Pour Jean-Marc Jancovici, fermer Fessenheim « n’est pas écologique »

Pour Jean-Marc Jancovici, fermer Fessenheim « n’est pas écologique »

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Le spécialiste de la décarbonation de l’économie Jean-Marc Jancovici revient, dans un entretien accordé ce mardi 3 mars 2020 à Marianne, sur la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et, plus globalement, sur le choix français de réduire la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité. Pour lui, ce choix n’est en rien écologique, l’énergie nucléaire étant celle qui a l’impact le plus faible sur l’environnement.

Le nucléaire, une énergie « plus respectueuse que toutes les autres modalités concurrentes » ?

Le choix stratégique de la France, sanctifié par la dernière PPE, de baisser la part du nucléaire à 50% de la production électrique (contre plus de 70% aujourd’hui), et dont la fermeture de la centrale de Fessenheim constitue le premier jalon, continue de faire couler beaucoup d’encre.

Ce mardi 3 mars 2020, c’est le chercheur Jean-Marc Jancovici, spécialiste de la décarbonation de l’économie, qui a rappelé, dans un long entretien accordé à Marianne, les grandes lignes sa position d’écologiste pro-nucléaire.

Il affirme notamment que la décision de fermer Fessenheim « n’est pas écologique, en ce sens qu’elle n’est pas globalement favorable à l’environnement ». Il expose ainsi que le nucléaire « est une modalité de production de l’électricité qui est, sur à peu près tous les critères factuels, plus respectueuse que toutes les autres modalités concurrentes ».

Il évoque trois critères principaux. Le plus important est celui de la pression sur l’environnement. Il rappelle ainsi que l’énergie nucléaire émet très peu de gaz à effet de serre. D’abord parce que la réaction nucléaire n’en émet aucun ; ensuite parce que le nucléaire produit beaucoup d’énergie par unité de masse.

« Certes il faut des engins de mine pour extraire le minerai, du béton pour la centrale, et de l’énergie pour enrichir l’uranium ou traiter les déchets, mais comme tout cela s’applique à des très petits poids, à l’arrivée les quantités de Co2 engendrées (sur toute la chaine) par kWh électrique sont très basses » expose ainsi Jean-Marc Jancovici.

6 grammes de CO2 par kWh électrique produit

Il rappelle les chiffres de l’Ademe : le nucléaire produit 6 grammes de CO2 par kWh électrique. Contre 10 grammes pour l’éolien, 50 grammes pour le photovoltaïque, entre 50 et 200 grammes pour les technologies de stockage nécessaires pour augmenter la part de ces énergies non pilotables dans le mix électrique, 400 grammes pour une centrale à gaz moderne, 800 grammes pour une centrale à charbon moderne, 1 000 grammes pour une centrale à charbon moyenne du parc installé. « Si l’on parle climat, le nucléaire bat tout le reste », conclue Jean-Marc Jancovici.

Il évoque ensuite le critère de l’espace occupé au sol, pour lequel, « le nucléaire, grâce à sa très grande concentration énergétique, bat tous les autres modèles énergétiques. J’ai fait un rapide calcul : en utilisant du solaire, il faut environ 500 fois l’espace du nucléaire pour produire la même quantité d’électricité à la fin de l’année », détaille le chercheur.

Le dernier critère est celui de la dangerosité. Il compare alors le nucléaire à l’hydro-électricité (où les accidents ont provoqués, comparativement, beaucoup plus de morts que les incidents nucléaires) et aux combustibles fossiles, qui tuent à petit feu des milliers d’humains chaque année et provoquent des changements climatiques aux conséquences désastreuses.

Il estime enfin que, concernant les déchets radioactifs, ils sont « un tout petit problème, au surplus gérable, dans la grande collection de nuisances à laquelle nous devons désormais faire face ».

