Automobile : 78 % des Français sacrifient d’autres dépenses pour continuer à rouler

Une étude Leocare révèle que 78 % des Français sacrifient d’autres dépenses pour financer leur automobile. Face à la hausse continue des coûts (carburant, assurance, entretien), 56 % ne pourraient plus racheter leur véhicule actuel, et 37 % envisagent de s’en séparer dans l’année. Un arbitrage budgétaire qui touche désormais l’alimentation, l’épargne et la sécurité des véhicules.

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Automobile : 78 % des Français sacrifient d'autres dépenses pour continuer à rouler
Automobile : 78 % des Français sacrifient d’autres dépenses pour continuer à rouler © L'EnerGeek

L’automobile, un poids qui redessine les budgets familiaux

Pour 74 % des automobilistes français, posséder une automobile n’est plus un simple choix de consommation mais un luxe, selon une étude réalisée par Leocare et Discurv le 28 septembre 2026 auprès de 1 000 personnes. Même si ce chiffre est stable par rapport à l’année précédente, 56 % des sondés pensent désormais ne plus pouvoir remplacer leur véhicule actuel par un modèle équivalent. La hausse continue des coûts liés au carburant, à l’assurance et à l’entretien pousse 78 % des Français à réduire d’autres dépenses pour maintenir leur mobilité. Ces choix soulignent une tension croissante entre la dépendance à la voiture et la capacité financière des ménages.

Christophe Dandois, cofondateur de Leocare, explique : « L’an dernier, la voiture était un luxe auquel les Français ne voulaient pas renoncer. Aujourd’hui, ce luxe est financé au détriment des loisirs, de l’épargne, et même de l’entretien du véhicule. Quand près d’un Français sur deux conduit avec un voyant allumé pour retarder une réparation, la question dépasse le simple pouvoir d’achat et touche à la sécurité. »

Une dépendance qui ne faiblit pas

Malgré la pression financière, l’automobile demeure essentielle pour beaucoup de Français. 53 % d’entre eux affirment qu’ils ne peuvent se passer de leur voiture au quotidien, et 30 % estiment que vivre sans véhicule serait très compliqué. Seuls 11 % envisagent de s’en passer sans problème. Dans les zones rurales et périurbaines, où les transports en commun sont insuffisants, la voiture reste indispensable.

Pour 28 % des Français, l’automobile représente plus de 20 % de leur budget mensuel, et pour 9 %, cette part dépasse 30 %. Ainsi, plus d’un quart des Français consacrent plus de deux mois de leur budget annuel à leur voiture, et près d’un sur dix y consacre plus de trois mois et demi. De plus, 15 % des automobilistes ne savent pas exactement combien leur coûte leur véhicule, ce qui témoigne de la lourdeur et de l’opacité de cette dépense.

Sacrifier le quotidien pour continuer à rouler

Pour faire face à ces charges, les Français procèdent à des coupes drastiques dans leur budget. Près de 8 automobilistes sur 10 réduisent d’autres postes de dépenses pour continuer à rouler. Les loisirs, restaurants et sorties sont les premiers sacrifiés (47 %), suivis des vacances (37 %), des vêtements (30 %), et du bien-être personnel (30 %). Plus inquiétant, 28 % puisent dans leur épargne et 13 % réduisent même leur alimentation. Seuls 23 % n’ont rien eu à réduire.

Le coût automobile ne pèse plus seulement sur le budget, il déplace les priorités vers des postes vitaux comme l’alimentation ou l’épargne. De plus, 25 % des Français ont annulé leurs abonnements de streaming ou de sport, et 23 % ont réduit leurs dépenses en cadeaux pour financer leur véhicule. Malgré l’augmentation de l’indemnité carburant pour les grands rouleurs, le pouvoir d’achat automobile reste une préoccupation majeure.

Repousser les réparations, un pari risqué mais répandu

Les contraintes budgétaires affectent également la sécurité des véhicules. Près de la moitié des Français (48 %) ont déjà continué à rouler malgré un problème mécanique identifié, préférant retarder la réparation. Pour 24 %, cette pratique est courante. Ce comportement, dicté par des contraintes financières, expose à des risques accrus d’accidents et de pannes graves, tout en augmentant potentiellement le coût des réparations futures.

Face aux dépenses imprévues, le recours à l’emprunt pour couvrir les frais liés à l’automobile se généralise. 31 % des conducteurs ont déjà emprunté de l’argent (auprès d’une banque, d’un proche ou via un prêt à la consommation) pour une réparation, et près de 10 % l’ont fait plusieurs fois, révélant une fragilité financière croissante.

