Data et énergie : une matrice pour la transition écologique

Data et énergie : une matrice pour la transition écologique

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Encore bien représentées au Consumer Electronic Show 2018, les entreprises françaises du secteur de l’énergie mettent en avant leur expertise dans la gestion des données. L’occasion de revenir sur la récente création de l’agence des Opérateurs de Réseaux de l’Energie qui s’inscrit dans la logique open data, promue par la loi pour la République numérique…

La data : l’or noir du XXIème siècle, vecteur d’efficacité énergétique

A Las Vegas, du 9 au 12 janvier 2018, les entreprises françaises avaient rendez-vous au plus grand salon technologique du monde : le Consumer Electronic Show. L’occasion notamment pour Enedis et l’institut List du CEA Tech, à la pointe sur « le contrôle optimisé de systèmes énergétiques hétérogènes et multi-distribués », de présenter leurs innovations open data, en présence du secrétaire d’Etat au numérique, Mounir Mahjoubi. Pour certains, derrière ce mot en vogue se cache rien de moins que le nouveau carburant de la prochaine révolution industrielle. En effet, l’open data ou littéralement « l’information publique brute » peut être comparée au pétrole ! D’abord, les nouveaux trusts de l’économie mondiale, communément désignés par l’acronyme GAFA, tentent de la prélever ou de la collecter partout où ils peuvent et l’exploitent autant que possible ! De plus, une fois raffinée ou analysée elle peut servir à de très nombreux usages et représente par conséquent une manne financière quasi intarissable… Saviez-vous qu’en 2011, la capitalisation boursière d’Apple venait de dépasser celle d’Exxonmobil ?  Aujourd’hui elle représente le double de celle de l’héritière de la Standard Oil…

Pour le secteur de l’énergie en particulier, l’Assemblée Nationale a  posé les termes du débat le 14 décembre 2017, lors d’une table-ronde consacrée aux opportunités offertes par la valorisation des données transmises par les compteurs communicants, Linky et Gazpar. Jusqu’à présent, notre société numérique conserve « une très grande opacité générale sur les conditions de collecte et de traitement des données » a ainsi commencé par rappeler Sophie Nerbonne de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Aussi, le président d’Interpoles Smart Grids French Cluster, Gérard Le Bihan, estime qu’« il faut [à présent] définir un vrai service public de la donnée de l’énergie ». Car selon lui, l’effectivité des smartgrids ne sera possible qu’à la condition sine qua none de pouvoir collecter des informations tant en amont qu’en aval, c’est-à-dire aussi bien les données des producteurs que celles des consommateurs. C’est dans cette optique assure-t-il, qu’une Plateforme Régionale d’Innovation pour les Données d’Energie (PRIDE) est actuellement testée grâce aux financements de l’Ademe.

Concrètement, PRIDE est développée avec la technologie ouverte FIWARE par 10 partenaires qui collaborent sur le projet : Pôle Images et Réseau (Chef de file), CEA-LIST, Cityzen data, Forcity platform, Orange, Trialog, Enedis, RTE, GRT Gaz, GRDF. Interrogé en août 2017, le chef de projet PRIDE chez Images & Réseaux, Bertrand Yeurc’h, précisait : « PRIDE va répondre au besoin de collecte des données des projets et des réseaux en déroulant des algorithmes contribuant à la gestion de l’énergie. (…) PRIDE prévoit de synthétiser et standardiser en un endroit unique les informations disponibles des sous-projets déployés afin de démontrer et d’analyser l’efficacité du déploiement vis-à-vis des objectifs de maitrise des consommations électriques ».

