Nucléaire : mission impossible pour Nicolas Hulot ? - L'EnerGeek

Nucléaire : mission impossible pour Nicolas Hulot ?

Lundi 10 juillet, Nicolas Hulot a fait sensation en intervenant sur l’antenne de RTL. Pour la première fois, un ministre de l’énergie en exercice propose de fermer « jusqu’à 17 réacteurs » nucléaires. Toutefois, le responsable de la transition écologique et solidaire a en même temps insisté sur la nécessité de tenir compte des situations économiques et sociales de chaque centrale. Dans cette optique, il  pourra notamment s’appuyer sur l’atlas du nucléaire publié par la Société Française de l’Énergie Nucléaire (SFEN)…    

Nucléaire : Nicolas Hulot va planifier une transition écologique et solidaire

Depuis l’adoption de la loi sur la transition énergétique, la part du nucléaire doit être réduite à 50% du mix électrique à l’horizon 2025. L’objectif confirmé par Nicolas Hulot lors de la présentation du plan climat le 6 juillet dernier, aura pour conséquence la fermeture de plusieurs des 58 réacteurs nucléaires actuellement en fonctionnement. Interrogé plus précisément par Élisabeth Martichoux sur le nombre d’unités concernées, le successeur de Ségolène Royal a souhaité prendre le temps de la réflexion : « laissez-moi planifier les choses, cela sera peut-être jusqu’à 17 réacteurs », a-t-il cependant confié.

En effet, Nicolas Hulot rappelle que « derrière ces réacteurs il y a des hommes et des femmes qui travaillent » et souligne que « chaque réacteur a une situation économique et sociale » très différente. De son côté, l’économiste de l’énergie, Nicolas Goldberg, souligne la difficulté pour le système énergétique  de prendre « le relai au niveau de la production d’électricité » en diminuant d’environ un quart la puissance nucléaire dont on dispose aujourd’hui. Concrètement poursuit-il, cela reviendrait à « faire en 5 ans ce que l’Allemagne a fait en 25 ans », ce qui « semble très compliqué pour ne pas dire complètement irréaliste ». De son côté, le directeur de la stratégie et de la prospective de l’Union Française de l’Électricité, Damien Siess, remarque néanmoins qu’aucune date n’a été avancée pour la fermeture de ces 17 réacteurs…

La SFEN défend la solidarité inter-régionale des centrales nucléaires

Interviewée dès le lendemain matin par Maxime Switek sur Europe 1, la directrice générale de la SFEN, Valérie Faudon, s’est quant à elle évertuée à démontrer l’importance du nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique, ainsi que sa contribution au dynamisme de nos territoires. Pour en convaincre les responsables politiques, la SFEN a d’ailleurs publié quelques jours auparavant un document intitulé : « le nucléaire au service de la réussite des territoires ». En passant à la loupe les installations nucléaires réparties dans l’ensemble des 12 régions métropolitaines, la SFEN participe ainsi utilement aux réflexions sur l’avenir de la filière.

Car sait-on par exemple, que le nucléaire représente non seulement 220 000 emplois directs et indirects, mais aussi 190 000 emplois induits, des emplois qui sont par ailleurs souvent hautement qualifiés ? Selon l’INSEE, « les rémunérations des employés des centrales nucléaires dépassent de près de 50% le salaire net moyen en France ; et près de 90% d’entre eux bénéficient de contrats à durée indéterminée ». Au point que, pour le chercheur de l’Institut Français de Géographie, Teva Meyer, les unités de production sont désormais perçues comme « un marqueur identitaire » des territoires.

Parallèlement, elles permettent aussi de générer une véritable « solidarité inter-régionale » qui assure au quotidien « la sécurité d’alimentation électrique » du pays. Notamment pour des territoires aussi enclavés que l’Ile-de-France, qui ne produit que 5% de l’électricité qu’elle consomme, bien qu’elle abrite un nombre record de salariés de la filière (59 000, soit plus que les 28 000 de la région Normandie et même plus qu’en région Auvergne Rhône Alpes, où on comptabilise 37 000 emplois directs ou indirects). Autant de précieuses informations pour le ministre de la transition écologique et solidaire, qui a confié lors de la séance des QAG au Sénat, son intention de proposer « des contrats de transition aux salariés, mais aussi territoire par territoire, à ceux qui seront concernés par cette transition ».

Amitié franco-américaine : #MakeNuclearCoolAgain

Des concertations ont d’ailleurs été initiées fin juin à cet effet avec l’ensemble des acteurs (syndicats, industriels, associations, citoyens) ; ces dernières s’inscrivent par ailleurs dans le cadre de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie a précisé le ministre d’État. Dans sa réponse à la sénatrice du Nord, Delphine Bataille, le n°3 du gouvernement d’Edouard Philippe a également indiqué que les conclusions de ces délibérations seront connues à la fin de l’année 2018. Entre temps, il aura peut-être l’occasion de rencontrer la délégation américaine, lors du sommet sur le climat qui se tiendra  Paris le 12 décembre 2017.

