L'Islande est-elle vraiment un modèle en matière d'énergie propre ? L'Islande est-elle vraiment un modèle en matière d'énergie propre ?

L’Islande est-elle vraiment un modèle en matière d’énergie propre ?

Dotée d’une électricité 100% renouvelable, l’Islande ne serait à priori pas si verte qu’on le pense. L’île a enregistré une hausse paradoxale de ses émissions de gaz à effet de serre ces dernières années malgré l’exploitation croissante et performante de la géothermie, et pourrait bien ne pas atteindre les objectifs fixés par la COP21 tant les rejets liés à l’industrie et au tourisme se sont multipliés. 

Un mix électrique 100% renouvelable

Pays considéré à l’échelle internationale comme la référence en matière d’énergie renouvelable, l’Islande s’est engagée pleinement dans l’exploitation de la chaleur géothermique dès les années 1970 suite aux chocs pétroliers. A cette époque, la moitié de la population de l’île se chauffait grâce au pétrole et l’Islande ne soupçonnait pas encore l’immense potentiel de ses geysers, sources chaudes et autres fumerolles. 40 ans plus tard, ce pays volcanique est devenu le seul au monde doté d’une électricité 100% renouvelable dont 25% provient de la géothermie, et le reste, des barrages hydroélectriques.

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Une performance louable dans le contexte actuel mais qui ne doit pas faire oublier un bilan carbone national plus que médiocre. Souvent portée en exemple dans la lutte contre le réchauffement climatique du fait de ce mix électrique unique au monde, l’Islande est en réalité bien loin de répondre aux exigences internationales en matière d’émissions de CO2.

Le caractère renouvelable de la géothermie en question

Energie renouvelable, locale et respectueuse de l’environnement (en théorie), la géothermie offre en Islande un potentiel considérable pour la production d’électricité ou de chaleur. Le pays dispose en effet de ressources inégalées en la matière qu’il tente de valoriser encore davantage dans le cadre d’un programme de recherche unique au monde, axé sur l’exploitation de la vapeur supercritique stockée au centre de la Terre. Des scientifiques à la recherche d’eau toujours plus chaude se sont regroupés dans le cadre du programme Iceland Deep Drilling Project (IDDP) initié par un consortium de compagnies énergétiques islandaises afin de creuser un puits de 4500 mètres de profondeur.

Achevé en janvier dernier, ce forage (le plus profond jamais réalisé) doit permettre de capter la vapeur supercritique, un mélange d’eau et de roche fondue à près de 500°C. L’utilisation de la chaleur du magma permet en effet de porter la température de l’eau à un état supercritique (à plus de 374 degrés) dans lequel, le passage de l’état liquide de l’eau à l’état gazeux ne passe plus par la phase d’ébullition. Pression et températures sont si élevées que le changement d’état se fait en continu, instantanément, ce qui améliore le rendement d’une installation productrice d’électricité à même d’exploiter cette source de chaleur extrême. « Nous pourrions obtenir cinq à dix fois plus d’énergie qu’avec un puits conventionnel », explique Albert Albertsson pour l’électricien islandais HS Orka et le consortium Iceland Deep Drilling Project, qui regroupe trois producteurs d’énergie et l’Autorité nationale de l’énergie. Pour fournir en électricité et eau chaude une ville comme Reykjavik (212.000 habitants), « nous aurions besoin de 30 à 35 puits (conventionnels) contre seulement de trois à cinq puits supercritiques », assure-t-il.

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Problème, malgré son immense potentiel, l’exploitation géothermique ne serait pas si verte qu’il y paraît. Selon Martin Norman, spécialiste de financement durable chez Greenpeace, si la géothermie est toujours « préférable au gaz, au charbon et au pétrole, ce n’est pas une énergie complètement verte. Dès que vous forez, vous avez de la pollution au souffre et des émissions de CO2″. « C’est vrai », admet de son côté Albert Albertsson, « mais si vous comparez les émissions par mégawatt de la géothermie, elles ne représentent qu’une petite part de celles générées par le pétrole et le gaz. Et les méthodes de recyclage progressent à grand pas ».

Des émissions en hausse dans l’industrie et les transports

Outre la pollution liée à l’exploitation géothermique, les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé d’augmenter ces dernières années en Islande, compromettant la réalisation des objectifs internationaux en matière de changement climatique. Un rapport publié en février 2017 par l’Institut des études économiques de l’Université d’Islande indique que le pays ne sera pas en mesure de respecter les accords de la COP21 signés à Paris. « Les émissions de gaz à effet de serre augmentent dans tous les secteurs de l’économie, sauf la pêche et l’agriculture, et si rien n’est fait, elles devraient grimper de 53% à 99% en 2030 par rapport à 1990, au lieu de diminuer de 40% », explique ce rapport.

Surprenant, ce décalage existant entre un mix énergétique 100% renouvelable, exemplaire à l’échelle mondiale, et l’augmentation des rejets de CO2, démontre que si le secteur de la production d’électricité représente généralement une part significative de la pollution atmosphérique, il est loin d’être le seul responsable. Les transports bien sûr, mais également les industries lourdes comme la production d’aluminium ou de silicium, sont mis en avant pour expliquer ce phénomène. Le tourisme en forte augmentation dans un pays devenu à la mode, a quant à lui entraîné une intensification logique des trafics routier et aérien, et le développement de nouvelles infrastructures d’accueil et de la fréquentation dans des zones naturelles fragiles.

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Interrogée par l’AFP, la ministre de l’Environnement islandaise Björt Olafsdottir se veut toutefois optimiste et assure que plusieurs mesures ont déjà été prises pour inverser la tendance. Les taxes sur les émissions de CO2 ont été doublées, les incitations financières au bénéfice des industries polluantes ont été supprimées et la mobilité électrique est désormais fortement encouragée. « Si nous ne faisons rien, si nous ne prenons pas des mesures énergiques, nous n’atteindrons pas les objectifs de Paris, mais l’inaction n’est pas notre ambition », rassure-t-elle.

Crédits photo : Carbfix Orkuvelta Reykjavikur / IDDP / Islande Explora

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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