TotalEnergies abandonne l’éolien, des Etats américains portent plainte

Sept États américains dirigés par l’opposition démocrate attaquent en justice l’accord entre TotalEnergies et l’administration Trump prévoyant l’abandon des projets d’éolien en mer contre un remboursement de près d’un milliard de dollars. Cette entente controversée transforme l’énergéticien français en investisseur dans les hydrocarbures plutôt que dans les renouvelables.

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La justice américaine défie Trump et rouvre la bataille explosive de l’éolien en mer
TotalEnergies abandonne l’éolien, des Etats américains portent plainte © L'EnerGeek

L’abandon des projets d’éolien en mer par TotalEnergies soulève une vive polémique outre-Atlantique. Sept États américains, tous dirigés par des gouverneurs démocrates, ont saisi la justice fédérale pour contester un accord financier négocié de gré à gré entre le groupe pétrolier français et l’administration Trump. Cet arrangement prévoit le versement de près d’un milliard de dollars en échange de la renonciation définitive aux parcs éoliens offshore que l’entreprise était engagée à développer sur la côte Est des États-Unis.

TotalEnergies abandonne l’éolien en mer : sept États américains contestent l’accord Trump

La coalition, menée par New York et rassemblant le Connecticut, le Maine, le Massachusetts, le New Jersey, Rhode Island et le Vermont, dénonce une entente qu’elle qualifie de « manifestement illégale ». La procédure judiciaire intervient après plusieurs tentatives infructueuses de l’administration fédérale pour bloquer l’éolien offshore par voie d’ordonnances exécutives — des décrets que les tribunaux avaient, à chaque fois, annulés. Face à ces défaites répétées, Washington aurait donc choisi de racheter la sortie du jeu des opérateurs énergétiques, plutôt que de continuer à perdre en justice. C’est précisément cette stratégie de contournement que les procureurs généraux entendent faire sanctionner.

Un accord financier controversé de 928 millions de dollars

L’accord, conclu en mars 2026 entre un représentant du gouvernement Trump et Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, repose sur des modalités financières précisément calibrées. L’État américain s’engage à rembourser 795 millions de dollars au titre du projet situé au large de New York et du New Jersey, auxquels s’ajoutent 133 millions supplémentaires pour Carolina Long Bay, en Caroline du Nord — soit un total de 928 millions de dollars correspondant exactement aux redevances que TotalEnergies avait initialement versées pour obtenir ses concessions offshore.

Ce remboursement n’est cependant pas sans conditions. Le versement de cette somme est subordonné à un engagement contraignant : TotalEnergies doit justifier avoir réinvesti un montant équivalent dans les énergies dites « conventionnelles » — pétrole et gaz — sur le territoire américain, entre novembre 2025 et septembre 2026. Cette clause transforme de facto l’énergéticien français en instrument du développement des hydrocarbures aux États-Unis, au détriment des filières renouvelables qu’il avait initialement vocation à y déployer.

Doug Burgum, secrétaire à l’Intérieur, a défendu cet arrangement devant la commission des Ressources naturelles de la Chambre des représentants. « TotalEnergies a simplement récupéré son argent, qu’elle a déjà réinvesti dans d’autres projets énergétiques aux États-Unis », a-t-il déclaré, présentant l’opération comme « un prêt sans intérêt au gouvernement américain ». Une lecture pour le moins optimiste d’un mécanisme que ses détracteurs assimilent à un rachat des consciences énergétiques.

Des projets éolien offshore d’envergure sacrifiés

Les projets abandonnés représentaient un potentiel énergétique considérable pour la façade atlantique américaine. Le parc éolien prévu au large de New York et du New Jersey devait atteindre une puissance de 3 gigawatts — de quoi alimenter près d’un million de foyers en électricité. Selon les calculs des autorités new-yorkaises, ce seul projet aurait généré 10 milliards de dollars d’économies pour les consommateurs sur la durée de son exploitation, dont 500 millions spécifiquement fléchés vers les ménages aux revenus les plus modestes.

Le second projet, Carolina Long Bay, visait quant à lui une capacité supérieure à 1 gigawatt, de nature à alimenter environ 300 000 habitations. Ces deux installations s’inscrivaient dans la stratégie de montée en puissance des énergies renouvelables engagée sous l’administration Biden, qui avait fixé des objectifs ambitieux pour l’éolien en mer et accordé les concessions correspondantes au terme de procédures d’appel d’offres compétitives.

D’après The Guardian, l’abandon de ces projets menace directement la création de plus de 1 700 emplois syndiqués dans la filière éolienne. Cette perspective inquiète particulièrement les États du Nord-Est, qui avaient intégré ces développements dans leurs planifications énergétiques à long terme, ainsi que dans leurs projections budgétaires.

