Le samedi 24 mai 2025 à 10h02, une panne d’électricité a touché une large partie de la Côte d’Azur, privant d’électricité les communes de Cannes, Antibes, Mandelieu ou encore Villeneuve-Loubet. Très vite, les autorités ont confirmé qu’il ne s’agissait pas d’un défaut interne ou d’un aléa climatique, mais bien d’un sabotage ciblé d’infrastructures essentielles. Alors que les acteurs du secteur s’emploient à renforcer la sécurité du réseau, cet incident met en lumière la fragilité systémique des infrastructures énergétiques en contexte de menace.
Anatomie d’une panne majeure : deux points d’attaque, un réseau déséquilibré
L’attaque s’est déployée en deux temps : un premier incendie volontaire a été déclenché dans la nuit du 23 au 24 mai sur le poste électrique de Tanneron, situé dans le Var, alimentant une large zone résidentielle. Quelques heures plus tard, vers 10h02, un pylône de la ligne 225 kV reliant Nice à Cannes a été sectionné à Villeneuve-Loubet. Selon RTE, trois des quatre piliers du pylône ont été sciés à la base, provoquant une rupture nette du transit électrique entre les nœuds de distribution régionaux.
Résultat immédiat : un effondrement partiel de la tension sur le réseau local, forçant les protections à déclencher automatiquement des coupures pour éviter un effet domino. Enedis a procédé à des délestages d’urgence, le temps de rétablir progressivement les lignes grâce à des reroutages temporaires.
160 000 foyers privés d’alimentation : gestion d’une crise sous tension
Entre 10h et 17h, 160 000 foyers ont subi une panne d’électricité sur le littoral. Plusieurs zones critiques ont été affectées : hôpitaux, gares, commerces alimentaires, systèmes de transport urbain. À Cannes, le Palais des Festivals a basculé sur ses générateurs de secours pour assurer la continuité de ses événements. Dans certains quartiers, les interventions des pompiers se sont multipliées, notamment pour débloquer des ascenseurs et rétablir des alimentations vitales.
RTE et Enedis ont collaboré en urgence pour sécuriser la zone de Villeneuve-Loubet, stabiliser les lignes adjacentes et éviter tout emballement du système. Pour mettre fin à la panne, le réseau a été réalimenté en plusieurs étapes, d’abord sur les boucles secondaires, puis sur les lignes principales reconfigurées.
Sécurité des infrastructures : une vulnérabilité désormais centrale
Le caractère « physique » de cette attaque rappelle une vérité souvent négligée : la robustesse du système électrique ne dépend pas seulement de ses performances numériques ou de sa gestion algorithmique, mais aussi de sa protection structurelle. Les lignes à haute tension, les transformateurs et les postes source, souvent situés en milieu semi-urbain ou forestier, restent exposés à des intrusions extérieures difficiles à détecter sans surveillance permanente.
RTE a confirmé que des discussions sont en cours pour équiper certains tronçons sensibles de dispositifs de surveillance automatisée : capteurs de vibration sur pylônes, alertes sur variation de contrainte structurelle, et surveillance drone en rotation. Du côté d’Enedis, la priorité est donnée à la redondance territoriale, avec des boucles électriques alternatives pour limiter les effets d’une rupture sur un maillon critique et les nouvelles pannes d’électricité.
Capacité de redémarrage, temps de rétablissement et résilience territoriale
La panne d’électricité du 24 mai a également permis de tester en conditions réelles la capacité du réseau à relancer rapidement l’alimentation. Les équipes de terrain, mobilisées dans l’urgence, ont réussi à réalimenter la majorité des foyers en moins de sept heures, grâce à des reroutages via les lignes du nord du département et à des postes de secours activés manuellement.
Cette rapidité de réponse s’appuie sur une connaissance fine des flux et sur la digitalisation des postes enclenchée depuis 2021. Néanmoins, plusieurs spécialistes alertent sur la nécessité d’étendre ces capacités à l’échelle départementale, notamment dans les zones à forte densité touristique ou industrielle.
Ce sabotage démontre une chose : une infrastructure énergétique peut être solide, interconnectée et modernisée, elle n’en reste pas moins vulnérable à une attaque physique bien ciblée. Si le système a tenu, c’est grâce à une coordination efficace des acteurs de terrain et à la modularité du réseau. Mais il ne s’agit pas d’un test anodin. Pour les gestionnaires d’énergie, cette panne est une alerte : la sécurité des flux doit désormais intégrer, au même niveau que la performance, la protection structurelle des équipements.





