L’industrie techno américaine passe un cap avec un accord signé par Google, Kairos Power et la Tennessee Valley Authority (TVA). Dès 2030, certains centres de données de Google dans le sud des États-Unis seront partiellement alimentés par un réacteur nucléaire. Ce partenariat marque une étape majeure dans la recherche d’énergies plus propres et durables pour satisfaire les besoins énergétiques de taille des géants du numérique.
Une avancée technologique avec le réacteur Hermes 2
Au cœur de ce projet se trouve le réacteur Hermes 2, un petit réacteur Natrium refroidi au réacteurs à sels fondus, aussi appelé SMR. Utilisant la technologie GEN IV (encore inexploitée commercialement), ce réacteur doit fournir 50 mégawatts d’électricité bas carbone à la TVA. Le permis de cette technologie a été décerné par la NRC en novembre 2024, ouvrant la voie à son déploiement. L’installation est prévue à Oak Ridge, dans le Tennessee, un site chargé d’histoire nucléaire depuis le projet Manhattan.
Cette installation est une première étape vers un objectif plus ambitieux : atteindre 500 MW de capacité nucléaire d’ici 2035. Pour mettre cela en perspective, cela équivaut à la consommation électrique annuelle d’une ville comme Lyon ou de plus de 500 000 foyers américains.
Oak Ridge : un lieu historique pour un futur innovant
Choisir Oak Ridge n’est pas anodin. Ce site emblématique a vu naître le premier réacteur à eau pressurisée dans le cadre du projet Manhattan. Aujourd’hui, il se prépare à redevenir un pôle stratégique pour l’innovation nucléaire aux États-Unis, illustrant la transition vers des usages civils et durables de l’énergie atomique.
Par ailleurs, ce projet va redonner un coup de jeune à l’industrie locale grâce à des programmes de formation élaborés en partenariat avec l’Université du Tennessee (afin de préparer une nouvelle génération d’ingénieurs et de techniciens spécialisés en technologies nucléaires avancées).
Répondre à une demande d’énergie en forte hausse
Les centres de données de Google consomment aujourd’hui autant d’énergie que deux millions de foyers américains, et cette demande devrait doubler dans les cinq prochaines années. La pression sur l’approvisionnement électrique force des entreprises comme Google à chercher des solutions audacieuses. Par exemple, une requête via un agent conversationnel consomme dix fois plus d’énergie qu’une recherche Google classique.
Face à ce défi, les géants technologiques se positionnent comme de véritables moteurs d’innovation. Aux États-Unis, cette tendance tranche avec la France qui envisage également d’étendre son parc nucléaire en lançant six nouveaux EPR et plusieurs SMR.
Un modèle économique novateur
Dans cette période de tensions géopolitiques où chaque pays travaille à sécuriser son autonomie stratégique, Google co-finance ces réacteurs tout en misant sur les chaînes d’approvisionnement locales. Don Moul, PDG de TVA, explique dans Les Numériques : « L’électricité est aujourd’hui une ressource stratégique, au cœur de notre prospérité économique et de notre avance technologique. » Ce projet pourrait bien servir de modèle pour financer les futurs développements nucléaires, le secteur privé assumant désormais des risques autrefois réservés aux États.
La Silicon Valley assiste à une véritable course à l’énergie nucléaire parmi ses géants. Meta, par exemple, a également fait part de son intérêt pour cette filière afin d’assurer plusieurs gigawatts supplémentaires. Cette dynamique montre combien le secteur privé joue désormais un rôle de premier plan dans la transformation du paysage énergétique mondial.






