Le lundi 6 juillet 2026, l’Union Nacional Eléctrica (UNE) a annoncé la déconnexion totale du système électro-énergétique national cubain, plongeant 9,6 millions d’habitants dans l’obscurité. Cette panne, la huitième depuis fin 2024 et la troisième en moins de six mois, ne constitue plus un incident isolé mais le symptôme d’une infrastructure vieillissante au bord de l’effondrement. L’arrêt simultané de la principale centrale thermique du pays pour réparations et la pénurie chronique de carburant ont transformé ce qui était autrefois des délestages ponctuels en crises systémiques.
La panne du 6 juillet 2026 : chronologie et ampleur d’un blackout national
Une déconnexion totale du système électro-énergétique national
L’effondrement du réseau électrique cubain s’est produit alors que la centrale Antonio Guiteras, qui assure à elle seule près d’un tiers de la production nationale, était à l’arrêt pour maintenance. Selon Le Figaro, cette installation stratégique a connu plus de 15 arrêts depuis le début de 2024 en raison d’avaries répétées. L’absence de cette capacité de production, combinée à l’indisponibilité partielle des six autres centrales thermiques du pays, a privé le réseau de toute marge de manœuvre face à la demande.
Délestages prolongés : 30 heures à La Havane, plusieurs jours en province
Les conséquences dépassent largement le cadre d’une simple interruption temporaire. À La Havane, les délestages atteignent désormais plus de 30 heures d’affilée, tandis que certaines zones rurales subissent des coupures s’étalant sur plusieurs jours consécutifs. Meyboll Font, community manager travaillant à son compte, témoigne auprès de BFM TV : « Vivre comme ça, c’est une agonie ». Cette situation paralyse l’activité économique, empêchant les travailleurs indépendants de fonctionner et accentuant la pression sur une population déjà éprouvée par des années de difficultés.
Les causes techniques : une infrastructure électrique au bord de l’effondrement
La centrale Antonio Guiteras : 15 arrêts depuis début 2024
La centrale thermique Antonio Guiteras incarne à elle seule les défaillances structurelles du parc électrique cubain. Avec 15 interruptions d’exploitation depuis janvier 2024, cette installation révèle l’usure critique des équipements. Les avaries à répétition ne permettent plus d’assurer une production stable, transformant chaque arrêt programmé pour maintenance en risque de blackout national. L’absence de pièces de rechange et de capacités de réparation rapide aggrave cette fragilité chronique.
Sept centrales thermiques vieillissantes exploitées depuis plus de 40 ans
L’ensemble du système repose sur sept centrales thermiques exploitées depuis plus de quatre décennies, bien au-delà de leur durée de vie nominale. Ces installations, conçues dans les années 1970 et 1980, fonctionnent avec des rendements dégradés et nécessitent des volumes croissants de carburant pour produire la même quantité d’électricité. L’obsolescence technique se double d’une inefficacité énergétique qui amplifie l’impact de toute pénurie d’approvisionnement.
Pénurie de carburant : impact direct sur la capacité de restauration du réseau
Lazaro Guerra, directeur de l’électricité au ministère de l’Énergie et des Mines, a déclaré selon Le Monde : « Le manque de carburant rend indiscutablement plus compliqué le processus de restauration du réseau électrique ». Depuis janvier 2026, le blocus pétrolier imposé par Washington a drastiquement réduit les livraisons de pétrole, privant les centrales thermiques et les groupes électrogènes de secours du combustible nécessaire à leur fonctionnement. Cette contrainte d’approvisionnement ralentit non seulement la production, mais aussi la capacité à relancer le système après une panne.
La transition énergétique en retard : 10 % d’énergie solaire insuffisante
56 parcs solaires installés avec l’aide chinoise : un effort limité
Entre 2025 et début 2026, Cuba a mis en service 56 parcs solaires photovoltaïques avec le soutien technique et financier de la Chine. Ces installations ont permis de faire passer la part du solaire de 3 % fin 2024 à 10 % de la production électrique totale au début de 2026. Si cette progression témoigne d’une volonté de diversification énergétique, elle reste largement insuffisante pour compenser les défaillances du parc thermique ou réduire la dépendance aux importations de pétrole.
Écart entre la production renouvelable et les besoins du réseau
L’intermittence inhérente au solaire photovoltaïque pose un défi supplémentaire dans un contexte où les capacités de stockage et de gestion de réseau demeurent limitées. Sans batteries à grande échelle ni interconnexions robustes, les 10 % d’énergie renouvelable ne peuvent pallier les arrêts des centrales thermiques lors des pics de demande. Le Pakistan impose des coupures d’électricité quotidiennes pour des raisons similaires, illustrant les limites d’une transition énergétique mal dimensionnée face à une demande croissante.






