Les réserves stratégiques de pétrole des États-Unis viennent de chuter à leur plus bas niveau depuis 1983, avec seulement 340,3 millions de barils restants. L’administration Trump a libéré 75 millions de barils depuis le début de la guerre contre l’Iran fin février pour contenir la flambée des prix à la pompe. L’accord de paix annoncé dimanche avec Téhéran arrive à point nommé, alors que les experts redoutaient une situation critique en cas de nouvelle perturbation de l’approvisionnement.
Les réserves stratégiques de pétrole américaines au plus bas depuis l’ère Reagan
La Strategic Petroleum Reserve (SPR) américaine vient de franchir un seuil historique. Selon les données publiées lundi par le département de l’Énergie, les stocks d’urgence de pétrole des États-Unis sont tombés à 340,3 millions de barils au 12 juin 2026, atteignant ainsi leur niveau le plus faible depuis juillet 1983. Cette dégringolade spectaculaire intervient dans un contexte de guerre contre l’Iran qui aura mis à rude épreuve la souveraineté énergétique américaine pendant près de quatre mois.
La semaine dernière seulement, l’administration Trump a retiré 8,9 millions de barils supplémentaires de ces réserves d’urgence. Un rythme de prélèvement vertigineux qui s’inscrit dans le cadre du plan annoncé en mars dernier, prévoyant la libération de 172 millions de barils pour tenter de juguler l’envolée des prix à la pompe. Comme le souligne Moneycontrol, cette réserve stratégique, créée au lendemain de l’embargo pétrolier arabe des années 1970, se retrouve aujourd’hui à environ un tiers de sa capacité autorisée totale de 714 millions de barils.
Un épuisement sans précédent des stocks d’urgence
Pour mesurer l’ampleur de cette déplétion, il convient de rappeler quelques chiffres éloquents. Depuis le déclenchement du conflit avec l’Iran fin février 2026, les réserves américaines ont fondu de 75 millions de barils, soit une baisse de 18% en moins de quatre mois. Ce niveau actuel de 340,3 millions de barils marque un nouveau plancher, inférieur même à celui observé en juillet 2023 sous la présidence Biden (346,8 millions de barils), lorsque Washington avait puisé massivement dans ses stocks pour amortir le choc énergétique provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Il faut remonter au 29 juillet 1983 pour trouver trace d’un niveau comparable (339,9 millions de barils), à une époque où l’administration Reagan était encore en train de constituer cette réserve stratégique. Comme le fait remarquer Patrick De Haan, responsable de l’analyse pétrolière chez GasBuddy, « peu importe votre position politique, c’est une statistique remarquable ». La différence fondamentale tient au fait qu’en 1983, les États-Unis remplissaient la SPR pour se prémunir contre de futures crises, tandis qu’en 2026, ils la vident à un rythme accéléré pour contenir une crise en cours.
L’accord de paix avec Téhéran arrive à point nommé
L’annonce dimanche d’un accord de paix préliminaire entre Washington et Téhéran, prévoyant une période de cessez-le-feu de 60 jours et la réouverture du détroit d’Ormuz sans péage maritime, tombe à un moment critique. Selon Yahoo Finance, les analystes énergétiques avertissent néanmoins que la voie vers une stabilisation des prix du brut pourrait s’avérer lente et complexe.
Neil Chapman, vice-président senior d’Exxon, avait lancé l’alerte dès le 28 mai lors d’une conférence organisée par Bernstein à New York : « Nous approchons de niveaux de stocks jamais vus ». Il avait alors prévenu que les prix du pétrole flamberaient à mesure que les inventaires chuteraient, alors même que la demande estivale de carburant s’apprête à atteindre des sommets. Bob McNally, président du cabinet de conseil Rapidan Energy, confirme que « nous assistons toujours à une baisse des stocks. Ces retraits sont inexorables et ils se situent déjà à des niveaux historiquement bas. Nous ne pensons pas être sortis d’affaire en termes de pression à la hausse sur les prix ».
Les risques d’une réserve stratégique en lambeaux
La SPR a émergé comme l’instrument privilégié de l’administration Trump pour limiter les dégâts causés par la flambée des prix de l’énergie aux consommateurs, aux entreprises et à l’économie dans son ensemble. Andy Lipow, président de Lipow Oil Associates, estime que « les libérations de la réserve stratégique de pétrole, combinées aux libérations d’autres gouvernements et à la réduction des exportations chinoises, ont jusqu’à présent empêché le scénario apocalyptique d’un baril à 150 dollars ».
Mike Sommers, directeur général de l’American Petroleum Institute, a tiré la sonnette d’alarme la semaine dernière lors d’une intervention sur CNN : « Nous sonnons l’alerte dès maintenant. Nous atteignons des niveaux qui commencent à nous préoccuper ». Selon lui, la SPR doit rester au minimum à 20% de sa capacité pour demeurer opérationnelle. Au rythme actuel, Washington s’approche dangereusement de ce seuil critique.
Les conséquences d’une telle situation pourraient se révéler dramatiques en cas de nouvelle perturbation majeure de l’approvisionnement. Andy Lipow souligne notamment la vulnérabilité face à la saison des ouragans : « Si nous devions essuyer un ouragan majeur dans le golfe du Mexique qui interromprait la production pendant plusieurs semaines, cette marge de sécurité n’existerait plus ». Thomas Kloza, analyste du marché pétrolier, prévient qu’une fois que la SPR descendra sous les 300 millions de barils, cela créera des problèmes concernant « l’intégrité du pétrole stocké », entre autres difficultés techniques.
Un programme de libération coordonné à l’échelle mondiale
La stratégie américaine s’inscrit dans un effort international sans précédent. En mars, Washington s’est engagé aux côtés des pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans une libération coordonnée de 400 millions de barils, la plus importante intervention collective de l’histoire de cette organisation. Comme le rapporte Matt Smith, directeur de la recherche sur les matières premières chez Kpler, « les États-Unis sont le fournisseur de dernier recours. Tout le monde se tourne vers les États-Unis pour extraire des barils parce qu’il n’y a pas cette disponibilité ailleurs ».
Le département de l’Énergie a structuré ce programme sous forme d’échanges plutôt que de ventes pures et simples : les compagnies qui empruntent du brut doivent le restituer ultérieurement avec intérêts. Selon un porte-parole de l’agence, le taux de retour atteint jusqu’à présent environ 26%, générant potentiellement plus de 3 milliards de dollars d’économies pour les contribuables. L’administration promet de reconstituer la réserve avec approximativement 200 barils supplémentaires, soit 20% de plus que le volume libéré, au cours de l’année prochaine.





