Kazakhstan : dans la vallée des data centers, le kWh est à… 2,5 cents

À Ekibastuz, dans le nord-est du Kazakhstan, l’électricité coûte moins cher. Autour de l’une des plus puissantes centrales du pays, Astana veut faire émerger un campus de calcul. Une manière de convertir l’avantage énergétique kazakhstanais en puissance informatique — et, demain, en exportations numériques.

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Zhaslan Madiyev
Zhaslan Madiyev Deputy Prime minister – Minister of Artificial Intelligence and Digital Development | L'EnerGeek

Dans l’économie des data centers, le foncier compte, la fibre aussi. Mais depuis que l’intelligence artificielle multiplie les besoins en calcul, la variable décisive est devenue beaucoup plus élémentaire : l’électricité. Combien de mégawatts peut-on obtenir, à quel prix, et dans quel délai ?

À ces trois questions, le Kazakhstan avance une réponse qui retient l’attention. À Ekibastuz, dans la région de Pavlodar, le gouvernement développe une « Data Center Valley » dont la capacité électrique doit pouvoir atteindre 1 Gigawatt (GW). Le tarif mis en avant auprès des investisseurs est de 0,025 dollar par kWh, soit 2,5 cents. Dix fois moins que ce que vous payez pour votre frigo en France.

Là où l’électricité est déjà une industrie lourde

Pour comprendre le projet, il faut regarder moins vers la Silicon Valley que vers la centrale électrique située à quelques kilomètres. Ekibastuz GRES-1 affiche aujourd’hui une puissance installée de 4 040 MW. Son combustible principal est le charbon à forte teneur en cendres extrait dans le bassin local. Après le retour en service de son huitième groupe, la centrale a produit 24,5 TWh en 2025, soit, selon son exploitant, environ un cinquième de toute l’électricité produite cette année-là au Kazakhstan. C’est sur cette géographie énergétique héritée de l’ère soviétique que le pays entend greffer une industrie du XXIe siècle.

Le premier data center de la vallée, d’une capacité de 50 MW, est déjà en construction. Sa mise en service est programmée pour juin 2027. Une sous-station de 215 MW a été acquise pour le projet ; les réseaux d’eau et de télécommunications sont en cours de préparation. À terme, le gouvernement prévoit une montée en puissance par étapes jusqu’au gigawatt.

Un campus consommant effectivement 1 GW en continu absorberait théoriquement 8,76 TWh par an. À titre de comparaison, le Kazakhstan a produit 123,1 TWh d’électricité en 2025 : le campus représenterait donc, à pleine charge, un peu plus de 7 % de la production électrique nationale actuelle. Plus saisissant encore, cette consommation annuelle théorique serait légèrement supérieure aux 8,62 TWh produits en 2025 par les installations renouvelables comptabilisées par le ministère de l’Énergie, hors énergie hydraulique.

Le nouvel arbitrage des data centers : chercher l’énergie là où elle se trouve

La croissance de l’IA modifie rapidement la géographie du numérique. Pendant des années, les centres de données se sont concentrés près des grands bassins de consommation et des principaux nœuds télécoms. La disponibilité de la puissance électrique pousse désormais certains projets à raisonner autrement : rapprocher le calcul de l’énergie plutôt que l’énergie du calcul. C’est précisément la carte que joue le Kazakhstan.

Le gouvernement affirme disposer dès à présent de 300 MW de capacité mobilisable pour le développement de la Data Center Valley. Il fait également état de discussions avec plus de vingt groupes internationaux du cloud, du big data et de l’IA, pour une demande préliminaire supérieure à 100 MW.

Le pays a en outre fixé une cible de 57 millisecondes de latence vers les grands points d’échange européens, contre environ 80 ms auparavant, et prévoit pour une partie du campus un niveau Tier III ainsi qu’un PUE annoncé de 1,25. La proposition d’Ekibastuz repose donc sur une équation assez simple : une énergie très compétitive, disponible à grande échelle, associée à des infrastructures conçues dès l’origine pour des charges informatiques de forte densité.

Exporter du calcul plutôt que des kilowattheures

Le Kazakhstan possède depuis longtemps du charbon, du pétrole, du gaz et de vastes infrastructures énergétiques. Avec les data centers, il cherche à capter davantage de valeur entre la production du mégawatt et sa vente. Un kWh consommé localement par un cluster de GPU peut être transformé en calcul, en cloud ou en service d’intelligence artificielle, puis vendu à un client situé à des milliers de kilomètres. Le pays ne raisonne donc plus seulement comme un producteur d’énergie, mais comme un possible exportateur de puissance informatique.

L’ampleur des projets annoncés traduit cette ambition. En juin 2026, le gouvernement a signé avec Firebird et NVIDIA un ensemble d’accords présenté à 10 milliards de dollars, autour d’infrastructures de calcul et d’un projet pouvant à terme réunir jusqu’à 100 000 GPU de nouvelle génération. Ekibastuz dispose, surtout, d’un avantage plus tangible que les projections : un système électrique industriel déjà installé.

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