Nucléaire indien : la Russie va construire deux nouveaux réacteurs en Inde - L'EnerGeek

Nucléaire indien : la Russie va construire deux nouveaux réacteurs en Inde

Kudankulam_centrale_nucleaire_Inde

Engagée dans un vaste programme de développement du nucléaire civil afin de répondre à l’augmentation de sa demande nationale en énergie ainsi qu’aux nouveaux enjeux de lutte contre le changement climatique, l’Inde a multiplié ces dernières années les accords de coopération internationaux, au profit principalement de l’Agence russe Rosatom. Liés depuis 2014 par un nouvel accord prévoyant la construction de douze réacteurs nucléaires d’ici 2035, New Dehli et Moscou ont réaffirmé la valeur de ce partenariat par la signature, mardi 1er août 2017, d’un contrat de construction de deux nouveaux réacteurs sur le site de la centrale de Kudankulam, dans le sud du pays.

La Russie, un partenaire prioritaire dans le domaine nucléaire

Avec 200 à 300 millions d’habitants qui n’ont toujours pas accès à l’électricité, l’Inde souffre d’un déficit énergétique criant qui entrave logiquement ses efforts de développement et le fonctionnement de ses usines, à l’heure où le pays veut s’industrialiser davantage. Si le gouvernement n’exclut aucune source d’énergie, du charbon au solaire en passant par l’éolien, pour rattraper son retard, il s’est aussi engagé dans le même temps, sous l’impulsion du Premier Ministre Narendra Modi, à porter à 40% d’ici 2030 la part des énergies non-fossiles dans la production d’électricité. Narendra Modi estime pour cela que l’énergie nucléaire est une des voies à privilégier en complément des énergies renouvelables afin de réduire à court terme les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle nationale, et considère dans ce cadre la Russie comme son partenaire privilégié.

Lire aussi : L’Inde et la Russie collaborent dans le nucléaire

Forts d’un vaste accord de partenariat conclu en 2014 et de leur collaboration au sein de la centrale de Kudankulam, dans l’Etat du Tamil Nadu, ces deux pays poursuivent donc leur chemin côte à côte pour faire de l’atome une énergie déterminante du mix énergétique indien dans les prochaines années. La centrale de Kudankulam dispose déjà de deux réacteurs russes de type VVER en activité (1000 MW de puissance chacun), et de deux réacteurs en cours de construction, et pourrait à terme accueillir six réacteurs, tandis que six autres seront construits sur un site encore indéterminé.

Centrale nucléaire de Kudankulam en construction @IAEA

Un document signé en juin dernier par Vladimir Poutine et Narendra Modi ouvrait la voie à l’agrandissement de cette centrale opérant depuis 2014, et le nouveau contrat signé cette semaine à Saint-Pétersbourg entre le groupe Atomstroïexport, filiale du conglomérat public russe, et l’opérateur nucléaire indien NPCIL, établit désormais les travaux de préparation du chantier et la fourniture d’équipements pour les réacteurs 5 et 6.

Le nucléaire indien, un marché qui reste ouvert

Outre le Russie, l’Inde a également conclu ces dernières années des accords de coopération nucléaire avec les Etats-Unis, la France, l’Australie ou le Japon, laissant espérer des débouchés possibles aux concurrents de Rosatom. La France par exemple, est toujours en pleines négociations pour la vente potentielle de six réacteurs de troisième génération EPR à New Dehli. Un premier accord pourrait même être signé dès cette année selon les dernières déclarations de Xavier Ursat, directeur exécutif du groupe EDF en charge de l’ingénierie et des projets. Rappelons que le groupe EDF et son homologue indien Nuclear Power Corp of India Ltd (NPCIL) ont déjà signé, en janvier 2016, un protocole de coopération relatif à la construction de ces six EPR à Jaitapur, dans l’ouest du pays. L’objectif affiché alors était de poursuivre la préparation de la certification du réacteur par l’autorité de sûreté indienne et de finaliser les conditions économiques et les spécifications techniques du projet.

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Mais l’Hexagone n’est pas la seule sur le pont. Le Japon est lui aussi en bonne position pour profiter des opportunités du marché nucléaire indien. Après plusieurs années de négociations, les Premiers ministres japonais et indien ont en effet signé fin 2016 un premier accord dans le domaine du nucléaire civil autorisant les entreprises japonaises à exporter leur technologie nucléaire en Inde, et censé profiter au groupe Westinghouse. Le constructeur américain de centrales nucléaires, propriété du conglomérat Toshiba, était lui aussi en négociations avancées avec New Delhi pour la livraison de six réacteurs dans le sud de l’Inde, avant de voir sa situation financière se dégrader ces derniers mois.

