La centrale nucléaire flottante : nouveau rêve chinois

La centrale nucléaire flottante : nouveau rêve chinois

A quoi ressembleront les centrales nucléaires dans cinquante ans ? Aujourd’hui, les ingénieurs spécialisés dans l’énergie nucléaire envisagent de nombreuses pistes pour continuer à faire vivre l’énergie nucléaire. Et si les mini-centrales nucléaires sont une piste privilégiée par plusieurs pays, la Chine a décidé d’opter pour un projet plus original et plus ambitieux : une centrale nucléaire flottante. Le projet, déjà commencé, devrait voir le jour dès 2020.

Le défi d’un parc nucléaire flottant

Afin de faire face à sa croissance et aux besoins de sa population, la Chine s’est lancée dans un vaste chantier visant à augmenter rapidement sa production d’énergie domestique. Et si le gouvernement a beaucoup investi sur le développement des énergies renouvelables du fait des nombreux problèmes de pollution qui freinent le développement industriel du pays, il a également voulu mettre en place un projet de développement du parc nucléaire. Pour l’année 2017, le nucléaire ne représente que 2% de la production d’électricité chinoise ; le gouvernement veut augmenter cette part pour atteindre les 6% d’ici 2020. Pour réussir ce pari du nucléaire, le pays va devoir augmenter rapidement le nombre de centrales nucléaires dont il dispose : pour l’instant, la Chine possède 37 réacteurs nucléaires qui représentent 32,4 GW de puissance et 20 nouveaux réacteurs sont en construction ce qui permettrait de passer la barre des 50 GW de puissance nucléaire. Mais pour développer ce futur parc nucléaire, la Chine a dû prendre en considération la répartition très peu équilibrée de sa population et de son industrie sur le territoire. L’essentiel des besoins électriques provient de la côte sud-est du pays, là où ont déjà été construites les précédentes centrales nucléaires. Et puisque le développement du parc nucléaire est compliqué sur terre faute de place, la Chine a décidé de se tourner vers l’océan en construisant le premier parc  nucléaire flottant au monde.

La 1ère centrale nucléaire flottante du monde

Techniquement, il est tout à fait possible d’installer un réacteur nucléaire sur une plateforme marine. Il suffit de construire une plateforme assez grande et assez sécurisée, raccordée à un réseau électrique, sur le même modèle que les plateformes d’exploitation du pétrole ou du gaz en mer. Cette solution a déjà été utilisée par les Etats-Unis mais le projet développé par le gouvernement chinois est assez différent et beaucoup plus ambitieux que les plateformes nucléaires américaines. Ce que la Chine souhaite construire, c’est une véritable centrale nucléaire flottante, indépendante et capable d’être déplacée pour atteindre les zones qui ont besoin d’une couverture énergétique.

Pour réaliser ce projet, la Chine a commissionné deux entreprises qui planchent en parallèle sur un modèle commun de navire équipé d’un réacteur nucléaire marin. Pour l’instant, la seule différence notable entre les deux projets tient à la puissance affichée par leurs réacteurs respectifs : la China General Nuclear prévoit de doter son navire d’un réacteur ACPR 50S qui aurait une puissance de 200 MW. Pour le projet développé par la China Nationale Nuclear Corporation, le navire serait équipé d’un réacteur nucléaire ACP100S affichant une puissance de 450 MW. Mise à part cette différence de puissance, les deux projets prévoient le même principe : un cargo entièrement équipé et sécurisé pour embarquer un réacteur nucléaire marin. Du fait du faible espace disponible sur un navire, la puissance de ces réacteurs des mers demeurera limitée. En revanche, ce dispositif flottant permet de gagner en agilité : la centrale nucléaire flottante peut se déplacer sur les zones où on rencontre de grands besoins électriques. D’après les estimations des ingénieurs chinois, les stations nucléaires flottantes pourront être opérationnelles jusqu’à 1 500 miles des côtes chinoises. Les navires seront équipés afin de pouvoir se brancher facilement sur un réseau électrique et être opérationnels le plus rapidement possible.

Le nucléaire offshore : une vraie manne énergétique

Grâce au plan lancé en faveur du développement du parc nucléaire, la Chine peut espérer voir sa première centrale nucléaire flottante entrer en activité dès 2020. Et avant même qu’un seul de ces futures réacteurs marins ne soit mis en service, le gouvernement envisage déjà la construction d’une vingtaine de centrales nucléaires flottantes. Quelle est la raison d’un tel empressement ? L’activité pétrolière chinoise est plus florissante que jamais et le gouvernement prévoit de gros besoins énergétiques pour alimenter ses plateformes pétrolières et gazières offshore. L’idée est donc de construire une flotte de réacteurs nucléaires marins afin de les envoyer alimenter les plateformes pétrolières chinoises, ce qui permettrait de soutenir le développement des énergies fossiles sans pour autant mettre en péril la production d’électricité sur le territoire chinois. Dans le même temps, le recours à l’énergie nucléaire permettrait de diminuer les coûts d’extraction du pétrole : actuellement, les plateformes de forage chinoises sont alimentées en électricité grâce à des générateurs qui fonctionnent au diesel. Selon les estimations de Han Xiaoping, le directeur de la communication de l’agence China Energy Net Consulting, la production d’électricité revient à 2 yuans le kilowattheure avec le diesel alors qu’elle ne serait que de 0,9 yuans avec le nucléaire.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Conclusions rapides d’un rapport de Stanford sur les centrales nucléaires flottantes

