Charbon, pétrole, gaz : la production prévue en 2030 hors des limites climatiques

Le Production Gap Report 2025 confirme une réalité dérangeante : la production mondiale d’énergie fossile prévue par les États excède massivement les trajectoires climatiques. L’écart se chiffre à 120 % au-dessus du scénario 1,5 °C et 77 % au-dessus du scénario 2 °C, compromettant directement les objectifs de l’Accord de Paris.

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Charbon, pétrole, gaz : la production prévue en 2030 hors des limites climatiques © L'EnerGeek

Le 22 septembre 2025, le Stockholm Environment Institute (SEI), en partenariat avec l’IISD, Climate Analytics et le PNUE, a publié son rapport annuel sur l’écart de production d’énergie fossile. Cette étude analyse les politiques et projections de vingt grands producteurs d’hydrocarbures, responsables de l’essentiel de l’offre mondiale. Elle met en évidence une contradiction majeure : malgré les engagements internationaux, les volumes planifiés de charbon, de pétrole et de gaz continuent d’augmenter à l’horizon 2030 et au-delà, accentuant la fracture entre les engagements climatiques et les trajectoires réelles.

Une production d’énergie fossile incompatible avec un réchauffement climatique limité à 1,5 °C et 2 °C

Le rapport définit le « fossé de production » comme l’écart entre la production planifiée d’énergie fossile et les niveaux compatibles avec les scénarios de limitation du réchauffement. Les résultats 2025 sont clairs :

  • en 2030, la production dépasse de 120 % le niveau aligné sur 1,5 °C,
  • et de 77 % celui correspondant à 2 °C (SEI, sept. 2025).

Les auteurs rappellent que « les pays produiront plus du double de ce qui est compatible avec une trajectoire 1,5 °C » (SEI, sept. 2025). Cette tendance s’aggrave par rapport au rapport 2023, qui estimait déjà un écart de 110 % pour 1,5 °C et 69 % pour 2 °C.

Dans le détail :

  • le charbon enregistre une projection +500 % au-dessus du scénario 1,5 °C et +330 % au-dessus du 2 °C,
  • le pétrole est +31 % au-dessus de la trajectoire 1,5 °C et +16 % au-dessus de 2 °C,
  • le gaz s’établit à +92 % pour 1,5 °C et +33 % pour 2 °C.

Emily Ghosh, directrice de programme au SEI, avertit : « La production d’énergies fossiles aurait dû culminer et commencer à décliner. Chaque année de retard accroît considérablement la pression », relaye The Guardian.

Des trajectoires nationales qui accentuent l’écart climatique

L’étude couvre vingt pays représentant la majorité de la production mondiale d’hydrocarbures. Sur cet échantillon :

  • 17 États prévoient d’accroître la production d’au moins un combustible fossile d’ici 2030,
  • 13 États projettent une hausse substantielle de leur production gazière,
  • 11 États affichent des prévisions supérieures à celles de 2023 (SEI, sept. 2025).

Exemples chiffrés :

  • la Russie prévoit +7,4 exajoules (EJ) de gaz et +2,2 EJ de charbon d’ici 2030,
  • les États-Unis anticipent +5,4 EJ de charbon, +3,3 EJ de pétrole et +3,5 EJ de gaz,
  • l’Inde prévoit +7,3 EJ de charbon,
  • la Chine ajoute +4,1 EJ de charbon et +2,4 EJ de gaz.

Seuls le Royaume-Uni, la Norvège et l’Australie affichent des trajectoires de baisse pour certains hydrocarbures. Mais la tendance mondiale reste expansionniste. « En 2023, les gouvernements avaient reconnu la nécessité de s’éloigner des énergies fossiles… mais beaucoup apparaissent bloqués, planifiant aujourd’hui encore plus de production qu’il y a deux ans », souligne Derik Broekhoff, chercheur au SEI.

Un verrouillage structurel et financier de l’énergie fossile

Au-delà des volumes, le rapport insiste sur le verrouillage des infrastructures. Chaque investissement dans une centrale à charbon, un oléoduc ou un terminal méthanier ajoute des décennies de dépendance aux énergies fossiles. Cette inertie technique et financière rend les réductions futures plus abruptes et coûteuses.

Le cumul de production sur la décennie 2020 dépasse déjà les volumes compatibles avec 1,5 °C ou 2 °C, même si des baisses rapides intervenaient dès 2030. En parallèle, les subventions et soutiens publics restent massifs :

  • Chine, Inde, Mexique : soutien direct aux entreprises publiques,
  • Russie, Kazakhstan : incitations fiscales pour l’exploration,
  • Canada : investissements dans les infrastructures,
  • États-Unis, Norvège : ouverture de nouvelles zones à l’extraction.

Le SEI rappelle que pour respecter l’Accord de Paris, il faudrait réduire quasiment à zéro la production de charbon d’ici 2040 et baisser la production combinée de pétrole et de gaz de 75 % d’ici 2050 par rapport à 2020.

Certaines initiatives offrent néanmoins des signaux positifs : la Colombie a adopté une feuille de route pour une transition juste, l’Allemagne accélère la sortie du charbon, le Brésil déploie un programme de transition énergétique, et la Chine a atteint avec six ans d’avance son objectif 2030 en capacités solaires et éoliennes. Mais ces signaux restent marginaux face à la tendance globale.

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