Vers un nucléaire « Made in India » ?

En parallèle de ces accords et négociations, le gouvernement indien a également donné son feu vert, en mai 2017, à la construction de dix réacteurs à eau lourde qui seront développés localement. D’une puissance totale de 7 gigawatts, ce grand chantier, qui s’inscrit dans le programme « Make in India » (« Produire en Inde »), pourrait déboucher sur des commandes à l’industrie indienne de l’ordre de 860 millions d’euros et créerait plus de 30 000 emplois.

Lire aussi : L’Inde veut construire 7000 MW de capacités nucléaires supplémentaires

Avec sept centrales nucléaires en service actuellement, l’énergie nucléaire ne représente à ce jour que 2% de la production d’électricité en Inde, mais les ambitions du gouvernement sont élevées. Le pays souhaiterait atteindre des capacités de 63 GW d’ici 2032, contre 7 GW aujourd’hui.

Crédits photo : indiawaterportal

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Etonnant de voir que le secteur nucléaire est obligé de passer par des accords d’Etat à Etat (n’incluant souvent pas que du nucléaire dans les accords, dont la transparence sur notamment le retraitement des déchets, les démantèlements et stockages etc laissent plus qu’à désirer puisque l’info dans ce cas = zéro) et d’être représenté par Poutine d’une part, et que d’autre part alors que pendant qu’il est vendu en Inde il est abandonné comme encore récemment aux Etats-Unis, Corée, Suisse et plus généralement dans les pays développés.

    Il ne manque plus que Trump pour vendre du charbon à l’Inde et Maduro du pétrole !

    Je sens que je vais être censuré !

    http://www.world-nuclear-news.org/NN-US-nuclear-construction-project-to-be-abandoned-0108177.html

    Répondre
    • Tout n’est qu’une question de contexte :

      Pour l’instant, la pression du changement climatique ne se fait pas encore trop sentir, et les pays développés sont tout simplement déjà équipés.

      Mais le maintien du réchauffement climatique dans la limite des 2°C commence à apparaitre comme quasi impossible, et les parcs nucléaires occidentaux vont devoir commencer à être remplacés dans 10 ans.

      Par ailleurs, l’échec de la transition énergétique allemande devient évident.

      Bref, la situation énergétique mondiale commence à s’éclaircir, et les possibilités se révèlent vraiment peu nombreuses. Les experts du GIEC se sont déjà prononcés : Réussir la transition énergétique sans nucléaire sera une gageure.

      Répondre
      • Je vous ai déjà répondu en détail à ce sujet dans l’article « Le nucléaire américain est toujours au point mort ». Les experts de l’énergie indépendants de l’énergie sont de plus en plus nombreux au fil du temps à penser que passer aux 100% renouvelables est possible et réaliste selon les pays entre 2030 et 2050, sans tous les problèmes non résolus et coûts du nucléaire et avec beaucoup d’avantages.

        Parmi de nombreuses études confirmant réalistes ces mix 100%, des enquêtes régulières auprès d’experts de l’énergie dans le monde, par exemple sur un panel de 114 d’entre eux, plus de 70% ont ce point de vue et çà augmente d’année en année, ce n’est pas sans raisons mais en fonction des résultats et réalités sur la base de multiples études et constats. Le nucléaire ne fait pas preuve d’une telle évolution et dynamisme.

        More than 70% of the experts interviewed consider a global transition to 100% renewable
        energy to be both feasible and realistic :

        http://www.ren21.net/future-of-renewables/global-futures-report/

        .

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        • Choisir les « experts » qui vous arrangent n’est pas un argument (REN21 est un organisme de lobbying pro-ENR).

          Un scénario 100% ENR ne peut être basé que sur :

          1) Une baisse de la consommation de l’ordre de 30%, ce que personne de sérieux n’envisage comme réaliste, surtout dans l’hypothèse où on voudrait faire disparaitre la consommation d’hydrocarbures au profit de l’électricité décarbonnée.