    « Les principales préoccupations en matière de sécurité pour les installations flottantes sont centrées sur les risques d’accident nucléaire et de contamination radioactive subséquente. Lorsqu’il y a fusion et que le confinement primaire a été rompu, le combustible nucléaire peut s’échapper du cœur du réacteur vers l’environnement. Les problèmes de corrosion sont bien plus élevés sur l’océan qu’à terre. »

    « Sur terre, la chaleur élevée du carburant ferait fondre la terre environnante pour créer une sorte de chambre d’isolation. La contamination par le combustible radioactif serait localisée dans la région autour de la centrale. »

    « Si une fusion devait se produire au-dessus de l’océan, une contamination étendue de l’eau est probable. Par exemple, le cœur d’un réacteur pourrait fondre à travers la barge flottante dans l’eau située en contrebas, ou les dommages causés aux bateaux pourraient faire chavirer la centrale. »

    « La contamination océanique serait un problème mondial plutôt que local. La sécurité et la protection sont également limitées en haute mer, laissant les réacteurs vulnérables au terrorisme et aux conditions environnementales difficiles, telles que les tempêtes, tsunamis etc. »

    « Le positionnement à long terme d’une installation nucléaire flottante aura probablement une incidence sur la géographie et l’écologie marines environnantes. Les problèmes environnementaux anticipés comprennent des modifications des modèles de dépôt des sédiments dans les eaux adjacentes aux plantes, entraînant un envasement et une érosion anormale des rivages, des deltas et des plages. Le système de refroidissement de l’usine peut également affecter la croissance et l’équilibre de la flore et de la faune naturelles en éliminant de grandes quantités d’eau chauffée, ce qui altère la solubilité du gaz et la croissance bactérienne. L’équipement accessoire présente des défis similaires. Par exemple, de grands brise-lames pourraient se transformer en récifs artificiels et des kilomètres de lignes sous-marines pourraient perturber le fond marin. »

    Concernant l’actualité de la sécurité très relatives des centrales en Chine

    Une série d’incidents survenus dans des centrales nucléaires chinoises l’année dernière a suscité des inquiétudes quant à la sûreté de l’industrie en pleine croissance, surtout si l’on considère le bilan global du pays en matière de sûreté industrielle, ont déclaré des experts à RFA.

    D’ici 2020, la Chine sera le deuxième producteur d’énergie nucléaire après la France, avec 35 générateurs actuellement en service et 21 autres en projet.

    Mais en octobre dernier, la National Nuclear Safety Administration (CNNSA) a rendu publiques 16 défaillances de sûreté survenues dans les centrales nucléaires chinoises en 2016, toutes impliquant des erreurs commises par des membres du personnel.

    Au total, 16 erreurs et incidents ont eu lieu dans huit centrales nucléaires, dont celles de Ningde, Yangjiang, Fangchenggang et Tianwanhe.

    Six incidents concernaient des membres du personnel qui avaient enfreint les directives opérationnelles, et quatre ont été causés par un manque de communication interne.

    Plus inquiétant encore, six d’entre eux ont été causés par des membres du personnel qui  » appuyaient sur les mauvais boutons « , selon le rapport.

    Bien qu’aucune de ces erreurs ne semble avoir entraîné des fuites de matières radioactives, ni n’avoir constitué une menace pour le public, le rapport s’inscrit dans le contexte d’une litanie d’accidents industriels et de désastres en matière de santé et de sécurité publique survenus ces dernières années.

    Liens avec la culture politique

    Les experts affirment que le piètre dossier de la Chine en matière de sécurité publique a des racines à l’échelle du système et qu’il est étroitement lié à la culture politique du pays, ce qui signifie qu’un accident plus grave pourrait se produire à l’avenir.

    Dans un commentaire publié dans le quotidien populaire, le 14 novembre, l’expert nucléaire de l’Université de Pékin, Wang Jing, a déclaré qu’une partie du problème tient au fait que les fonctionnaires du département d’inspection de la sûreté nucléaire ont un rang inférieur à celui des fonctionnaires des entreprises nucléaires d’État qu’ils sont censés inspecter.

