Energie thermique des mers : la Martinique suspend le projet NEMO

Energie thermique des mers : la Martinique suspend le projet NEMO

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Si l’énergie thermique des mers (ETM) est considérée comme une source d’énergie d’avenir dans les zones tropicales du monde entier, le seul projet français en cours actuellement, conduit en Martinique par les groupes Naval Energies et Akuo Energy, vient de subir un sérieux coup d’arrêt. Le groupe majoritaire à l’Assemblée de Martinique a voté les 3 et 4 avril 2018, une motion en défaveur de la poursuite du projet en raison de son coût, de sa faible production potentielle et de son risque environnemental. Explications.

L’énergie thermique des mers, une énergie adaptée aux territoires insulaires

L’énergie thermique des mers (ETM) est une énergie renouvelable qui exploite la différence de température des eaux de surface et des eaux de profondeur en zone tropicale pour produire de l’électricité. Ce différentiel de température compris entre 25 degrés pour les eaux de surface chauffées par le soleil et autour de 5 degrés pour les eaux à plus de 1000 mètres de profondeur, agit alors sur une machine thermique contenant de l’ammoniaque et dont l’évaporation active une turbine produisant de l’électricité.

Utilisant la chaleur naturelle de l’eau pour produire de l’électricité, cette technologie permet donc une production en continue. La production d’électricité via l’ETM est stable dans le temps et peut fonctionner 24 heures sur 24 sans aucune interruption ce qui en fait une énergie de base possible en remplacement des énergies fossiles très utilisées dans les régions insulaires. D’autre part, cette technologie ne provoque aucune nuisance sonore, olfactive ou visuelle et est donc inoffensive pour les espèces animales à proximité. Une centrale ETM produirait 100 fois moins de CO2 qu’une centrale thermique classique et se caractérise donc par un très faible impact environnemental.

NEMO, un projet unique en France

Perçues comme une alternative aux énergies fossiles encore massivement utilisées sur les zones isolées non connectées aux réseaux électriques continentaux, les centrales ETM pourraient donc répondre de manière efficace aux besoins croissants des territoires situés dans les tropiques et leur garantir une autonomie énergétique. C’est en tous cas ce qu’espère le constructeur français Naval Energies qui travaille sur cette technologie depuis 2008 dans le cadre d’un premier prototype construit à terre sur l’île de La Réunion, et mène depuis 2014 le premier projet français en la matière.

Baptisé NEMO, ce projet vise à construire en Martinique une première centrale électrique offshore fonctionnant grâce à l’énergie thermique des mers (ETM) de 10,7 MW, capable d’alimenter 35.000 foyers et d’éviter ainsi le rejet dans l’atmosphère de 80 000 tonnes de CO2 par an. Son implantation au large de la commune de Bellefontaine réunit toutes les conditions pour que le projet soit un succès (zone tropicale avec eau chaude en surface, et présence d’une importante fosse marine à proximité de la côte) et NEMO devrait être le premier projet de production d’énergie thermique des mers à entrer en production commerciale, avec une mise en service prévue à l’horizon 2022.

Difficultés techniques et risques environnementaux, les raisons du gel

Problème, ce projet est aujourd’hui bien loin de constituer la vitrine technologique tant espérée pour le territoire martiniquais et sa réalisation concrète en est menacée. Le groupe majoritaire à l’Assemblée de Martinique a voté une motion en sa défaveur lors de la plénière des 3 et 4 avril 2018, et dénonce par ce biais le coût du projet (estimé à plus de 450 millions d’euros), sa faible production, et le risque environnemental que fait peser le stockage de près de 300 tonnes d’ammoniaque à proximité.

Mais au-delà de la présence d’ammoniaque (indispensable dans le procédé de transformation en électricité) qui inquiète effectivement les élus locaux, ce gel serait lié principalement aux difficultés techniques rencontrées par les porteurs du projet, Akuo Energy et Naval Energies « pour développer un système fiable de pompage d’eau en grande profondeur ». Interrogé par le média « Mer et Marine », le président de Naval Energies, Laurent Schneider-Manoury reconnaît ces difficultés mais refuse d’évoquer un éventuel abandon du projet. S’il ne lui est pas possible de s’engager désormais sur un calendrier précis pour la mise en service de projet NEMO, il recherche à l’heure actuelle les financements nécessaires pour poursuivre les recherches et optimiser ce dispositif.

