Contrat Total en Iran : les dessous d’un accord gazier historique Contrat Total en Iran : les dessous d’un accord gazier historique

Contrat Total en Iran : les dessous d’un accord gazier historique

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Bientôt deux ans après les Accords de Vienne entre Téhéran et les grandes puissances mondiales qui limitent le programme nucléaire iranien au seul domaine civil, l’Iran est désormais perçu en Europe comme un partenaire économique prometteur. Le pays, qui souhaite attirer de nouveaux investissements étrangers pour relancer une économie en berne, vient de signer lundi 3 juillet 2017, un nouvel accord gazier de 4,8 milliards de dollars avec le groupe français Total et le chinois CNPCI dans un contexte marqué par une hostilité américaine croissante. Le Français devient ainsi le premier groupe pétrolier occidental à revenir en Iran depuis la levée officielle des sanctions en janvier 2016.

L’Iran, nouveau point de rupture entre l’Europe et les Etats-Unis

Désireux de relancer sa production d’hydrocarbures, gravement touchée par plusieurs années de sanctions commerciales internationales, l’Iran a lancé en début d’année un appel d’offres pour l’obtention de licences d’exploration et de production de gaz et de pétrole. Le pays, qui dispose des deuxièmes réserves mondiales de gaz, après la Russie, et des quatrièmes réserves mondiales de pétrole, souhaite par ce biais attirer les investissements étrangers, alors que les compagnies étrangères restent encore réticentes à l’idée d’investir en Iran en raison des sanctions américaines en vigueur.

Le nouveau gouvernement américain, hostile au régime iranien, ne cesse de dénoncer l’accord signé en 2015 par son prédécesseur, et accuse Téhéran de financer le terrorisme. Le Sénat américain a d’ailleurs voté en juin dernier, une loi instaurant de nouvelles mesures de rétorsion contre le programme balistique de l’Iran, son rôle dans les conflits régionaux et la situation des droits de l’Homme dans le pays. Si ce texte doit encore être adopté par la Chambre des représentants et signé par le président Donald Trump avant de pouvoir entrer en vigueur, il préfigure toutefois de nouvelles relations tendues entre Washington et Téhéran, et d’un point de désaccord supplémentaire entre les Etats-Unis et l’Union européenne.

Lire aussi : L’Iran repousse la date limite de son appel d’offres sur les hydrocarbures

L’Europe, qui reste engagée dans le cadre de l’accord nucléaire, est en effet beaucoup plus conciliante et favorable à une « entente constructive », explique le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. L’Union européenne et la France en particulier entendent même profiter de ce nouveau climat de confiance pour développer les programmes de coopération économique avec Téhéran et placer des entreprises nationales sur ce marché prometteur.

Total ouvre la voix aux pétroliers occidentaux 

Le retour du groupe Total, troisième groupe français (après les groupes automobiles PSA et Renault) et premier pétrolier occidental à revenir en Iran depuis la levée des sanctions en janvier 2017, est un bon exemple de cette nouvelle volonté commune. Selon le ministre du Pétrole, Bijan Namadar Zanganeh, l’industrie pétrolière iranienne a besoin de plus de 200 milliards de dollars (176 milliards d’euros) d’investissement sur les cinq prochaines années, mais beaucoup de banques internationales se refusent encore à travailler en Iran malgré ses fortes perspectives de rentabilité, et plusieurs groupes internationaux spécialisés dans les hydrocarbures (comme Shell par exemple) hésitent pour le moment à dépasser le cadre des accords préliminaires par peur des représailles américaines. Le groupe Total et son partenaire chinois CNPCI font donc ici figures d’exception et profiteront certainement de ce choix stratégique à plus long terme. « Nous n’oublierons jamais que Total a été le précurseur », a déclaré Bijan Namadar Zanganeh lors de la signature de l’accord gazier avec le PDG de Total Patrick Pouyanné.

En attendant, cet accord gazier de 4,8 milliards de dollars signé avec la National Iranian Oil Company (NIOC), la compagnie nationale iranienne, prévoit d’ores et déjà d’attribuer au groupe français 50,1% des parts du consortium qui exploitera la phase 11 du champ gazier offshore Pars-Sud, les parts restantes étant réparties entre la China National Petroleum Corporation (30%) et le groupe iranien Petropars (19,9%). D’une durée de 20 ans, ce premier contrat d’exploitation impose en contrepartie au consortium d’investir deux milliards de dollars (dont un milliard de dollars, soit 880 millions d’euros, pour Total) pour la première phase de développement du projet et de réserver en priorité la production de gaz issue de ce gisement au marché domestique. Les responsables iraniens tablent sur une production de 400.000 barils équivalent pétrole par jour et sur un revenu de 54 milliards de dollars aux prix actuels durant les 20 ans que durera ce contrat.

Se félicitant de ce nouveau partenariat prometteur, le PDG de Total a rappelé que son groupe « avait une longue histoire en Iran » (Total avait notamment participé au développement des phases 2 et 3 de Pars-Sud dans les années 1990), tout en ménageant les susceptibilités américaines. Le groupe français a en effet précisé qu’une personne serait chargée de surveiller et de s’assurer que les mesures américaines à l’encontre de l’Iran soient bien respectées, en évitant par exemple que ces financements ne servent directement ou indirectement aux Gardiens de la révolution (armée d’élite du régime dont la mainmise sur l’économie du pays est dénoncée par les Etats-Unis). « Nous sommes fiers et honorés d’être la première compagnie internationale à signer un IPC, qui offre un cadre commercial attractif, suite à la conclusion de l’accord international sur le nucléaire (JCPOA) en 2015 et de contribuer ainsi au développement des relations entre l’Europe et l’Iran. Total mettra en œuvre le projet dans le respect le plus strict des législations nationales et internationales », a ajouté M. Pouyanné.

Crédits photo : Total

Rédigé par : La Rédaction

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