Service public en open data, un eco-système pour piloter la transition écologique

De même, la direction numérique d’Enedis travaille de son côté avec la start-up open data Soft à l’élaboration d’une plateforme à destination des collectivités. EDF a également initié une démarche open data, notamment dans les territoires insulaires, souvent considérés comme des vitrines de la transition énergétique. Plusieurs plateformes sont désormais accessibles permettant entre autres de suivre en temps réel l’évolution de la courbe de charge de la production d’électricité. Parallèlement, avec l’incubateur EDF Nouveaux Business, le groupe va financer 10 start-up à hauteur de 40 millions d’euros. Présenté comme la première réussite de cette initiative, la société Agregio a été intégrée à l’entreprise de service public. Pour simplifier, cette filiale s’appuie sur une expertise des marchés de l’énergie, ainsi que sur une bonne connaissance des méthodes et algorithmes de prévision, afin de proposer une plateforme « d’optimisation locale dans le cadre de projets régionaux pour optimiser la production et la consommation sur un territoire ».

Pour tirer les premiers enseignements de ces expériences, l’Ademe vient justement de publier un état des lieux sur l’utilisation des données énergétiques territoriales pour la planification et l’action énergie-climat. Dans ce document de 4 pages, on y apprend notamment que « les Agences Régionales de l’Energie (ARE) et les Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l’air (AASQA) ont développé des outils de modélisation des consommations énergétiques sectorielles (résidentiel, tertiaire, industrie, agriculture, transport) ». Pour comprendre comment l’exploitation des données par les ARE et les AASQA a été permise, il faut revenir sur les dispositions introduites par la loi de transition énergétique. D’abord le décret n° 2016-972 du 18 juillet 2016 « modifie les obligations de confidentialité des gestionnaires de réseau et des collectivités pour leur permettre de transmettre et diffuser ces données sans risque juridique ». De plus, l’arrêté du 18 juillet 2016 « précise les modalités de transmission, le format des fichiers et le calendrier des transmissions ». Enfin, l’arrêté du 7 juillet 2016 « détaille les informations rendues publiques sur les installations de production et de stockage d’électricité dans le registre national ». C’est pourquoi, afin de faciliter la transition énergétique et le traitement des données énergétiques nouvellement accessibles, les distributeurs d’électricité et de gaz ont décidé de s’associer et de créer l’Agence ORE.

A l’échelle nationale, la plateforme Open Data Réseaux Énergies, regroupait jusqu’à présent une série de jeux de données sur la production, la consommation et le stockage de gaz et d’électricité, initiée par les gestionnaires de réseaux de transport d’électricité et de gaz. Désormais, l’agence ORE aura non seulement pour mission de consolider ce répertoire d’informations sous licence Etalab, mais aussi « de faciliter les démarches des acteurs du système énergétique dans les nouveaux mécanismes de marché ainsi que des acteurs publics et privés notamment dans l’accès aux données nécessaires au pilotage de leurs actions au service de l’efficacité énergétique, un des enjeux du Plan Climat ». Pour cela, 7 agents sont exclusivement dédiés au fonctionnement de l’Agence qui regroupe derrière un guichet unique l’expertise de plus de 170 acteurs de la distribution d’énergie.

Au niveau européen, le projet Smart Energy Aware Systems (SEAS) – coordonné par Engie – cherche également à exploiter les données du secteur de l’énergie afin d’optimiser les ressources disponibles. Pour Guillaume Habault, chercheur en sciences de l’information à Institut Mines Télécoms Atlantique, « l’idéal est de pouvoir informer le réseau par tranche d’environ une heure : c’est une durée qui évite d’avoir des informations trop précises sur les consommations des usagers, tout en pouvant anticiper les cas de sur- ou de sous-consommation ». Pour mieux comprendre le fonctionnement de ces nouveaux outils, le responsable du développement du modèle de connaissances du projet SEAS précise : « nous avons utilisé les principes et formalismes du web sémantique pour fournir aux machines le vocabulaire qui leur permet de ‘discuter énergie’, d’utiliser des données ouvertes existantes par ailleurs sur le Web, ou de faire appel à des algorithmes d’optimisation innovants exposés sur le Web ». Avec ce foisonnement de projet, on s’aperçoit plus que jamais de l’importance de parvenir à effectuer des synergies entre les acteurs de la transition écologique, l’agence ORE y contribue activement…

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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