    L’ancien ingénieur de centrale nucléaire Liang Taiping a déclaré que l’incidence relativement élevée des incidents d’origine humaine dans l’industrie nucléaire chinoise est un produit du système politique.

    « Le système qui fonctionne actuellement en Chine… a créé toute une couche de personnel technique formé et soumis à d’énormes pressions », a déclaré Liang.

    « Cela signifie que peu de gens veulent se former dans les professions techniques; ils veulent tous être des fonctionnaires du parti, de sorte que les accidents et les dysfonctionnements sont plus susceptibles de se produire ».

    « De plus, les gens qui font vraiment le travail sont beaucoup moins bien payés que les fonctionnaires et les gestionnaires qui ne font pas ce qu’il faut ».

    « J’ai travaillé dans cette industrie pendant sept ans, et les techniciens de première ligne ont travaillé incroyablement dur, et ils sont très insatisfaits ».

    M. Liang a déclaré que la Chine ne fait que commencer à émerger d’une culture du secret absolu autour de son industrie nucléaire.

    « Toutes les entreprises de l’industrie nucléaire ont été désignées secrètes… et personne n’oserait parler librement ou publiquement de quoi que ce soit ».

    « Les centrales nucléaires ont une autorisation de sécurité très élevée, et elles doivent passer par une procédure de vérification de haut niveau tous les ans ».

    Préoccupations de transparence

    Jiang Ming, qui a une expérience antérieure de l’industrie nucléaire chinoise, a reconnu que la transparence est également un problème, car la Chine a traditionnellement traité toute information concernant ses centrales nucléaires comme hautement confidentielle.

    « Ce genre d’opération se déroule généralement à huis clos, en ce qui concerne le reste du monde », a déclaré M. Jiang à RFA.

    « La seule raison pour laquelle la National Nuclear Safety Administration a publié ces chiffres est la pression internationale qui s’exerce en coulisse ».

    « Et çà ne concerne pas seulement les centrales nucléaires; regardez l’explosion de Tianjin en 2015 et l’énorme camouflage qui s’en est suivi. »

    « La plupart des gens qui comprennent la sécurité et la gestion des risques l’auraient su, mais cela a-t-il été rendu public ? C’est comme ça que le système fonctionne. »

    M. Jiang a déclaré que les gestionnaires et les dirigeants locaux sont susceptibles de fermer les yeux lorsque les liens sont coupés, tant que le résultat net semble bon.

    « S’ils assument des responsabilités et commencent à traiter les problèmes, ils se heurtent à des réseaux encore plus vastes d’intérêts particuliers ».

    La Chine dispose d’une évaluation formelle des risques et de procédures de sécurité pour couvrir tous les incidents ou accidents possibles.

    Mais l’attitude générale à l’égard de la santé et de la sécurité semble être que de telles procédures ne servent qu’à des fins de démonstration et qu’un tel laxisme est courant dans tout le personnel.

    « Ces évaluations des risques et ces plans d’urgence sont établis conformément aux lignes directrices unifiées publiées par l’Agence internationale de l’énergie atomique ».

    « Mais j’ai été dans des entreprises chinoises où il n’ y a que des choses que tu colles au mur. »

    http://www.rfa.org/english/news/china/concerns-01092017121057.html

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    • En cas de dommages sur le réacteur et son risque de fusion, il serait possible de prévoir son évacuation sous forme de torpille vers des zones de boues de subduction du manteau océanique, là où les plaques océaniques disparaissent sous les continents !
      Un peu comme le système d’arrêt de fusion des centrales thorium/ sodium avec bouchon d’évacuation basse.
      https://safeearthsolutions.wordpress.com/elimination-des-dechets-nucleaires-sure-et-definitive-dans-le-magma/

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      • De toute façon, cette industrie dangereuse, difficilement maîtrisable humainement à cause de trop de paramètres à devoir tenir compte, demandera de l’I. A. de manière croissante pour en gérer les bons fonctionnements, et particulièrement en cas de panne !§!

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  • Sympa, curieux de voir ce que ça va donner. Par contre les puissances des centrales sont données en mégawatts électriques ou thermiques ? D’après les noms des réacteurs on dirait que c’est plutôt la seconde option.

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  • Toutes les installations marines sont soumises à des aléas plus importants que leurs homologues terrestres. Ceci dit, si un sous-marin nucléaire ou un porte-avion comme le Charles de Gaulle coule, on aurait le même problème, à savoir une contamination de type Fukushima. Quant aux pétroliers et plate formes d’exploitation pétrolière, leur naufrage n’est pas sans conséquence non plus. Donc de deux choses l’une. Soit il faut interdire toute installation off shore (y inclus les éoliennes) soit on peut penser que ceux qui investissent essayent de ne pas perdre d’argent et font ses efforts raisonnables pour sécuriser leurs installations.

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