Gaz de charbon : le retour gagnant d’un gaz oublié Gaz de charbon : le retour gagnant d’un gaz oublié

Gaz de charbon : le retour gagnant d’un gaz oublié

Après près de quarante ans de mise au rebus, le gaz de charbon signe son grand retour sur le territoire français. Son exploitation est au cœur de plusieurs projets énergétiques qui visent à déployer une nouvelle source de gaz naturel dans le nord-est de la France. Grâce à sa production locale et à des réserves conséquentes, le gaz de charbon s’affiche désormais comme une option énergétique attractive pour alimenter le réseau de gaz français. Soutenue par les pouvoirs publics, l’exploitation du gaz de charbon attire les investissements de plusieurs entreprises intéressées, en particulier La Française de l’Energie qui espère bien décrocher prochainement des permis d’exploitation pour plusieurs sites.

Le gaz de charbon : une redécouverte

Le gaz de charbon n’est pas une découverte récente : au XIXe siècle, il était déjà utilisé sur le territoire français. On trouve du gaz de charbon dans la plupart des gisements de charbon. Il est issu de la décomposition des matières organiques dont le charbon est constitué. On trouve donc principalement du méthane dans la composition de ce gaz de charbon. Jusque dans les années 1970, il était utilisé en France en tant que gaz de ville, mais il a progressivement été remplacé par le gaz naturel, qui était alors considéré comme plus sûr.

On trouve deux formes de ce gaz : le gaz de mines et le gaz de couche. Le gaz de mines se trouve dans les anciennes galeries des mines désaffectées. Le gaz de couche pour sa part se trouve dans les couches de charbon qui n’ont pas été exploitées, soit parce qu’elles n’étaient pas d’assez bonne qualité, soit parce qu’elles n’étaient pas accessibles. Avec 96% de méthane présent dans sa composition, le gaz de charbon présente une qualité légèrement meilleure que celle du gaz naturel classique qui compte seulement 93% de méthane.

Contrairement au gaz de schiste, le gaz de charbon peut être exploité sans avoir recours à la fracturation hydraulique.

Depuis le début des années 2010, on constate un regain d’intérêt pour ce gaz d’origine naturelle. Et si dans le monde l’essentiel des gisements de gaz de charbon se trouvent au Canada, en Russie et en Chine, la France possède elle aussi des réserves concentrées en Lorraine et dans le bassin du Nord-Pas-de-Calais. Depuis 2013, de nouvelles expérimentations pour l’exploitation du gaz de charbon sont même menées. D’après les estimations des experts sur le terrain, les gisements de gaz de charbon présents sur le territoire français pourraient couvrir les besoins en gaz du pays pendant cinq à dix ans.

Une « opportunité industrielle »

Aujourd’hui, les entreprises du secteur énergétique voient en ce gaz de charbon une alternative à fort potentiel pour concurrencer le gaz de schiste dont l’exploitation n’est pas autorisée sur le territoire français. Fondamentalement, les deux gaz sont assez semblables puisqu’ils sont principalement composés de méthane. Ce qui fait la différence, c’est la technique d’extraction. Là où l’exploitation du gaz de schiste nécessite l’usage de la fracturation hydraulique (une méthode polluante et potentiellement dangereuse), l’exploitation du gaz de charbon ne demande qu’une dépressurisation pour l’extraire des veines de la roche. Il suffit ensuite de le recompresser pour le stocker et l’injecter dans un réseau de gaz naturel.

La France est l’un des seuls pays européens à disposer de gisements de gaz de charbon.

Le 24 mai 2016, Emmanuel Macron, encore ministre de l’économie, intervenait au colloque Cyclope des matières premières pour défendre l’exploitation du gaz de charbon : « Je suis favorable à la poursuite de l’exploitation du gaz de houille en Lorraine, dont les réserves sont prometteuses et qui est bien accepté localement. » L’ancien ministre poursuivait en précisant : « Les gisements de gaz de houille en France sont exploitables sans fracturation hydraulique, dans un territoire au passé minier favorable. C’est une opportunité industrielle à saisir. » Une opportunité d’autant plus cruciale que les réserves de gaz en mer du Nord vont se tarir progressivement. Pour faire face à ses besoins en gaz, la France devra donc importer du gaz de Russie ou du Moyen-Orient, ce qui va créer une situation de dépendance énergétique. Le gaz de charbon s’affirme donc comme un palliatif énergétique intéressant. Dans les faits, l’exploitation de ce gaz de charbon a d’ailleurs déjà commencé. Dans le Nord-Pas-de-Calais, l’entreprise Gazonor exploite déjà une partie du gaz de mines en pompant une partie des anciennes galeries.

La Française de l’Energie, déjà sur les rangs

Depuis 2016, l’entreprise La Française de l’Energie s’intéresse de très près au potentiel du gaz de charbon. Après une levée de fonds de 37,5 millions d’euros, l’entreprise est entrée en Bourse et elle a racheté dans la foulée Gazonor pour en faire sa filiale exclusive. Et depuis le début d’année 2017, l’entreprise est passée à la vitesse supérieure : elle a lancé un forage d’exploration sur le site de Lachambre, en Moselle, depuis trois mois. Le puits, qui descend à près de 1 500 mètres en-dessous de la terre, permet la mise en place de forages latéraux pour explorer la veine de charbon qui a été identifiée par les spécialistes. Pour l’instant, l’étude menée a permis de constater que la veine offrait une teneur en méthane supérieure à 10m3, ce qui en fait donc un gisement d’excellente qualité.

Malgré cette très bonne nouvelle, le travail d’exploration est loin d’être fini, et les tests doivent encore durer pendant six mois avant d’espérer aboutir à une autorisation officielle pour lancer la phase d’exploitation et construire la plateforme de production. En attendant le feu vert des autorités, La Française de l’Energie s’intéresse déjà à d’autres sites en Moselle et elle souhaite commencer le forage d’un nouveau puits d’exploration dans les prochains mois. L’entreprise n’a d’ailleurs pas de concurrence pour l’instant puisqu’elle détient un permis exclusif de recherche dans le bassin houiller lorrain qui lui a été accordé par le ministère de l’économie. Un atout précieux qui lui permet de garder une longueur d’avance sur les autres entreprises énergétiques. D’après les études réalisées sur le terrain, La Française de l’Energie pense être en mesure de produire 5% de la consommation annuelle de gaz en France d’ici 2025.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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