L’électrification est souvent présentée comme l’un des chemins les plus directs pour réduire la consommation d’énergies fossiles. Le principe est simple : remplacer, chaque fois que c’est possible, le gaz, le fioul, le charbon ou les carburants pétroliers par de l’électricité. En France, cet objectif a une portée particulière, car l’électricité produite sur le territoire est largement bas-carbone. Elle peut donc contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à condition d’être utilisée dans les secteurs qui dépendent encore fortement des combustibles fossiles.
La France avance mais trop lentement dans son électrification
L’Observatoire de l’électrification 2024 montre cependant que la France n’avance pas encore au rythme nécessaire. Le taux d’électrification du pays atteint 27 %. C’est mieux que la moyenne européenne, mais encore loin de la cible de 34 % fixée pour 2030. Autrement dit, l’électricité prend une place croissante dans certains usages, mais elle ne remplace pas encore assez vite les énergies fossiles.
Le bâtiment est le secteur le plus avancé. Il représente 277 TWh de consommation électrique, soit la plus grande part de l’électricité consommée en France. Son taux d’électrification atteint 47 %, un niveau nettement supérieur à la moyenne européenne. Dans le résidentiel, le taux est de 40 %. Dans le tertiaire, il atteint 60 %. Cette situation s’explique notamment par la place du chauffage électrique en France et par le développement des pompes à chaleur.
Les pompes à chaleur sont l’un des leviers les plus importants pour réduire l’usage du gaz et du fioul dans les logements. Elles permettent de chauffer un bâtiment en consommant de l’électricité, avec un rendement généralement supérieur à celui d’un chauffage électrique classique. La France est le premier marché européen pour ces équipements et compte plus de 6,5 millions de pompes à chaleur installées.
Mais le signal envoyé par le marché en 2024 est moins favorable. Les ventes sont tombées à 546 900 unités, contre plus de 700 000 en 2022 et en 2023. Ce recul peut freiner la trajectoire de décarbonation du chauffage, alors que le remplacement progressif des chaudières fossiles reste un enjeu majeur pour le climat, la qualité de l’air et la facture énergétique des ménages.
Transports : un taux d’électrification encore très faible
Dans les transports, la situation est beaucoup plus fragile. Le secteur est l’un des plus visibles dans le débat public, avec la montée en puissance des voitures électriques. Pourtant, son taux d’électrification reste très faible, autour de 2 %. Une grande partie de l’électricité consommée dans les transports est liée au ferroviaire, déjà largement électrifié. Le transport routier, lui, ne représente encore qu’une faible part de l’énergie consommée sous forme électrique.
Le parc de véhicules électriques progresse, mais les ventes ont marqué le pas en 2024. Les voitures et véhicules utilitaires électriques à batterie ou hybrides rechargeables ont représenté 450 000 ventes, en baisse par rapport à 2023. Les poids lourds électriques et les bus électriques ont également connu un ralentissement. Cela ne signifie pas que la mobilité électrique recule : le parc continue d’augmenter. Mais la dynamique est moins rapide que ce qui serait nécessaire pour réduire fortement l’usage des carburants pétroliers.
Les infrastructures de recharge constituent toutefois un point positif. La France dispose de plus de 150 000 points de charge ouverts au public, dont une part significative en charge rapide. Ce réseau est essentiel pour rassurer les automobilistes, accompagner les trajets longue distance et permettre à davantage de ménages et d’entreprises de passer à l’électrique. Mais l’infrastructure ne suffit pas : l’accessibilité des véhicules, leur prix, la stabilité des aides et la confiance des usagers restent déterminants.
L’agriculture en recul
L’agriculture est un autre secteur à surveiller. Son taux d’électrification atteint 13 %, en recul par rapport à son pic de 17 % atteint en 2017. L’électricité y est principalement utilisée dans les bâtiments d’élevage, mais d’autres usages pourraient se développer. Le chauffage des serres, aujourd’hui souvent assuré par le gaz naturel, pourrait davantage recourir aux pompes à chaleur. Les tracteurs et engins agricoles, encore dépendants du gazole non routier, représentent aussi un gisement de décarbonation, même si les solutions électriques ne sont pas toujours matures pour tous les usages.
Le bilan est donc contrasté. La France dispose d’un atout important : une électricité bas-carbone capable de remplacer une partie des énergies fossiles. Le bâtiment montre que cette évolution est possible. Mais les transports, l’industrie et l’agriculture avancent plus lentement. Pour le climat, l’enjeu n’est plus seulement de produire une électricité propre. Il est de faire en sorte qu’elle remplace réellement les énergies fossiles dans les usages quotidiens, professionnels et industriels.