L’assurance automobile, nouveau levier d’ajustement

L’assurance automobile représente un autre poste de dépense en forte hausse. 63 % des Français ont constaté une augmentation du prix de leur assurance auto au cours des 12 derniers mois, et pour 15 %, l’augmentation est significative. Seuls 3 % ont bénéficié d’une baisse. Selon Sécurité et Réparation Automobiles (SRA), le coût moyen d’une réparation après collision a grimpé de près de 30 % entre 2021 et 2025, en raison de pièces de rechange plus chères et de véhicules bardés d’électronique.

Le climat impacte également les tarifs, avec une surprime pour catastrophes naturelles passée de 6 % à 9 % sur les contrats auto depuis janvier 2025. Ces surcoûts se répercutent sur tous les assurés, même ceux qui n’ont pas déclaré de sinistre. Devant ces augmentations, la patience des assurés s’amenuise : près d’un Français sur deux (47 %) envisagerait de changer d’assureur pour une hausse de 10 % ou moins, et 9 % dès la moindre augmentation. En tout, 83 % des automobilistes seraient prêts à changer d’assureur au-delà d’un certain seuil de hausse, alors que la loi Hamon facilite la résiliation des contrats auto après la première année.

Se séparer de sa voiture, une option de plus en plus envisagée

Face à la saturation budgétaire, certains Français envisagent de se séparer de leur automobile. Plus d’un sur trois (37 %) y pense pour l’année à venir si les prix continuent d’augmenter. Ce choix n’est pas volontaire, mais contraint par le budget. En détail, 10 % considèrent cette option très probablement et 27 % comme une possibilité. Seuls 47 % s’y opposent catégoriquement, et 16 % restent indécis.

Environ 22 % des Français roulent dans une voiture qu’ils ne pourraient remplacer. La voiture devient ainsi un bien que l’on garde par nécessité. Parmi ceux qui devraient racheter un véhicule, seuls 15 % y parviendraient sans difficulté, tandis que 29 % le feraient en sacrifiant ailleurs. 34 % opteraient pour un modèle moins cher ou d’occasion. Dans un contexte où l’interdiction des voitures thermiques est repoussée à 2035, la question du renouvellement du parc automobile reste ouverte.

Flottes automobiles : la fiscalité comme variable d’ajustement

La pression financière sur l’automobile s’étend également aux entreprises, qui doivent jongler avec une fiscalité complexe. Dans une tribune pour Caradisiac, Jean Pagezy, président de PCA Services, conseille sur les stratégies pour faire face à la transition énergétique. Il souligne que le dernier trimestre de 2026 est crucial pour les arbitrages budgétaires des flottes automobiles.

Lors du renouvellement de leur parc, les entreprises doivent prendre en compte divers éléments fiscaux tels que les avantages en nature, le malus au poids et les quotas de verdissement. Jean Pagezy affirme que la fiscalité automobile reste stable pour l’année à venir, mais des taxes sur les véhicules électriques pourraient apparaître en janvier 2027. Il recommande de sensibiliser les collaborateurs aux frais de remise en état, de renégocier les contrats selon le kilométrage réel et d’allonger la durée de détention pour réduire le turnover des flottes.

Si l’électrification allège la fiscalité, verdir une flotte sans données précises est risqué. Un audit des usages est essentiel avant de choisir une motorisation. Sans cela, le passage à l’électrique pourrait être mal perçu. Les véhicules hybrides, peu touchés par l’écotaxe, sont prisés par les entreprises.

Perspectives : vers une remise en question du modèle automobile individuel

L’étude Leocare met en évidence la tension entre la dépendance à l’automobile et la capacité financière des ménages français. La pertinence du modèle automobile individuel est de plus en plus remise en question, notamment pour les ménages modestes et les classes moyennes.

Plusieurs solutions émergent : développement des transports en commun dans les zones mal desservies, promotion du covoiturage, mise en place de solutions de mobilité partagée, et renforcement des aides pour l’achat de véhicules moins coûteux et polluants. Ces solutions demandent des investissements importants et une volonté politique forte, dans un contexte de contraintes budgétaires. En attendant, les Français continuent de restreindre leurs dépenses quotidiennes pour financer leur automobile, ce qui risque d’affaiblir leur situation financière et leur sécurité.

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