Réacteur nucléaire : à quoi sert la visite décennale ?

Réacteur nucléaire : à quoi sert la visite décennale ?

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Garantir le bon fonctionnement des 58 réacteurs répartis dans l’Hexagone impose à l’exploitant du parc national EDF la programmation d’arrêts de tranche réguliers afin de renouveler le combustible et de procéder à des opérations de contrôle et de maintenance. La visite décennale (VD) d’un réacteur constitue dans ce cadre l’étape majeure dans le cycle de vie d’une centrale nucléaire, et lui permet à l’issu d’un check-up complet validé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), de poursuivre ou non son exploitation pour les dix prochaines années. Explications.

Entre arrêt de tranche et contrôle de sureté

La visite décennale des réacteurs nucléaires est un arrêt de tranche (arrêt de la production pour changer une partie du combustible nucléaire) particulier effectué tous les dix ans, durant lequel des essais et tests spécifiques de grande ampleur sont réalisés sous le contrôle stricte de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cet examen périodique de sûreté permet notamment de réaliser un bilan réglementaire approfondi et de vérifier si le réacteur en question respecte bien les nouvelles normes en vigueur depuis la dernière visite décennale, et prend en compte les retours d’expérience du parc nucléaire mondial.

Dans la mesure du possible, les visites décennales, qui entraînent l’arrêt de la production du réacteur concerné pendant 90 jours, sont programmées pendant l’été, période durant laquelle la demande d’électricité est la plus faible. L’exploitant minimise ainsi leurs effets et s’assure de la disponibilité d’un nombre de réacteurs suffisant lors des périodes hivernales de forte consommation. Outre le remplacement du tiers du combustible, la visite décennale implique la réalisation de milliers d’opérations et l’intervention de plus d’un millier de techniciens et opérateurs chargés de vérifier minutieusement chacun des composants comme la cuve du réacteur, le circuit primaire ou l’enceinte du bâtiment réacteur. L’ensemble des opérations est réalisée par l’exploitant de la centrale et supervisée par l’ASN, seule apte à renouveler l’autorisation d’exploitation à l’issue de cette réévaluation.

Les trois grandes étapes de la visite décennale

Ce contrôle technique exhaustif du réacteur comprend trois étapes bien distinctes. La première, appelée plus communément « l’épreuve hydraulique », consiste à contrôler la résistance et l’étanchéité du circuit primaire de la centrale nucléaire. Durant plus d’une cinquantaine d’heures, l’opérateur soumet les composants du circuit primaire à une pression atteignant les 207 bars, alors que la pression normale lors de l’exploitation ne dépasse jamais les 155 bars. Différentes mesures sont prises durant toute la durée de ce test afin de vérifier l’état du circuit, des composants, des vannes et des soudures.

« L’inspection de la cuve », la seconde étape, s’effectue à l’aide d’un robot qui réalise un contrôle minutieux des soudures et du revêtement de la cuve. Ce robot très sophistiqué, appelé MIS (Machine d’inspection en service), permet de réaliser des contrôles par ultrasons, des contrôles gammamétriques (contrôle du volume) et des contrôles visuels avec des caméras. Ces tests permettent notamment de détecter d’éventuelles traces de choc ou des signes d’usure sur la paroi interne de la cuve, mais aussi de vérifier l’état des soudures.

« L’épreuve enceinte » enfin, permet dans un troisième temps, de tester l’étanchéité et la résistance de la paroi en béton du bâtiment réacteur. Ce test de résistance est effectué par une mise en pression de l’enceinte à un niveau cinq fois supérieur à celui de la pression atmosphérique. Cette mise sous pression, réalisée par paliers grâce à une batterie de compresseurs, dure trois jours durant lesquels plusieurs contrôles sont effectués via des caméras, des capteurs de pression, des sondes de températures, des outils de mesure des déformations, ou des outils de mesure de la masse volumique.

Les autres arrêts planifiés d’un réacteur nucléaire

La visite décennale n’est pas la seule période d’arrêt d’une tranche nucléaire. Il existe deux autres types d’arrêts planifiés, d’une durée plus courte. L’arrêt pour simple rechargement (ASR) dure 30 jours et a lieu tous les 20 à 24 mois pour renouveler un tiers du combustible et effectuer des contrôles de base. La visite partielle (VP) enfin, est elle aussi consacrée au rechargement du combustible mais également à un important programme périodique de maintenance. Elle intervient en alternance avec l’arrêt pour simple rechargement et dure généralement 60 jours.

Crédits photo : EDF/Bruno Conty

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Avec leur âge avancé, çà ne suffit plus les visites « décennales ». Rien que cette année on est d’ailleurs en pratique au stade des visites « trimestrielles » :

    https://www.actu-environnement.com/ae/news/nucleaire-corrosion-circuit-refroidissement-reacteurs-edf-29864.php4

    « Lundi 16 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé que 29 réacteurs nucléaires de 900 et 1.300 mégawatts (MW), répartis sur dix centrales, sont affectés par un risque de perte de la source froide. Plusieurs portions d’un circuit de refroidissement essentiel pour la sûreté des installations sont rouillées. Cette corrosion est à l’origine d' »un état dégradé avec des épaisseurs inférieures à l’épaisseur minimale requise pour assurer leur résistance au séisme », explique l’ASN.

    C’est la troisième fois cette année que l’Autorité de sûreté classe à un tel niveau (2) un incident concernant les réacteurs d’EDF. En juin, elle avait annoncé qu’un incident générique affectait les groupes électrogènes de secours à moteur diesel des 20 réacteurs de 1.300 MW implantés sur 8 centrales nucléaires. Fin septembre, elle a imposé à EDF de mettre à l’arrêt « dans les délais les plus courts » les quatre réacteurs de la centrale de Tricastin (Drôme). Cet arrêt a été décidé en prévention du risque de rupture d’une partie de la digue du canal de Donzère-Mondragon en cas de fort séisme.

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