelle. La production se fera à Pomigliano d’Arco en Italie. Cependant, Stellantis ne communique pas sur les caractéristiques essentielles : capacité de batterie, autonomie en cycle WLTP et usage urbain, puissance de recharge.
Ce tarif attractif soulève des questions. Pour atteindre le seuil de 15 000 €, Citroën pourrait devoir réduire la capacité de la batterie, limitant l’autonomie. En septembre 2026, l’électrique représentait 41,7 % des immatriculations, une croissance de 107,5 % en volume, largement soutenue par les aides publiques. Sans données précises sur l’efficience énergétique, la viabilité économique du modèle après réduction des subventions reste incertaine.
Peugeot E-T16 et RCZ électrique : 500 ch annoncés, consommation occultée
Peugeot propose son concept E-T16, concurrent de la Renault 5 Turbo 3E, et une RCZ électrique de 500 ch avec batterie solide. Toutefois, la consommation reste floue. Un véhicule de 500 ch peut consommer plus de 30 kWh/100 km en usage sportif, comparé aux 15 kWh/100 km d’une Renault 5 électrique standard en cycle mixte.
L’absence de transparence sur ces performances empêche une évaluation environnementale sérieuse. La Tribune souligne que Stellantis fait le show mais reste évasif sur les caractéristiques techniques. Sans calendrier de production ni données sur la capacité des batteries solides, ces annonces semblent davantage relever de la communication que d’un engagement industriel.
Les sept autres concepts : promesses marketing sans substance technique
Opel présente le STX Concept pour la future Astra 2030, et DS la F3ver, une citadine électrique. Alfa Romeo, Fiat et Lancia complètent la gamme. Parmi plus de 60 véhicules exposés, seule la 2 CV a une date de commercialisation et un prix. L’Opel STX a une mission claire, mais pour les autres, le flou persiste.
Ces concepts risquent de suivre le sort du Citroën C-Cactus, commercialisé sous une forme édulcorée, ou celui de la RCZ, lancée en série avec peu de modifications. Sans données énergétiques précises, difficile de distinguer les annonces crédibles des opérations de communication.
Infrastructure de recharge française : capacité suffisante pour absorber l’offensive électrique ?
Réseau de bornes : un déploiement accéléré mais encore insuffisant
La France comptait environ 120 000 points de recharge publics fin 2025, un chiffre en hausse mais insuffisant pour un marché où l’électrique représente 41,7 % des ventes. La Dépêche rappelle que l’essor de l’électrique dépend des aides publiques et de l’infrastructure. Renault domine avec 23,6 % du marché électrique français en septembre 2026.
Si Stellantis commercialise ses modèles électriques dès 2028, le réseau devra absorber des dizaines de milliers de véhicules supplémentaires chaque mois. La puissance des bornes publiques varie entre 7 kW et 350 kW. Sans harmonisation et accélération du déploiement, le risque de saturation persiste, notamment en zones urbaines.
Mix énergétique français 2026 : nucléaire et renouvelables pour alimenter 41,7 % du parc automobile
La France bénéficie d’un mix électrique décarboné avec 65 % de nucléaire et 25 % de renouvelables. L’empreinte carbone d’un véhicule électrique rechargé en France est de 10 à 15 g CO₂/km, contre 120 à 150 g CO₂/km pour un thermique. La production des batteries reste problématique, surtout si elles proviennent d’usines au charbon en Asie.
Stellantis prévoit une production italienne pour la 2 CV, dans un pays où 40 % de l’énergie provient du gaz naturel. L’impact carbone dépendra de la chaîne d’approvisionnement. Sans transparence, valider les promesses écologiques reste difficile.
Impact carbone réel : la stratégie rétro de Stellantis masque-t-elle une transition énergétique incomplète ?
Bilan carbone de la production : les angles morts du Mondial de l’Auto
Stellantis mise sur la nostalgie avec des modèles comme la 2 CV et la Turbo 16. Gilles Vidal, directeur du design Europe, explique : « Convoquer son patrimoine, c’est un moyen de se distinguer des marques chinoises ». Ces dernières représentent 8 % du marché français en septembre 2026.
Derrière cette stratégie, les enjeux énergétiques restent flous. Renault a réussi avec un design attractif et des performances documentées. Stellantis parie sur l’émotion et des prix d’appel, mais sans données techniques vérifiables, le risque de déception reste élevé.
Recyclage des batteries et durée de vie : les non-dits du salon parisien
Les neuf concepts ne mentionnent pas la stratégie de recyclage des batteries ni leur durée de vie. Les batteries actuelles perdent environ 2 à 3 % de capacité par an. Après dix ans, une batterie de 50 kWh conserve environ 40 kWh. Les constructeurs doivent garantir 70 % de capacité après huit ans, mais peu communiquent sur le recyclage.
Stellantis participe au programme Automotive Cells Company (ACC) pour produire des batteries en Europe avec un objectif de recyclage de 95 % d’ici 2030. Cependant, au Mondial de l’Auto 2026, aucune mention concrète de ces engagements n’accompagne les prototypes. Le groupe préfère miser sur l’effet waouh des concept-cars plutôt que sur la transparence énergétique.






