Quatre mois après sa mise en service commercial en mai 2026, la batterie de Cernay-lès-Reims affiche des résultats qui valident le pari industriel. Le site a réinjecté 70,5 GWh sur le réseau électrique national, soit 145 cycles complets en 125 jours.
Avec une puissance de 240 MW et une capacité de 480 MWh, le site peut restituer pendant deux heures l’équivalent de la consommation de 450 000 foyers. Le principe est simple, mais son application à grande échelle constitue une nouveauté en France : stocker l’électricité lorsqu’elle est surabondante (notamment en période de forte production solaire ou éolienne) et la restituer aux moments de tension sur le réseau.
Le chantier a mobilisé 41 635 heures-homme. L’installation, qui occupe un peu plus de trois hectares, comprend 140 containers de batteries (Megapacks) fournis par Tesla. Le site est raccordé au réseau de transport d’électricité à une tension de 225 000 volts et a satisfait aux exigences de simulations, tests et certifications nécessaires à la fourniture de services de régulation de fréquence et de tension.
Le stockage, variable d’ajustement devenue nécessaire
Pourquoi installer des batteries géantes dans la Marne ? Parce que le système électrique français est en train de changer de nature. L’augmentation de la part des énergies renouvelables, par définition intermittentes, impose de nouvelles contraintes au gestionnaire du réseau. Le vent ne souffle pas sur commande, le soleil brille quand il veut. En revanche, la demande d’électricité, elle, fluctue en fonction des usages et des saisons.
Résultat : il faut désormais pouvoir absorber les surplus et compenser les creux. Le stockage par batteries permet de lisser ces variations sans recourir systématiquement à des centrales thermiques ou à des importations. Franck Woitiez, président-directeur général de TagEnergy, affirme que « le stockage d’électricité à grande échelle est désormais une réalité industrielle en France ».
Le problème, c’est que la France accuse un retard considérable dans ce domaine. En 2026, le pays ne dispose encore que de quelques centaines de mégawatts de capacités de stockage par batteries, là où d’autres pays européens, notamment le Royaume-Uni ou l’Allemagne, ont déjà déployé plusieurs gigawatts. La Banque des Territoires indique être positionnée sur ce segment depuis 2021, avec plus de 250 MW en exploitation, 150 MW en construction et plusieurs centaines de MW en développement. Mais à l’échelle des besoins, le chemin reste long.
Un partenariat public-privé pour accélérer
Le site de Cernay-lès-Reims est détenu conjointement par TagEnergy et la Banque des Territoires, cette dernière étant entrée au capital du projet en 2025. L’installation constitue le premier investissement conjoint des deux partenaires dans le cadre d’un partenariat conclu pour trois ans, destiné à financer plusieurs projets de batteries en France. La Banque des Territoires intervient à hauteur de 49 % du capital des sociétés de projets, TagEnergy restant actionnaire majoritaire.
François Wohrer, directeur de l’investissement de la Banque des Territoires, explique que la mission de l’institution est « d’accompagner les projets d’envergure » et de « contribuer à la construction d’un système énergétique compétitif ».
Un projet territorial, mais pas sans tensions
Christophe Léonard, directeur associé de TagEnergy pour la France, insiste sur le fait qu’« un projet de cette taille ne se fait pas sans la confiance des élus et des habitants ». Le site a été construit « en étroite concertation avec le territoire », avec le soutien de la municipalité de Cernay-lès-Reims et de la Communauté Urbaine du Grand Reims. L’inauguration s’est tenue en présence de Jérôme Goulden, maire de Cernay-lès-Reims, et d’Arnaud Robinet, maire de Reims et président de la Communauté Urbaine.
Le projet a été rendu possible grâce à la collaboration de plusieurs acteurs : Tesla pour la fourniture des équipements, la coordination de la construction et l’interface marché, Eiffage pour le génie civil et électrique, et RTE en tant que gestionnaire de réseau. La dépendance à Tesla, entreprise américaine, pose la question de la souveraineté industrielle dans un secteur stratégique. La France ne produit pas encore de batteries de stockage stationnaire à grande échelle sur son sol.
L’installation de Cernay-lès-Reims est la plus grande batterie opérationnelle en France. Mais à l’échelle du système électrique national, 240 MW restent une goutte d’eau. La puissance installée du parc électrique français dépasse 130 GW. Les besoins en flexibilité vont exploser avec l’électrification des usages (transports, industrie, chauffage) et la montée en puissance des renouvelables.