          2) Des technologies de stockage massif type batteries, P2G, méthanation, etc. Or ces technologies n’apparaissent pas actuellement comme ayant le potentiel de devenir compétitives à un horizon raisonnable. Autrement dit, le 100% ENR arriverait beaucoup trop tard, s’il arrive un jour.

          3) Une poursuite de l’utilisation plus ou moins importante du gaz naturel. Or c’est incompatible avec nos objectifs environnementaux comme géopolitiques.

          4) Un investissement astronomique, incompatibles avec nos finances actuelles. D’ailleurs pas grand monde ne se risque à chiffrer une telle transition.

          Répondre
  • Vous pouvez vérifier que les experts en énergie dont beaucoup sont mondialement connus, parlent librement dans les médias et n’ont nullement besoin d’une enquête de Ren21 ou d’autres pour vous confirmer qu’ils pensent désormais réalistes les scénarios 100% renouvelables pour de plus en plus de pays.

    Vous pouvez les interroger directement ou d’autres via leur contact si vous avez des doutes.

    De plus, au fil du temps et interrogés par différents organismes vous pouvez également vérifier que c’est une « tendance mondiale » qui se confirme depuis plusieurs années, donc vous pouvez accuser Ren21 de lobbying si çà vous plaît pour cette enquête qu’il ont fait réaliser par une société indépendante, mais ce ne serait pas objectif d’accuser tous les experts et toutes les enquêtes de toutes part d’être du simple lobbying.

    Vous constatez bien la progression des renouvelables dans le monde pour preuve également et avec de moins en moins souvent des subventions, de même que les appels d’offres sans subventions qu’elles gagnent régulièrement face aux énergies auparavant les moins chères et qu’elles surpassent donc désormais dans la majorité des pays.

    Par ailleurs je vous redonne à nouveau un lien qui regroupe une part importante de scénarios 100% renouvelables de plusieurs universités, organismes etc pour quelques 150 pays au monde et plus bas sur le lien les pays qui y arrivent et autres très proches d’y arriver rapidement et ensuite. Ils ne sont pas spécialement basés sur des baisses de consommation de 30%.

    https://cleantechnica.com/70-80-99-9-100-renewables-study-central/

    Les batteries de flux sont à 33 euros le MWh actuellement (ViZn energy etc) et continuent de baisser d’année en année. L’essor des procédés de stockage par air liquide est de + 178% (c’est étrange cet engouement pour une technologie qui ne serait pas compétitive vous ne trouvez pas ?!), les prix des batteries sont ces dernières années en baisse plus rapide que pour le solaire lui-même en son temps dont la baisse était historiquement hyper rapide (grâce aussi à l’essor des véhicules électriques).

    J’avais déjà évoqué pour vous de nombreuses techniques de stockage, je ne vais donc pas recommencer car vous ne semblez pas approfondir le sujet mais les technologies sont nombreuses et les prix pour beaucoup déjà plus que compétitifs et font l’objet de réalisations dès maintenant au gré des besoins.

    En conséquence vous pouvez vérifier que le marché mondial augmente d’année en année, de même que les achats d’entreprises du secteur se sont multipliés ces dernières années et les réalisations se multiplient.

    Concernant le P2G il y a déjà une dizaine de sites de production en France dont les ouvertures s’étalent de 2018 à 2022.

    On estime sa rentabilité dans environ 5 années à présent après évolutions techniques récentes et avec les volumes et ce malgré un prix du gaz historiquement bas en raison de la faible demande chinoise et secondairement du gaz de schiste américain.

    Vous devriez mieux mettre à jour vos données technologiques et économiques, les choses évoluent vite et c’est normal vu le nombre de personnes qui travaillent sur ces sujets dans le monde et les enjeux !

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    • Ah s’il existe des batteries à 30-40€/MWh, alors là bien sûr ça change tout !

      Je suis juste surpris que l’ensemble de l’industrie électronique et automobile ne se jette pas immédiatement dessus si elle sont juste dix fois moins chères que les Li-ion classiques, et qu’en plus elles permettent une autonomie quatre fois supérieure.

      Je me dis qu’il y a peut-être un loup, et que ces batteries n’offrent peut-être pas encore les performances promises par ces start-up.

      Encore une fois, c’est très bien les discours d’expert, les études à horizon 2050 et les plans sur la comète, mais je demande à voir déployé en réel. Et je constate que ça n’est toujours pas le cas malgré les promesses.

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