Transition énergétique : les majors du pétrole à l’heure de la diversification

Transition énergétique : les géants pétroliers à l’heure de la diversification

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A l’instar du groupe français Total, qui vient de mettre la main sur Direct Energie, le principal fournisseur alternatif d’électricité et de gaz en France, la grande majorité des groupes pétroliers internationaux ont entamé leur diversification. Le respect des objectifs climatiques et les nouveaux usages de l’électricité les incitent désormais à miser davantage sur les filières renouvelables et à concentrer leur attention sur une demande d’électricité plus dynamique que celle de l’énergie de manière générale.

Des énergies renouvelables plus attractives

Les énergies renouvelables, en pleine croissance depuis plusieurs années, bénéficient désormais des faveurs des grands acteurs du secteur pétrolier. Plus compétitives grâce à des coûts de production en forte diminution, elles offrent une nouvelle alternative économiquement valable et éthiquement plus responsable compte tenu de la menace du changement climatique qui pèse sur nos sociétés et de l’essor des nouveaux usages de l’électricité (les véhicules électriques par exemple).

Ces intérêts écologiques et économiques laissent en effet entrevoir de fortes perspectives de profits pour des compagnies pétrolières à la recherche d’un second souffle (après plusieurs années de cours du pétrole en berne), et les poussent à se diversifier. Il y a « une tendance croissante des majors pétrolières à chercher à investir dans le secteur de l’électricité – dans la production et la commercialisation. C’est une mesure défensive face à la pression croissante sur les énergies fossiles », explique à l’AFP Glenn Rickson, analyste chez S&P Global Platts.

Une tendance globale à la diversification des géants pétroliers

Les géants pétroliers tentent donc de se diversifier en cédant des actifs non stratégiques et en multipliant les investissements dans les filières renouvelables prometteuses. Le groupe Total par exemple, a décidé depuis plusieurs années maintenant de diversifier son activité dans le secteur des énergies renouvelables et la production d’électricité. Il a décidé de consacrer au moins 500 millions d’euros par an dans les énergies alternatives au gaz et au pétrole, et a annoncé récemment l’acquisition du groupe Direct Energie, fournisseur alternatif d’énergie en France, pour 1,4 milliard d’euros. Total avait déjà racheté le belge Lampiris (troisième fournisseur du marché résidentiel belge de gaz naturel et d’électricité verte) en juin 2016, lancé en octobre 2017 Total Spring, une première offre en son nom propre, et pris une participation dans le producteur d’énergie renouvelable EREN RE en septembre 2017.

Mais le groupe français est loin d’être le seul sur ce marché et de nombreux pétroliers se ruent désormais sur l’or vert. L’énergéticien ENI a confirmé ces dernières années sa nouvelle stratégie en matière d’énergies renouvelables et détaillé les dessous d’un modèle unique d’intégration entre son activité traditionnelle dans les énergies fossiles, et la production d’énergies vertes. Le groupe italien, qui fournit déjà du gaz et de l’électricité aux particuliers en France, prévoit notamment d’investir un milliard d’euros en trois ans dans les énergies renouvelables via le lancement de projets solaires en Italie, en Egypte et au Pakistan. De leur côté, les groupes Shell, BP et Statoil ont tous annoncé de grandes ambitions dans le secteur éolien, tandis que l’américain Chevron mise sur les biocarburants. Royal Dutch Shell a annoncé en décembre 2017 l’acquisition de la compagnie britannique d’électricité et de gaz First Utility, qui compte 825.000 ménages clients au Royaume-Uni. Le groupe norvégien Statoil (rebaptisé Equinor pour supprimer toute référence au pétrole dans son nom) est devenu un des principaux acteurs de l’éolien en mer, tandis que le britannique BP a pris en 2017 une participation dans le spécialiste du solaire Lightsource.

Le choix d’une intégration verticale favorable à la production gazière

Ces nouvelles stratégies d’investissement rejoignent dans la pratique celles mises en oeuvre dans la filière gazière il y a quelques années. A l’époque, le fort développement des majors pétrolières dans le gaz, dont l’utilisation est moins polluante que celle du pétrole, paraissait évident compte tenu des similarités entre ces deux cœurs de métier, et les groupes pétroliers souhaite désormais y maîtriser toutes les étapes de la chaîne, de la production à la commercialisation directe aux clients finaux, favorisant ainsi une intégration verticale que l’on retrouvait déjà dans le pétrole (de la plateforme en mer jusqu’à la station-service).

Au-delà de la production d’électricité renouvelable, devenir fournisseurs d’électricité est donc aussi le moyen d’offrir suffisamment de débouchés à leur production gazière. « Les majors peuvent se dire qu’une augmentation de l’intégration verticale avec des acquisitions dans l’électricité est le meilleur moyen d’assurer un débouché de long-terme pour leur production », poursuit Glenn Rickson. « Nous voulons faire dans le gaz comme on a fait dans le pétrole, en étant intégré tout le long de la chaîne, en n’étant pas seulement producteur. On n’a pas vocation à devenir EDF… par contre on a vocation à faire de l’électricité sur la base du gaz parce qu’on est l’un des plus grands producteurs et commerciaux de gaz au monde, et deuxièmement sur la base des renouvelables », explique de son côté Patrick Pouyanné, PDG de Total. Précisons qu’en rachetant Direct Energie, le groupe Total a fait également l’acquisition de deux centrales électriques au gaz et d’une troisième en construction.

Crédits photo : AIE

Rédigé par : La Rédaction

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