Des datacenters dans l’espace pour moins consommer ? La nouvelle lubie de Bezos

Jeff Bezos veut faire du vide spatial la nouvelle frontière énergétique du numérique. En misant sur l’énergie solaire ininterrompue, le fondateur d’Amazon et de Blue Origin imagine des datacenters orbitaux capables d’alléger la pression énergétique terrestre.

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Les bâtiments du Data Center NOÉ, Val-de-Reuil | L'EnerGeek

Le 3 octobre 2025, lors de l’Italian Tech Week à Turin, Jeff Bezos a dévoilé une idée qui pourrait bouleverser l’économie énergétique mondiale : transférer les datacenters dans l’espace. Face à la consommation exponentielle de ces infrastructures, qui absorbent déjà plusieurs points du mix électrique mondial, Bezos veut s’appuyer sur une ressource illimitée : l’énergie solaire orbitale. L’espace, dit-il, pourrait devenir le futur réservoir d’énergie des géants du cloud.

Un atout énergétique majeur : le Soleil sans interruption

Le cœur du projet repose sur une évidence physique : dans l’espace, l’énergie solaire ne connaît ni nuit ni nuages. « Ces immenses grappes de calcul seront mieux construites dans l’espace, car nous y avons l’énergie solaire 24 heures sur 24. Il n’y a ni nuages, ni pluie, ni intempéries », a expliqué Jeff Bezos relayé par Reuters.

Contrairement aux fermes solaires terrestres, les panneaux orbitaux bénéficieraient d’une exposition constante, permettant un rendement énergétique jusqu’à trois fois supérieur. Bezos estime que ces datacenters pourraient être opérationnels « dans dix à vingt ans », une échéance réaliste selon les progrès actuels en propulsion et en conversion d’énergie.

Selon Tom’s Hardware, la construction d’un datacenter spatial d’une puissance de 1 gigawatt nécessiterait 3,3 millions de m² de panneaux solaires, pesant plus de 11 000 tonnes, pour un coût de lancement estimé à 25 milliards de dollars. Des montants vertigineux, comparables à ceux d’une centrale nucléaire mais potentiellement rentables à long terme grâce à une maintenance réduite et une alimentation 100 % renouvelable.

Résoudre les conflits d’approvisionnement en énergie

Les datacenters terrestres sont aujourd’hui responsables de près de 4 % de la consommation mondiale d’électricité. Leur refroidissement, souvent assuré par des systèmes à eau, aggrave la pression sur les ressources hydriques locales. En transférant cette charge énergétique dans l’espace, Bezos propose un modèle où la production et la consommation d’énergie sont découplées de la biosphère. L’énergie solaire y est inépuisable, la dissipation thermique naturelle et la pollution carbone quasi nulle.

« Nous serons capables de battre le coût des centres terrestres dans l’espace d’ici deux décennies », a affirmé le fondateur d’Amazon. Les avantages énergétiques s’ajoutent aux gains environnementaux : aucune déforestation, aucun foncier mobilisé, aucun réseau électrique sollicité.

Des défis techniques et physiques de taille

Malgré ces promesses, les défis sont immenses. Dans le vide spatial, l’énergie ne peut pas être dissipée par convection ; elle ne peut être évacuée que par rayonnement. Pour un centre de données d’un gigawatt, il faudrait déployer d’énormes radiateurs thermiques capables d’évacuer plusieurs centaines de mégawatts de chaleur : un défi d’ingénierie inédit, souligne The Register. Les risques liés aux débris orbitaux, à la maintenance ou aux pannes matérielles compliquent aussi la viabilité du modèle. Chaque intervention nécessiterait une mission de réparation automatisée, ou l’envoi d’équipages spécialisés, au coût faramineux.

À ces contraintes s’ajoute la latence : selon les calculs cités par The Register, la transmission des données afficherait 20 à 40 millisecondes en orbite basse et jusqu’à 600 millisecondes en orbite géostationnaire. Si ces chiffres sont compatibles avec certaines applications industrielles et d’intelligence artificielle, ils demeurent inadaptés à la majorité des usages grand public. Enfin, le recyclage des composants électroniques en orbite reste un problème non résolu : aucun système fiable n’existe aujourd’hui pour récupérer et traiter ces matériaux sans les renvoyer sur Terre.

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