Avant cela, il faudra réussir à convaincre le président des Etats-Unis, qui sera l’invité d’honneur du 14 juillet, de revenir à la table des négociations. Délicate mission pour la diplomatie climatique, et pour celui qui souhaite « tendre la main et de continuer le dialogue avec ceux avec qui on a quelques divergences ». D’autant que le secrétaire d’Etat à l’énergie, Rick Perry pourrait bien faire entrer le sort de l’industrie nucléaire dans la balance. En effet, l’ancien gouverneur du Texas vient justement de remixer le #MakeOurPlanetGreatAgain d’Emmanuel Macron, avec la formule #MakeNuclearCoolAgain… A suivre !

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Première importante unité de méthanation près du Havre dès 2022 en France et bien d’autres ailleurs. Le rendement n’est plus vraiment un problème il est désormais élevé, seul reste le coût à quelques années près mais qui n’est plus très éloigné de celui du gaz actuellement exceptionnellement bas. C’est maintenant que l’on doit anticiper et à vrai dire un peu accélérer d’autant que les marchés mondiaux sont demandeurs pour des décennies sur ce secteur !

    http://www.lemondedelenergie.com/la-france-dans-la-course-a-la-production-industrielle-dhydrogene-vert/2017/06/15/

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  • Les commentaires n’ont plus aucun sens si une partie disparaît malgré leur publication initiale…

    Parmi les options plus pertinentes que des lourds réinvestissements dans les plus vieilles centrales qui ne donnent pas satisfaction à l’ASN à juste titre :

    Europe has an exceptionally high potential for Floating offshore wind (FOW). At 4,000 GW, it is significantly more than for example the resource potential of the US and Japan combined. FOW will allow countries like Norway, Portugal or Spain, where the potential for BFOW (bottom-fixed offshore wind) is very limited, to enter the offshore wind industry. FOW has a very positive cost-reduction outlook. Prices will decrease as rapidly as they have in onshore and potentially at an even greater speed. FOW has advantages over conventional offshore hardware because turbines can be located further away from shores in areas with higher average wind speeds without depth constraints. Turbines can also be significantly larger on floating installations and construction, installation, operation and maintenance costs could be lower than on fixed sites. The technology has developed rapidly in recent years and it is now ready to be fully commercialised at utility scale projects. FOW holds the key to an inexhaustible resource potential in Europe. 80% of all the offshore wind resource is located in waters 60 m and deeper in European seas, where traditional BFOW is not economically attractive. Larger wind turbines that will be developed in the near future, for example 12-15 MW, can be installed on FOW substructures. The combination of larger wind turbines, producing energy for longer lifetimes and larger projects, could make FOW economics as attractive as BFOW. The report – ‘Floating Offshore Wind Vision Statement’ – said the sector’s costs could fall by 10% by 2020 and 25% by 2030:

    https://windeurope.org/wp-content/uploads/files/about-wind/reports/Floating-offshore-statement.pdf

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  • On savait dès les années 50 que le nucléaire filière uranium s’exporterait très mal, d’où l’une des raisons de la cession des brevets par Westinghouse. Et c’est bien ce que l’on constate depuis.

    Il y a une série de technologies plus durables, avec un meilleur bilan, à terme moins coûteuses et plus créatrices d’emplois qui arrivent, sont recyclables et permettent une réelle indépendance énergétique.

    Exemples parmi bien d’autres l’éolien flottant offshore « hybride » :

    The world’s first successfully offshore-tested combined wind and wave device: Floating Power Plant operates the world’s only offshore-proven and grid-connected combined floating wind and wave device. Advantages: Higher power density (MW/km2); Smoother power output; Increased uptime and safer access; Lower cost of energy (LCOE); High costumer ROI. The P80 is a floating platform that hosts a single wind turbine ranging from 5 MW to 8 MW. The platform integrates 2 MW to 3.6 MW wave power dependent on the wave resource. The platform is moored at a single point allowing the P80 to passively rotate to face the waves securing a safe offshore boat landing and transfer aft of the platform. The platform rotation is secured via the high wave absorption of 60-80% of the inherent energy in the waves

    http://www.floatingpowerplant.com/

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  • Le solaire « thermique » et hybride ne sont pas suffisamment exploités en France, tout comme le stockage et une meilleure gestion des réseaux.

    Exemple parmi d’autres au Danemark :

    Heliac (DK): Concentrated Solar Power as efficient as legacy CSP solutions at a fraction of their cost. In fact at a fraction of the cost of any other method of producing heat in utility scale. The danish company produces and sells polymer foil based solar concentrators for utility-scale installations. Their focus is Concentrated Solar Power (CSP) for medium-to-large-scale automated installations (for solar thermal and combined heat and power plants). Their solution is as efficient as parabolic solar fields. In collaboration with E.O.N, Heliac’s first full-scale CSP installation is undergoing construction for the second half of 2017 in Lendemarke, Denmark. With an expected annual production of 1,900 MWh CO2-free district heat, the plant will cover Lendemarke’s heat demand during the summer months and 20% throughout the year.

    http://www.heliac.dk/utility-scale/

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