Green New Deal et transition écologique : Hulot à la relance pour la planète ?

Green New Deal et transition écologique : Hulot à la relance pour la planète ?

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En cette fin de COP23, la trajectoire pour limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2°C semble de plus en plus difficile à atteindre. Volontariste, la France s’évertue pourtant à mettre en œuvre sa transition écologique, au moment où Nicolas Hulot prépare un Green New Deal…

Entre Keynes et Roosvelt, Hulot icône de la gauche libérale ?

A la tribune du Palais Bourbon, le ministre de la transition écologique annonce la préparation d’un « Green New Deal » ; c’est-à-dire « un pacte pour un nouveau modèle économique [dont] la France [dispose de] toutes les compétences (…) [dans] l’ensemble des secteurs : le transport, le bâtiment, l’industrie, la finance et les énergies renouvelables ». Cette décision communiquée le 31 octobre 2017, répond indirectement au rapport des Nations Unies du même jour, qui rappelle « qu’il est urgent d’accélérer l’action à court terme et de renforcer les ambitions nationales à long terme ».

En remettant l’effet multiplicateur de la dépense publique au coeur des politiques publiques, Nicolas Hulot s’inscrit dans une certaine tradition de la gauche. On note que parallèlement la maire de Paris, Anne Hidalgo, défendait au Comité des finances locales du 15 novembre,  l’importance de « l’effet de levier de l’investissement». A cet égard, il sera notamment intéressant de suivre la conférence organisée par la Fédération Nationale des Travaux Publics lors du Salon des Maires, le 22 novembre prochain : « Financer les infrastructures pour la Transition Écologique ».

Proposer un Green New Deal situe en effet l’ex-aventurier de TF1 dans la droite ligne des héros du socialisme libéral. Figure de proue du gouvernement, sa notoriété le place d’ailleurs en tête du tableau de bord politique d’Ifop-Paris Match avec 68% de bonnes opinions. Comme John Maynard Keynes dans sa lettre sur le New Deal adressée à Franklin Delano Roosevelt, on pourrait dire que Nicolas Hulot souhaite se faire le « mandataire de tous ceux qui, dans tous les pays, cherchent à mettre fin aux démons de notre condition par une expérience raisonnée, envisagée à l’intérieur de la structure du système social existant ».

L’électricité nucléaire, à l’origine de la troisième révolution industrielle ?

Dans son bilan prévisionnel, le Réseau de Transport d’Électricité (RTE) a publié 4 scénarios pour le mix électrique à l’horizon 2035 : Ampère, Hertz, Volt et Watt. Évoqués lors du conseil des ministres du 8 novembre, ils entérinent la fin des objectifs de la transition énergétique, version Ségolène Royal. Au forum énergie de l’Université Paris Dauphine, le secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu admet : « c’est facile de définir des objectifs, le plus difficile est de savoir comment nous allons les atteindre ».

Avec son livre, Or Noir, la grande histoire du pétrole, Matthieu Auzanneau revient plus en détail sur « la clef de voute du New Deal, le National Industrial Recovery Act (Congrès américain – 16 juin 1933) ». Dans cette perspective, il insiste sur le fait que c’est « l’énergie abondante nécessaire à la cuisson de quantités formidables de ciment, à l’acheminement de milliards de mètres cubes de béton et des dizaines de milliers d’ouvriers [qui] rend possible l’accomplissement du programme de grand travaux du New Deal ».

A présent, le gouvernement reconnaît explicitement qu’il sera difficile de réduire la part du nucléaire à l’horizon 2025, « sauf à relancer la production d’électricité à base d’énergies fossiles ». Qu’on s’en félicite ou pas, l’atome permet de répondre à l’équation énergétique du XXIème siècle, comme les hydrocarbures ont contribué à l’élévation de nos modes de vie au XXème siècle. Concrètement, l’électricité nucléaire permet en effet d’envisager la sauvegarde de notre écosystème et en même temps la numérisation de l’économie, ainsi que l’essor de la mobilité électrique.

La transition écologique va-t-elle donner le pouvoir aux territoires ?

Rendu possible grâce à de l’électricité décarbonée bon marché, ce Green New Deal devrait par ailleurs s’articuler avec l’élaboration des contrats de transition écologique. Une vingtaine d’entre eux seront présentés dès 2018 ; la philosophie générale du dispositif sera précisée lors de la prochaine Conférence des territoires. Invité aux 1ères rencontres territoriales de la 3e révolution industrielle, le bras droit de Nicolas Hulot s’est-il converti au keynésianisme ? En tout cas, aux côtés de Jérémy Rifkin et de Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, Sébastien Lecornu a pu voir à l’oeuvre des communautés semi-autonomes qui favorisent un amalgame de capitalisme privé et de socialisme d’Etat. Et de retour à Paris, il a confié à la commission développement durable de l’Assemblée Nationale vouloir « mobiliser toutes les forces de l’administration pour rassembler les financements privés et publics », en adoptant « une logique bottom-up qui parte des besoins des territoires ».

Ainsi explique-t-il, « les contrats vont emprunter des crédits de l’Etat dans le PLF », avant de citer en exemple les budgets des agences de l’eau, de l’agence de la biodiversité ou encore de l’Ademe, mais aussi un certain nombre des crédits à la main des préfets dont on pourrait « verdir les critères », comme la Dotation d’équipement des territoires ruraux, ou le Fonds National d’Aménagement et de Développement du Territoire, ou encore les financements du grand plan d’investissement. Petit bémol, en France les collectivités territoriales représentent 67% de l’investissement public, or l’exposé des motifs de l’article 16 du PLF 2018 demande « un effort partagé de maîtrise de la dépense publique sans reconduire la baisse de la DGF poursuivie entre 2014 et 2017 ».

Invitée du Grand Jury de RTL le 5 novembre dernier, Ségolène Royal a notamment relayé l’inquiétude de plusieurs élus locaux concernant la circulaire de Nicolas Hulot pour les projets des 560 Territoires à Énergie POSitive (TEPOS). Soucieux de rassurer tout le monde dans l’hémicycle, le Secrétaire d’Etat, Sébastien Lecornu a tenu à rappeler les chiffres lors des questions au gouvernement du 14 novembre. Selon lui, la Dame du Poitou devenue ambassadrice des pôles aurait engagé « 748 millions d’euros de projets avec seulement 400 millions d’euros de crédits de paiement validés » lorsqu’elle était au gouvernement. Néanmoins, a-t-il immédiatement précisé, « le ministre d’Etat Nicolas Hulot s’y est engagé, la parole de l’Etat sera tenue (…) Edouard Philippe, Premier ministre, a validé le fait de débloquer une enveloppe de 75 millions d’euros, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative, pour répondre aux premières urgences des projets engagés ».

 

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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