En clair : il ne remet pas en cause les problèmes qu’engendre le nucléaire, mais les estime beaucoup moins dommageables que ceux des autres énergies : « à quantité d’électricité donnée, en diminuant la part du charbon et du gaz, on abaisse le risque global pour l’avenir, tandis que lorsqu’on abaisse la part de nucléaire, on l’augmente plutôt », conclue Jean-Marc Jancovici.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Et pour de nombreuses équipes scientifiques indépendantes et de vrais chercheurs, pas simplement des consultants et des modélisations pointues, affinées, confirmées etc pas des calculs médiatiques souvent trop rapides et maintes fois republiés avec des erreurs amenant volontairement ou non à des confusions, les renouvelables sont plus intéressantes à plus d’un titre sans nous lier très durablement à des risques et évolutions jusqu’à présent non pris en compte et des déchets dont les solutions économiques et techniques de traitements ne sont pas encore satisfaisantes. Il en est de même pour les coûts à venir analysés également par divers organismes financiers spécialisés dont l’indépendance n’a pas lieu d’être mise en cause.

    Parmi bien d’autres :

    https://www.cell.com/one-earth/fulltext/S2590-3322(19)30225-8?_returnURL=https%3A%2F%2Flinkinghub.elsevier.com%2Fretrieve%2Fpii%2FS2590332219302258%3Fshowall%3Dtrue

    En outre ces éternels débats rendus volontairement binaires par un secteur énergétique déjà en place et qui datent déjà depuis près de deux décennie nous font perdre un temps considérable alors il y a une multitude d’approches et d’innovations essentielles en cours. En outre se présenter comme “écologiste pro-nucléaire” et prétendre par ailleurs être “chercheur” est un à priori qui a quelque chose d’incompatible avec l’attitude du chercheur qui doit faire des travaux et constats en toute indépendance.

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  • fermer une centrale , pur des raisons seulement idéologiques peut encore se comprendre , à la rigueur , mais en faire le démantellement est de très loin l’idée la plus stupide qui soit ,. car , enfin , sitôt vidée de son combustible , elle ne présente plus aucun danger , il suffit d’attendre ; alors que commencer à lad construire c’est mettre le doigt dans des difficultés très couteuses et très risquées . Où est la raison dans tout cela , sinon le désir de disqualifier les décisions de nos ainés et foutre un joyeux bordel ;

    Répondre
  • Jancovici :
    Il évoque trois critères principaux. Le plus important est celui de la pression sur l’environnement. Il rappelle ainsi que l’énergie nucléaire émet très peu de gaz à effet de serre. D’abord parce que la réaction nucléaire n’en émet aucun ; ensuite parce que le nucléaire produit beaucoup d’énergie par unité de masse. Et plus loin « le nucléaire, grâce à sa très grande concentration énergétique, bat tous les autres modèles énergétiques. »
    Reponse : Justement, c’est bien le problème. Pourquoi produire autant sous une forme concentrée alors que le besoin et diffus et faible en chacun de ses points. Cela oblige à créer un gigantesque mécanisme entre producteur et consommateurs avec des problèmes de transports et de division de puissance inutile si production et consommation sont proches avec des puissances en adéquation entre les deux.
    Jancovici :
    mais comme tout cela s’applique à des très petits poids, à l’arrivée les quantités de Co2 engendrées (sur toute la chaine) par kWh électrique sont très basses
    Réponse : Non, vous avez le problème inverse du précédent, l’uranium est diffus dans les minerais et vous devez selon la nature du minerai uranifère traiter entre 1 et 2 tonnes de minerai pour sortir 500 Gr de yellow cake qu’il faudra encore purifier et traiter pour obtenir quelques grammes d’uranium….. ensuite on boucle avec le problème vu plus haut. Le schéma c’est diffus->concentration-> diffusion
    Jancovici :
    Il rappelle les chiffres de l’Ademe : le nucléaire produit 6 grammes de CO2 par kWh électrique. Contre 10 grammes pour l’éolien,
    Réponse : Dans un classement de l’ADEME moi j’ai vu nucléaire 11, et éolien 10 (au moins sur ce dernier on est d’accord). Mais de toutes les façons c’est le même ordre de grandeur, 6 ou 11…. !
    Jancovici :
    « à quantité d’électricité donnée, en diminuant la part du charbon et du gaz, on abaisse le risque global pour l’avenir, tandis que lorsqu’on abaisse la part de nucléaire, on l’augmente plutôt »
    Reponse : oui, sans doute, mais on est pas obligé de mettre du charbon ou du gaz à la place du nucléaire, on peut y mettre du Soleil ou du vent.
    Maintenant, je trouve que la fermeture de Fessenheim est prématurée, on, aurait pu planter quelques milliers d’éoliennes de plus avant.

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