De son côté, la société Akuo Energy semble beaucoup moins optimiste. Dans un communiqué publié mardi 10 avril 2018 en réaction à la décision de l’Assemblée de Martinique, le groupe français spécialisé dans les énergies renouvelables, impute lui aussi « le gel du projet Nemo d’énergie Thermique des Mers » prévu au large de Bellefontaine à des « difficultés techniques liées à la conduite principale d’aspiration d’eau froide », et précise que ce gel conduira mécaniquement à « un décalage important du projet dans un délai qui reste encore à définir ».

Crédits photo : DCNS Energies

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • On a semble-t-il oublié que Georges Claude avait bien avant la dernière guerre, essayé d’utiliser l’énergie thermique des mers pour produire de l’énergie, dans le golfe de Guinée, et qu’il avait abandonné devant les difficultés techniques rencontrées et le coût d’une telle installation.

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  • Jules Vernes évoquait pour la 1ere fois l’énergie thermique des océans dans 20.000 lieues sous les mers, même si l’idée initiale ne vient probablement pas de lui et est encore antérieure.

    Pour augmenter les capacités il faut des diamètres de pompage de plusieurs mètres. Le bilan global est assez modeste. Par contre on peut nettement améliorer en couplant tous les usages annexes : dessalinisation, irrigation, chaud et froid, aquaculture, biomasse marine etc

    Si on pouvait filtrer les micro-particules de plastiques des océans par la même occasion ce ne serait pas du luxe !

    Ce site parmi d’autres publie un rapport annuel et évoque les politiques des nombreux pays concernés :

    https://report2017.ocean-energy-systems.org/

    .

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  • Mobiliser autant de ressources naturelles pour aussi peu de résultats, quel gâchis ! C’est un aspect peu évoqué lorsque l’on parle d’exploitation d’énergies renouvelables. On devrait chiffrer un peu plus souvent les tonnes de matériaux nécessaires pour produire un GWh ou TWh d’électricité et comparer, en toute connaissance de cause, les diverses solutions à mettre en œuvre. Ce serait la moindre des choses.

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  • @ Dan : Tonnes de matériaux nécessaires dans l’OTEC ???

    C’est pour beaucoup l’ERoEI qui prévaut dès lors que les matières premières pour les renouvelables sont recyclables la plupart du temps de manière pas illimitée permanente sans nouveaux apports au fil du temps (oxydations etc) mais à un niveau hyper élevé. On ne peut pas en dire autant du nucléaire qui utilise généralement moins de ressources par énergie produite mais qui n’est que peu recyclable et pour une part va nous laisser des millions de tonnes de béton contaminé dont on ne sait toujours que faire et qui ne pourront être raisonnablement transportés et d’autre part des déchets de haute activité dangereux pour des centaines de milliers d’années, différents aspects qu’a encore récemment rappelé l’ASN devant une commission parlementaire.

    Comme dans beaucoup de domaines il y a tout intérêt pour les renouvelables à limiter les ressources et à les substituer quand nécessaire pour une optimisation des coûts.

    Intégrer du solaire en toiture, façades, vitrages, par exemple a tout son intérêt puisqu’il se substitue aux matériaux habituels des toitures, façades et vitrages tout en produisant de l’énergie locale et en étant recyclable.

    Comparé à d’autres domaines comme le bâtiment, certaines infrastructures etc, ce n’est pas là où il y a le plus de gaspillages compte tenu en plus des apports énergétiques et réduction des émissions et de leurs impacts, en plus d’aller de pair avec l’efficacité énergétique.

    Un livre est paru l’an dernier sur l’utilisation des ressources par les renouvelables et comme le sujet est complexe et que le journaliste n’était pas spécialisé, il s’est fait retoqué sur pas mal de points qui étaient erronés ou pas à jour, même s’il soulevait quelques bonnes questions qu’il y a lieu d’améliorer mais qui ne concernent pas que les renouvelables, loin s’en faut, mais entre autres tous les secteurs de l’électronique, téléphonie, informatique etc.

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