Les salariés de RTE exercent leur droit d’alerte en pleine canicule : « nos infrastructures ne tiendront pas »

Deux appareils de mesure explosent en pleine canicule dans un poste électrique du Finistère. 550 équipements similaires seraient concernés partout en France. Salariés inquiets, direction rassurante : qui dit vrai ?

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Les salariés de RTE exercent leur droit d'alerte en pleine canicule : « nos infrastructures ne tiendront pas »
Les salariés de RTE exercent leur droit d’alerte en pleine canicule : « nos infrastructures ne tiendront pas » © L'EnerGeek

Deux appareils de mesure ont explosé dans un poste électrique du Finistère à la fin juin, en pleine vague de chaleur. L’incident a suffi à convaincre les représentants du personnel de maintenance de RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité haute tension, d’exercer leur droit d’alerte. Révélée par Le Monde et confirmée lundi 7 juillet par le syndicaliste à l’AFP, l’affaire met en cause la capacité des infrastructures électriques françaises à encaisser des températures extrêmes.

Tout part d’un incident survenu au poste 225 000 volts de Squividan, dans le Finistère. La direction de RTE reconnaît un « unique incident impliquant deux appareils de mesure », qu’elle situe le 23 juin. Francis Casanova, délégué syndical central CGT de RTE, donne une version légèrement différente : « Le 24 juin, deux appareils ont explosé », précise-t-il, ajoutant que le second a explosé alors que des agents d’astreinte se trouvaient à proximité, dans le poste.

Un mécanisme physique bien identifié

Selon le syndicaliste, l’explication tient en quelques mots de physique. « Ce qu’il se passe, c’est que la chaleur crée de la condensation au niveau de la tête de l’appareil, ce qui affecte l’isolant électrique et qui peut créer un arc électrique qui fait exploser l’appareil », détaille-t-il. Le problème ne serait pas isolé : Francis Casanova évoque « 550 appareils de ce type un peu partout en France », potentiellement exposés au même risque.

C’est dans ce climat de tension que les représentants du personnel de maintenance, qui couvrent environ 4 000 des 10 000 salariés de RTE, ont actionné le droit d’alerte le 29 juin, lors d’un comité social et économique spécial. Leur diagnostic est sans détour : ils dénoncent une « fragilisation des conditions de sûreté » des salariés et constatent que, pour l’instant, la direction n’a pas pris de mesure de protection.

Des revendications précises, une direction qui temporise

Les salariés réclament trois choses :

  • que tous les appareils à risques soient identifiés,
  • qu’un périmètre de sécurité soit établi autour d’eux,
  • et que les équipements défaillants soient remplacés ou mis hors tension.

Francis Casanova concède toutefois que ce remplacement « ne peut pas se faire du jour au lendemain ».

Face à ces demandes, RTE botte en touche sur l’ampleur du phénomène. L’entreprise affirme ne pas avoir dénombré d’incidents ayant porté atteinte à la sécurité des biens et des personnes, ni de départ d’incendies causés par nos ouvrages pendant cette période de canicule. Elle assure aussi que l’infrastructure est dimensionnée pour faire face à des situations de fortes chaleurs et que des protections permettent de déconnecter préventivement les appareils en cas d’anomalie repérée, avec une surveillance assurée 24 heures sur 24.

Sur les appareils impliqués dans l’incident du 23 juin, RTE indique avoir mis en place des « mesures conservatoires » : une surveillance renforcée de leur comportement et des consignes de sécurité pour toute intervention, en attendant les conclusions de l’analyse complète de l’incident. L’entreprise dit ainsi respecter le principe de précaution.

Sur le fond, RTE renvoie à son plan d’investissement, qui prévoit un volet renouvellement et adaptation du réseau électrique au changement climatique, chiffré à 24 milliards d’euros d’ici à 2040. Un montant qui donne la mesure du chantier, mais qui ne répond pas, dans l’immédiat, à l’urgence pointée par les syndicats sur les 550 appareils identifiés comme potentiellement fragiles.

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