Les fondements juridiques de la contestation

La plainte déposée devant la cour fédérale de Washington invoque plusieurs violations légales d’importance. Les procureurs généraux des sept États estiment que l’accord contrevient à l’Outer Continental Shelf Lands Act, texte fondateur qui encadre strictement les conditions dans lesquelles une concession offshore peut être annulée. Ils dénoncent également une violation du Judgment Fund Act, qui réglemente l’utilisation des fonds publics fédéraux dans le cadre de règlements amiables, et dont le détournement présumé au profit d’une entreprise étrangère constitue, selon eux, une faute caractérisée.

Letitia James, procureure générale de New York, ne mâche pas ses mots. Elle qualifie l’arrangement de « détournement scandaleux de l’argent des contribuables » et précise dans un communiqué officiel : « Après avoir essuyé plusieurs défaites devant les tribunaux, ce gouvernement a concocté un accord bidon visant à verser à une entreprise énergétique étrangère des centaines de millions de dollars. » Les plaignants réclament l’annulation pure et simple du mécanisme et demandent au tribunal d’interdire aux responsables de l’administration Trump d’en poursuivre la mise en œuvre — une injonction qui, si elle était accordée, paralyserait l’ensemble du dispositif avant même que les premiers versements ne soient effectués.

Ces poursuites sont portées par des États qui avaient également contesté, sans succès durable, les premières ordonnances exécutives anti-éolien signées par Donald Trump dès son retour à la Maison Blanche. Lire à ce sujet les analyses parues dans Le Figaro, Boursorama et Ouest-France.

Une stratégie d’opposition systématique aux énergies renouvelables

Cette affaire s’inscrit dans une politique délibérée d’hostilité de l’administration Trump envers les énergies renouvelables. Selon WAMC, le président américain a suspendu, dès le premier jour de son second mandat, l’ensemble des approbations fédérales pour les projets éoliens sur le territoire national. Une décision d’une portée considérable, qui a gelé des investissements représentant plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Face aux résistances judiciaires, l’administration a progressivement substitué à l’arme des décrets celle du chèque : Washington consacre désormais près de 2 milliards de dollars pour inciter les opérateurs énergétiques à renoncer à leurs projets d’éolien offshore. Cette approche financière, aussi inédite que controversée, contourne les tribunaux fédéraux qui avaient systématiquement invalidé les interdictions par voie réglementaire.

Doug Burgum justifie cette politique en décrivant l’éolien offshore comme « l’un des systèmes les plus coûteux, peu fiables, perturbateurs pour l’environnement et dépendants des subventions jamais imposés aux contribuables américains ». Cette rhétorique tranche radicalement avec les orientations de l’administration Biden, qui avait fait de l’éolien en mer un pilier de sa transition énergétique — et qui avait, à ce titre, alloué des concessions offshore dans des conditions que les nouveaux locataires du pouvoir s’emploient aujourd’hui à défaire.

Implications économiques et énergétiques

La gouverneure de New York, Kathy Hochul, dénonce ouvertement un sabotage des ambitions énergétiques régionales. Elle souligne que cet accord « nous empêche de couvrir nos besoins énergétiques, de créer des emplois de qualité et de contribuer à garantir l’indépendance énergétique américaine tout en réduisant les émissions » — une formule qui résume l’ampleur du préjudice que les États plaignants entendent faire reconnaître en justice.

L’abandon des projets TotalEnergies ne constitue pas un cas isolé. L’entreprise danoise Ørsted et la norvégienne Equinor ont également suspendu leurs développements offshore américains, choisissant toutefois la voie des recours judiciaires plutôt que celle des négociations financières avec l’administration fédérale. Les répercussions de ces renoncements dépassent largement le seul cadre énergétique : perte de milliers d’emplois qualifiés dans la filière éolienne, gel du développement d’une industrie manufacturière spécialisée, manque à gagner fiscal pour les collectivités locales et, surtout, remise en cause des trajectoires climatiques que ces États s’étaient engagés à tenir.

Cette bataille judiciaire illustre les tensions profondes qui fracturent aujourd’hui la politique énergétique américaine, opposant une vision fédérale résolument tournée vers les hydrocarbures aux ambitions climatiques des États progressistes. Son issue pourrait déterminer l’avenir du développement éolien offshore sur l’ensemble de la côte atlantique pour les années à venir — et, plus largement, dessiner les contours du rapport de force entre pouvoir fédéral et États dans la conduite de la transition énergétique. Un enjeu qui résonne bien au-delà des frontières américaines, à l’heure où l’Europe tire, elle, des bénéfices croissants de ses investissements dans les renouvelables, et où la Chine subventionne massivement ses filières industrielles vertes pour s’assurer une position dominante dans la compétition mondiale.

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